‹ La populationChapitre 18 sur 127 · CÉLIBAT · texte numérisé non relu

CÉLIBAT

même, d'être grandement honorés? Toutes ces catégories de victimes volontaires du devoir se seraientelles rendues plus utiles, en contractant une alliance? Nul n'a qualité pour l'affirmer, car, si le mariage, considéré en lui-même, est digne d'encouragement, il ne s'ensuit point que tous ceux qui l'embrassent soient pénétrés des devoirs qu'ils assument et en observent l'esprit.

Cependant, depuis qu'une inquiétude s'est emparée des esprits, en voyant diminuer le nombre moyen d'enfants par mariage, les hommes qui ont disserté sur la matière, presque tous hostiles au catholicisme, ont jeté feu et flamme contre le célibat des prêtres et religieux, ont feint de s'indigner d'une abstention dépeinte comme désastreuse et pris prétexte du mal signalé, pour dénoncer aux générations présentes et futures les croyances qui inspirent le renoncement aux jouissances de ce monde.

Or, un tel langage paraît étrange, depuis que la loi de division du travail est connue de tout le monde et acceptée comme un instrument de progrès intellectuel et social; employer chaque homme, suivant ses propensions, et faire tourner à l'avantage communies qualités individuelles, quoi de plus sensé, de plus sage, de plus utile? Vouloir une « levée en masse » des adultes, afin de multiplier les unions conjugales, c'est à la fois remplacer la qualité par la quantité, dépouiller le mariage de son prestige, au lieu d'en rehausser l'éclat, et accroître considérablement les chances de mécomptes.

Le célibat forcé appelle la compassion et le célibat volontaire l'estime, pourvu, répétons-le, qu'il n'implique ni égoïsme ni oisiveté, et qu'il procure des services équivalents, sinon supérieurs à ceux que la

société aurait obtenus, en fait, des individus placés dans cette catégorie, s'ils avaient pris place parmi les gens mariés \

La statistique montre qu'en France existe une propension, de plus en plus marquée, à l'isolement au foyer domestique; on comptait : en 1856,914.788 ménages composés d'une seule personne ; en 1896, 1.687.247 ou 84 % d'accroissement, soit 2,1 ^ par an.

Les ardents protestataires qui ont fulminé contre le célibat religieux se sont tus ou ont admis, comme chose très naturelle, la tendance à vivre dans la solitude, pourvu qu'elle eût un caractère laïc et dérivât de sentiments égoïstes.

Certes, il faut respecter la liberté, les goûts de chacun, du moment que les tiers n'en sont point lésés dans leurs droits ; néanmoins, au point de vue social, on peut regretter une nouvelle forme d'invasion de l'individualisme venant s'ajouter à celles qui, déjà, menaçaient la cohésion familiale.

i. Voir dans le sens de ces conclusions, marquis de Mirabeau, l'Ami des hommes (1756); Maurice Block, Traité de Statistique (p. 474 et suiv.) ; Herherl Spencer, Introduction diU Traité de la Science sociale (2^ édition).

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