Ibid., 7 mai
5. Planld' éducation publique , lu à la Convention, dans sa séance du 7 juillet 1793.
trantes...; elle respectera donc ces éternelles convenances de la nature qui, mettant sous la sauvegarde de la tendresse paternelle le bonheur des enfants, laisse au père le soin de prononcer sur ce qui leur importe davantage. »
Sans doute, ces paroles avaient pour but de masquer les effets de la fermeture d'écoles nombreuses qu'on privait de leurs biens; mais il n'en faut pas moins retenir l'aveu qu'arrachaient les conjonctures à l'évéque d'Autun, comme interprète d'un comité de l'Assemblée Constituante, et d'où il résulte que, si l'état social tend à faire rayonner les connaissances, rien ne remplace l'influence directe et immédiate de la famille, quand elle s'exerce avec sagesse et affection.
« Une des causes principales de la démoralisation, dit l'un des magistrats les plus expérimentés de notre époque, c'est la désorganisation de la famille... Les tendresses stériles, souvent aveugles, ne peuvent suppléer à l'autorité, au respect... L'action salutaire de la famille est détruite, ou plutôt, c'est la famille qui disparaît elle-même ^.. »
Pour être féconde, l'autorité des parents sur les enfants doit se manifester, dans la mesure convenable, jusqu'au seuil de la tombe; c'est l'usurper, en faveur de l'individualisme, que d'investir le pouvoir public de la prérogative d'édicter des règles absolues, pour la transmission des biens, sans souci de la manière dont peut réfléchir cette uniformité sur le sort des familles, qu'on n'est pas en droit de sacrifier,
1. Adolphe GuiLLOT, membre de l'Institut, Les Prisons de Paris. — M. Georges Bonjean, également magistrat et qui s'est voué, avec un zélé bien connu, à la régénération de l'entance coupable, met la perte du respect au nombre des causes de désorganisation familiale {Enfants en révolte et parents coupables).
SOUS prétexte d'une sauvegarde de l'intérêt personnel, car tous les membres d'une famille trouvent un avantage certain à ce que le patrimoine commun conserve sa valeur et sa prospérité; d'ailleurs, la sollicitude de l'État, simple entité, ne saurait être présumée plus réelle et plus vive que celle des pères et mères à l'égard de leurs rejetons. Il y a donc diminution sensible d'affinité, entre les éléments du groupe familial, lorsque le centre d'attraction, qui les unit et les maintient en équilibre, perd de sa force.
Enfin, c'est proclamer le triomphe de lindividu sur la famille que de rendre fragile le nœud conjugal, sans lequel il peut y avoir ménage commun, essaimage, mais non pas formation d'une famille^ au sens traditionnel et respectable du mot.
Les trois formes d'intervention de l'Etat, dans le régime familial, depuis les temps modernes, ayant été empruntées aux institutions païennes, constituent un recul et non pas un progrès de la civilisation ; elles ont marqué le point de départ d'une ère de décadence morale qui, dans notre pays, en particulier, est devenue désastreuse ; les efforts à faire, pour enrayer le mal, doivent consister à mettre en évidence le violent contraste, entre le caractère naturel, sacré, de la famille, les conditions nécessaires à sa stabilité, qui affecte l'ordre social, et les attaques acharnées, multiples, inlassables et convergentes de ses adversaires.
Un exemple frappant vient à Tappui de cette remarque. Epris, comme plusieurs de ses contemporains, d'une admiration niaise, qui tendait à faire imiter, autant que possible, les animaux, sous prétexte de « ramener l'homme à sa nature première, à sa simplicité originelle », Jean-Jacques Rousseau ne concevait les liens de famille qu'à titre temporaire.
« La plus ancienne de toutes les sociétés, dit-il, et la seule naturelle, est celle de la famille ; encore les enfants ne restent-ils liés au père qu'aussi longtemps qu'ils ont besoin de lui pour se conserver. Sitôt que ce besoin cesse, le lien naturel se dissout. Les enfants, exempts de V obéissance qu'ils devaient au père, le père, exempt des soins qu'il devait aux enfants, rentrent tous également dans l'indépendance. S'ils continuent de rester unis, ce n'est plus naturellement, mais volontairement, et la famille elle-même ne se maintient QUE PAR convention \ »
Le philosophe genevois, oracle suprême des Jacobins, n'attendait même point, dans la pratique, que ses enfants eussent grandi pour leur tourner le dos : il les plaçait, « gaillardement » [sic), dès le berceau, à l'hospice des Enfants-Trouvés ^. Avec la doctrine et l'exemple de Jean-Jacques Rousseau, il n'y aurait plus, pour les pères et mères, qu'un double rôle de reproducteurs, dans l'intérêt du maintien des races, et d'initiateurs, dans l'intérêt de la défense des individus : appétits et instincts seraient seuls assouvis et développés; la vie intellectuelle et morale échapperait à l'homme.
Nous étions donc pleinement dans le vrai, en disant plus haut que l'atteinte portée à la famille-souche peut faire rétrograder l'état social jusqu'à la sauvagerie.
Le sentiment universel a reconnu, dans la famille, un triple avantage :
1® Transmission de vérités découvertes ou révélées ;
2° Sollicitude indéfinie et réciproque, entre les êtres actuels qui constituent chaque groupe ;