V. Legoyt, Le suicide ancien et moderne
De même pour les années 1871 à 1875, où Faugmentation n'a été que de 274.
Au contraire, les périodes comprises entre les années 1876 et 1895, où la désorganisation sociale a progressé, avec évidence, correspondent à des accroissements respectifs de 983, 1.080, 947, 952.
En se reportant aux détails fournis, sur les suicides, on trouve de même des faits intéressants à recueillir :
1° Les femmes nentrent que pour 1/4 ou 1/3, au plus, dans le nombre des attentats : c'est, à peu près, la même proportion qu'en Allemagne et en Belgique ; 2° La misère et les revers de fortune constituent des éléments qui tendent à devenir de plus en plus rares, dans la funeste résolution d'accomplir ce qu'un des meilleurs moralistes de notre époque a spirituellement appelé « la banqueroute définitive et suprême qui en enveloppe beaucoup d'autres ' » ;
3" Les souffrances physiques ne provoquent qu'un septième des destructions commises ;
4^^ Les maladies cérébrales, pouvant faire présumer l'irresponsabilité morale, causent, à peu près constamment, le tiers des suicides. Mais il est permis de supposer que cette nature d'affection se répand, elle-même, d'autant plus facilement que les idées s'exaltent davantage.
5^ L'ivresse accidentelle et l'ivrognerie ont une part progressive au suicide : elle s'est élevée de 1/12 à 1/8.
Les divers peuples de l'Europe paraissent en proie, comme le nôtre, à la fureur, au désespoir ou à la mélancolie poussant à se tuer -.
4. Henri Joly, Le Crime et la France criminelle. 2. Legoyt, op. cit.
On a recherché, en Allemagne, s'il existait un rapport, entre la confession religieuse et la fréquence des suicides; les résultats mis en relief tendent à établir que les protestants sont beaucoup plus enclins à s'ôter la vie que les catholiques et les juifs ^
Ce phénomène concorde avec le fait qu'en Angleterre on n'a vu se répandre le suicide que postérieurement à l'acclimatation du protestantisme. Il n'y a point là, d'ailleurs, une coïncidence fortuite et qui doive surprendre. Luther et Calvin, dans leurs écrits, ont fait bon marché du libre arbitre et, par conséquent, de la responsabilité personnelle ; en écartant un frein aussi salutaire, on conçoit, sans peine, la facilité avec laquelle des adhérents aux doctrines des réformateurs du xvi® siècle attentent à leurs jours.
Les statistiques allemandes ont, aussi, distingué l'état civil des individus qui se donnent la mort; il s'en dégage un phénomène digne de méditation : c'est que les gens divorcés forment la catégorie où l'on rencontre le plus de suicidés, en nombres relatifs^.
L'expérience inflige, ici, un cruel démenti aux partisans de la dissolubilité du mariage.
Quelques publicistes ont soutenu qu'une relation directe existait, entre le développement des connaissances et la tendance au suicide. En examinant les chiffres cités, on ne voit pas qu'ils aient un caractère décisif; d'ailleurs, rien n'est plus facile que de confondre les résultats propres de l'instruction avec la tournure d'esprit inculquée à ceux qui la reçoivent et, surtout, avec le but poursuivi en cultivant lintelligence. Le déclassement social ne peut être tenu, en
1. Legoyt, 0/). cit. — Sic, Compte rendu de la Justice civile en France pour 1891.