SCÈNE II
ÉDOUARD , SIR GILBERT, tenant un journal.
SIR GILBERT qui S’est avancé vers son flls à pas lents. Édouard !
ÉCOl' ARD.
Vous !
SIR GILBERT
Ton pèren pendant suivante ans Passé pour honnête homme.
ÉDOUARD
Et, comme du «on temps,
Il est l’honneur du noire.
UR GILBERT
11 s’est vendu, ton père.
ÉDOUARD
Qui le dit, dans une heure aura vécu, j’espère.
SIR GILBERT
Mai» qui le dit le prouve : as-tu lu ce papier?
ÉDOUARD
Oui.
SIIl GILBERT.
La lettre de moi qu’on vient d’y publier, L'as-tu lue?
ÉDOUARD
A l’instant.
T'avait-on fait connaître.
Avant de m’en flétrir, qu’elle y devait paraître ? ÉDOUARD.
Martini.
SIR GILBERT
Et pouvais-tu sauver ma dignité,
En m’épargnant l’affront de la publicité?
ÉDOUARD
Moi !...
SIR GILBERT
Dis, le pouvais-t u?
ÉDOUARD
Je ne le pouvais faire
Sans trahir mon devoir.
SIR CILBERT.
El pour y satisfaire.
Ce sont mes cheveux blancs que vous avez trahis ? ÉDOUARD.
Il fallait immoler mon père ou mon pa>s.
SIR GILBERT
Mais vous n’aviez pas cru la lettre véritable? ÉDOUARD.
Je l’avais vue.
Ainsi vous méjugiez coupable ?
SIR CILBERT.
Vous doutiez au moins ?... répondez !
(Édouard s'agenouille devant son père.)
J’ai compris :
Sans parler, c’est répondre ; et pourtant ce mépris D’autant plus accablant qu’à vos yeux légitime 11 frappait un coupable et non une victime.
Ce mépris qui sur vous retombait par moitié.
Quoi ! sans respect pour moi, pour tous deux sans pl- Esclaved’un devoir que ii’edl rempli personne, [lié, Vous l’avez affronté !
ÉDOUARD
Pardon 1
SIR GILBERT
Que je pardonne !
A qui, mon fils? à toi ! quand ce cœur palpitant. Qui d’un pieux orgueil »e gonfle en l’écoutant. Éclate, et sent se fondre en larmes de tendresse L’enthousiasme pur dont j’étouffais l’ivresse.
Que je pardonne ! ah l viens : ta place est daus mes Édouard. [bras !
Mon père 1
SIR GILBERT
Laisse-lc» l’insulter, les ingrats :
Ta défaite est, mon fils, ta plus sainte victoire.
Mon afTrotil fait ma joie, et ma honte est ma gloire. Ma couronne d’honneur au terme de mes jours.
Je suis pur, Édouard, et je le fus toujours ;
Mais ton égal , mais plein du beau feu qui t’anime , Mais martyr du devoir à cet excès sublime,
L’ai-je été ? Ce long temps que tou père a vécu Vaut-il un jour de toi ? non, non ; tu m’as vaincu, Et, fier, je ht 'humilie avec ma vie entière Devant un seul instant de ta noble carrière.
ÉDOUARD
Oui, pur ! mon cœur cent fois me l’a dit avant vous ; Et vous le prouverez à la face de tous.
SIR GILBERT
J’en réserve à Mortins la preuve i irrécusable.
Mais quel souci nous trouble ! un bruit si misérable Tombe, quand le public, un moment abusé,
Avec l'accusateur confronte l’accusé.
L'estime est quelque chose.
ÉDOUARD
Ah I pour vous ; mais pour elle, Pour le nom d’une femme, une injure est mortelle, sut GILBERT.
Je t’entends, Édouard ; je plains lady Straffbrd,
Et je la plains surtout de mériter son sort.
Qui brave un préjugé provoque une injustice ;
El pour trouver en soi le prix du sacrifice,
Il faut qu’un dévoilaient, d’intérêt dégagé,
Vous ait fait par vertu braver ce préjugé.
Il n’en est pas ainsi.
ÉDOUARD
De grâce 1
SIR GILBERT
Je m’arrête
En pensant au danger qui plane sur sa tète.
Chez toi, dans ton absence, hier je suis venu. J’ai vu lady Strafford, et, son secret connu. D’agir en sa faveur j’ai senti l’importance.
Et j’ai de Coverly réclamé l’assistance.
ÉDOUARD
Sa réputation, comment la recouvrer?
SIR GILBERT
En lui donnant ton nom tu peux tout réparer.
ÉDOUARD
Je vengerai d’abord elle, vous et moi-même.
SIR GILBERT
Un duel ! Tu prendrais pour arbitre suprême I.c hasard d’un duel entre un infâme et loi I Écoute : j'ai du cœur, cl ma vie en fait foi ;