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CÉLIBAT

Or, le devoir, si rigoureux qu'on le conçoive, en principe, peut dépendre d'un concours de forces impulsives qui se combinent en une résultante parfois inattendue et dont la volonté suit le mouvement comme étant tracé par la raison et le cœur.

Sans doute, il convient de se tenir en garde contre les entraînements irréfléchis, enthousiastes, qui, plus tard, donnent lieu à des retours violents, à des regrets stériles; mais cette prudence est encore plus indispensable, au regard du mariage que du célibat, car celui-ci pèse uniquement sur l'individu qui s'y adonne, tandis que celui-là s'étend à des tiers.

Il serait donc oiseux de disserter sur la préférence que mérite le mariage ou le célibat : si Dieu, par la création des êtres mâles et femelles et par les lois révélées, a fait du mariage un état ordinaire et, dès lors, général, il a aussi, encore un coup, consacré des exceptions à ce mode d'assujettissement, puisqu'on rencontre des personnes impropres à toute union, que l'inaptitude provienne d'infirmités congéniales ou d'affections accidentelles. Ce qui est vrai et manifeste, au physique, cesse-t-il de l'être au moral? L'expérience répond dans un sens négatif; parmi les mariages qui n'ont pas réussi, nul ne saurait méconnaître qu'il faille imputer, le plus souvent, la cause de l'insuccès à la légèreté, à la présomption des parents ou des conjoints eux-mêmes.

Les scrupules des gens qui ne se croient pas doués des aptitudes nécessaires, pour remplir les devoirs qu'entraîne la vie conjugale, peuvent être excessifs, dépourvus de fondement; néanmoins, la défiance de soi-même est trop rare pour ne pas valoir le respect, et il y a témérité, dans la pression exercée, pour vaincre une terreur, tantôt vaine, tantôt instinctive.

Mais l'éloignement pour le mariage, s'il tient à des causes intellectuelles et morales, n'autorise point à mener une existence égoïste : être social par essence, l'homme se trouve appelé à prendre sa part de la vie commune et à fournir des services, en échange de ceux qu'il reçoit; car, à moins de vivre seul, sur une terre vierge, il ne se suflit point à lui-même.

C'est à la conscience et à l'initiative de chacun qu'incombe le soin de discerner, alors, le rôle dans lequel les facultés de l'âme et les forces du corps s'exerceront, avec le plus de profit, pour le bien public : l'erreur éventuellement commise a pour contrôle naturel les résultats de l'essai tenté : toute contrainte ou toute opposition, à cet égard, est coupable, qu'elle vienne de la famille, de la société ou d'une puissance quelconque faisant abus de son influence.

Le refus de s'engager dans les devoirs matrimoniaux provient, parfois, d'un manque de courage; mais il arrive, au contraire, que, chez des natures d'élite, un immense besoin de sacrifice fasse regarder comme insuffisants l'abnégation et le dévouement confinés au sein de la famille; les hardis explorateurs, les vertueux missionnaires, qu'aucun péril n'arrête, qu'aucune épreuve ne rebute et qui ont conquis à la civilisation des tribus jusque-là en proie à la sauvagerie, n'ont-ils point accompli, de la sorte, une mission sociale plus large et plus féconde que celle d'un père de famille? Les associations religieuses enseignantes ou charitables, qui se vouent à l'éducation gratuite des pauvres, au traitement des malades et infirmes, sans intérêt personnel ou ambition terrestre, ne paient-elles pas leur tribut au bien public? Les enfants adultes, qui se sèvrent des joies de la vie conjugale, afin de soutenir leurs proches, ne méritent-ils pas, de

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