Ibid
équité, pour le fruit nécessaire de l'essor des facultés humaines ; mais il faut reconnaître qu'on fait germer ce fruit, par les doctrines décevantes qui tendent à niveler tous les hommes.
Comme l'économie sociale envisage la population dans son rôle actif, il lui appartient de se préoccuper des phénomènes qui, par la méconnaissance des principes, augmentent le contingent de non-valeurs inévitables que renferme toute société, à raison de Fâge et des maladies incurables. L'homme porte en lui le double sentiment de compassion et de respect pour la faiblesse ; il le perdrait, si sa destinée lui ôtait toute occasion d'exercer sa sensibilité. Mais c'est assez que la nature le mette à même de se dévouer, en prodiguant ses soins à des parents courbés sous le poids de la vieillesse ou des infirmités; en manifestant sa sollicitude envers le malheur involontaire et irrémédiable; en favorisant les efforts de ceux qui luttent, avec courage et dignité, contre les difficultés de la vie.
Quant aux non-valeurs qui dérivent de fautes individuelles ou collectives, de phénomènes particuliers ou généraux, il est légitime que la société cherche à s'en préserver, et la science doit lui signaler les écueils où vient se perdre un peuple chez lequel cessent de régner les lois qui assurent l'emploi judicieux des forces et talents.
C'est dans cet ordre d'idées qu'ont écrit les plus éminents aliénistes, en déplorant le progrès de la folie, au sein des nations civilisées. Il ne faut point, d'ailleurs, accuser « la civilisation proprement dite... mais les écarts de toutes sortes qui naissent et grandissent avec elle ^ » .
\. Rapport de 3IM. Constans, Duménil et Luxier au ministre de l'intérieur (1874).
« L'Oriental se tient pour satisfait du présent et se contente de jouir de ce qu'il peut avoir de bon; se trouvant bien, à la place qu'il occupe, il cherche rarement à s'élever; ses fonctions cérébrales, ainsi à l'abri de la fiévreuse activité qui est la vie de l'homme d'Occident, sont, par cela môme, moins exposées à sortir de l'état normal^. »
Certes, si, pour se mettre à l'abri de la démence, il fallait s'en tenir aux conditions sociales des peuples de l'Orient, on se prendrait à hésiter sur le parti qui serait le plus avantageux. Mais, encore un coup, une si cruelle option n'entre pas dans les vues de la Providence. Si l'homme est libre, il n'est pas maître des CONSÉQUENCES de ses actes ;hraLwev les lois admirables qui ont été faites, dans son intérêt bien entendu, et auxquelles il doit se soumettre, cela dépasse le cercle de ses attributs. L'inégalité, dans la fréquence de l'aliénation, chez divers peuples européens, montre assez que le dérangement d'esprit n'est pas en rapport direct et nécessaire avec le degré de civilisation :
PAYS Proportion des aliénés pour 10.000 habitants.
Royaume-Uni
France
Belgique
Suisse
Allemagne » 8
En Italie, le classement des aliénés a été fait au point de vue religieux, comme en Allemagne celui des suicidés. Par une curieuse coïncidence, ici, encore, il s'est trouvé, proportionnellement, beaucoup