Sur les écoles chrétiennes (i
La secte des philosophes et celle des physiocrates, après s'être combattues, au xviii® siècle, se rapprochèrent, pour attaquer, par des procédés différents, les traditions nationales; il en a été de même, au xix^ siècle : néo-anthropologistes et sociologues se sont distribué les rôles, pour miner la famille, ébranler ses fondements, fouiller ses origines, sans lumières et sans autre fil conducteur que le dessein arrêté d'exclure la notion biblique ; on a gratuitement admis le « matriarcat » ou « gynécocratie » comme ayant précédé le patriarcat ^ ; bien plus : l'humanité aurait débuté par un état de « promiscuité générale^ », c'està-dire que, d'un trait de plume, se trouverait effacée la création d'un couple unique, Adam et Eve.
Pour écarter ce mode de formation des sociétés, il ne restait d'autre ressource que d'imaginer une descendance simienne de l'homme ^; et comme on se trouvait quelque peu embarrassé, pour expliquer la persistance des singes, après la prétendue apparition
1. Bachofex, Le Matriarcat. — M. René Worms dit, avec une assurance imperturbable, qu'excuse sa jeunesse, que les théories sur le « matriarcat » ont « pris place dans la science » !
Néanmoins, il reconnaît que le terme imaginé par Bachofen est « mal choisi » et le pouvoir présumé de la mère « invraisemblable » : il aurait été exercé, d'après lui, « par ses frères ». — Dans le même sens que Bacholén, voir : Mac Lennan, Le mariage primitif ; La théorie patriarcale; John Llbbock, L'homme préhistorique; Les origirtes de la civilisation ; E>X\\diTà Taylok, La civilisation primitive ; Uerbert Spencer, Principes de sociologie; H. Morgan, La société ancienne.
2. Bachofen, Lettres sur l'antiquité. — A une promiscuité générale^ « il semble, d'après M. René Worms, qu'il faille substituer Vhypothèse d'une promiscuité... restreinte à l'intérieur d'un groupe déterminé ». C'est ce qu'on appelle une science positive...
M. PosADA, qui se déclare également positiviste, avoue naïvement» dans TAppendice II de son ouvrage sur les Théories modernes de la famille, que « le problème si difficile de la condition primitive de l'homme n'est pas, à la rigueur, un problème historique, car il n'existe pas de documents qui l'éclaircissent directement ; sa solution, plus ou moins définitive, doil être formée de conjectures et d'hypothèses
3. Cari VoGT, Descendance de l'homme ; ToPiyxnD, Études anthropologiques; Hartman, Le singe anthropoïde et l'homme.
d'un (( anthropoïde », il a fallu supposer le phénomène de « sélection », qui ne rend compte de rien, d'ailleurs; en effet, d'une part, l'esprit ne comprend point l'arbitraire avec lequel, parmi les sujets d'une espèce, les uns auraient « évolué » et d'autres seraient restés dans leur état ancestral; d'autre part, il serait étrange que l'évolution se fût produite à une seule époque, et que la loi hypothétique, qui l'aurait déterminée, eût, d'un seul coup, épuisé sa force, cessé de se manifester, alors qu'au contraire on la représente avec une puissance fatale et indéfinie.
La concordance des études de savants, tels que Linné, Buffon, Cuvier, Flourens, Duvernoy, de Quatrefages, de Blainville, Gratiolet, et qui, tous, aboutissent à l'affirmalion du monogénisme, dans l'espèce humaine, ne peut être affaiblie par Thypothèse de quelques médiocrités scientifiques, telles que Topinard. Des érudits très autorisés, comme Niebuhr, Mommssn, Thirwal, Grots, Hearne, De Greef, Lange, ont également reconnu, par leurs travaux, que les découvertes historiques concouraient à assigner pour origine, à l'Etat, la tribu, elle-même issue de la famille primitivement fondée par un couple monogame. C'est là un point essentiel, pour l'économie sociale, la démographie et la morale, car, si l'humanité commença par l'union de deux êtres, il n'existe point de motifs pour admettre la précarité du lien conjugal, la nature ayant, elle-même, institué un système qui exclut la polygamie ou le divorce.
Le troisième type de la famille, ou famille instable, annonce, avons-nous dit, le déclin des sociétés; il se développe par la substitution de l'État aux droits et devoirs des pères et mères envers leurs enfants. Les républiques grecques de l'antiquité ont toujours servi
de précédents à ceux qui désirent l'application de ce principe subversif de l'ordre naturel et social. On a été, néanmoins, jusqu'à soutenir que « l'élevage » des enfants incombait à « la communauté », c'est-à-dire que les parents seraient dépouillés du soin de remplir une tâche qu'il n'est pas question de retirer à la brute, que, sans doute, on a reconnue plus propre à l'exercer, avec ses instincts, qu'un couple humain avec ses facultés.
C'est la Renaissance qui fit revivre les idées mises en pratique à Sparte, Lacédémone et Athènes; préconisées, en Allemagne, par Luther ^ ; en France, par les légistes ^, à l'égard de l'éducation, ces idées s'accentuèrent progressivement; Danton osa déclarer que « l'enfant appartient à la République, avant d'appartenir à ses parents ^ » ; Robespierre revendiqua, pour la patrie, le droit exclusif d'élever ses enfants; il ajouta : ^ elle ne peut confier ce dépôt à Y orgueil des familles, ni aux préjugés des particuliers ^ ». Le Pelletier de Saint-Fargeau voulait qu'on arrachât tous les enfants aux bras de leurs auteurs, pour les former en commun, jusqu'à douze ans ^.
Talleyrand, dans son célèbre rapport du 10 septembre 1791, sur l'instruction publique, avait tenu un tout autre langage : « La nation, dit-il,... sait que chaque famille est aussi une école primaire, dont le père est le chef; que ses instructions, si elles sont moins énergiques, sont aussi plus persuasives, plus péné-
\. V. notre Histoire de l'enseignement libre, ch. ii {Les doctrines sur le droit d'enseigner).