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pas ; elle finit à 8 heures du soir en hiver, et la nuit en été).
Les logements sont assez bons ; l’ameublement, fort modeste, se compose ordinairement, dans les villages de montagne, « d’un coffre, d’une armoire, de quelques poteries, d’une ou deux chaises, de bancs, d’une table et, suivant le nombre des membres de la famille, dé deux ou trois mauvais lits, souvent sans matelas, mais toujours avec des draps et au moins une couverture ». Le bois étant à bon marché, les ouvriers sont bien chauffés pendant l’hiver ; leur habillement ne laisse pas non plus à désirer et fait connaître un état préférable à celui dans lequel on voit ailleurs tant de tisserands en coton. »
A Tarare, la nourriture habituelle des travailleurs se compose d’un pain qui n’est pas ordinairement de très bonne qualité, de deux soupes par jour, de pommes de terre, de légumes et de fromage. Ils y joignent quelquefois un peu de petit-salé, une fois par semaine de la soupe grasse ou de la viande de boucherie, et les plus aisés deux ou trois fois, avec, de temps à autre, des œufs, etc., et un peu de vin. Dans les villages, surtout dans ceux de la montagne, le pain, fait de seigle pur, est généralement mauvais ; ils se nourrissent aussi de pommes de terre, de légumes ; de soupes maigres et de laitages. Quant à la viande de boucherie, ils en mangent rarement ; le petit-salé la remplace les dimanches. Ils ne l’achètent point : ils élèvent un ou deux cochons, qu’ils tuent et dont ils salent la chair. Leur boisson com-. mune est de l’eau, mais beaucoup se font une sorte
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de cidre ou de piquette avec des pommes et d’autres fruits. Pour tous, les denrées sont à bas prix.
On accuse les ouvriers de la fabrique de Tarare de manquer de prévoyance, d'économie, mais ceux qui leur font ces reproches rendent en même temps une pleine justice à leur exacte probité. Quant à moi, je ne connais aucune fabrique en France où les tisserands m’aient paru avoir des mœurs et des habitudes meilleures, aucune ville manufacturière qui m'ait offert moins d’ivrognes et moins de libertins que Tarare. J’en ai visité les cabarets et les cafés dans le mois de juin pendant tout un dimanche et tout un lundi ; c'était un jour de foire, et, à mon grand étonnement, je n’ai pas vu dans un seul de ces lieux, qui sont d’ailleurs moins nombreux là que dans beaucoup d’autres villes, plus de huit ou neuf buveurs à la fois, et, dans d’autres, il n’y avait personne, même aux heures où les cabarets sont le plus fréquentés. Je n’ai pas non plus entendu de ces chants qui accompagnent si fréquemment l'ivresse, ni rencontré dans les rues un seul homme à marche chancelante. Enfin, il m'a été affirmé que les gens ivres que l’on y voit quelquefois, sont presque tous des compagnons étrangers au pays, où ils ne restent pas ordinairement longtemps. Il est vrai, d’un autre côté, que Tarare est presque une ville du Midi, où l’ivrognerie s’observe bien moins souvent que dans celles du nord ; qu’elle n’a pas tout à fait 8.000 habitants, et que, comme on l’a déjà dit, ses divers établissements, à l'exception d’un seul renferment chacun très peu d’ouvriers.
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Salaires. — En supposant 300 jours de travail dans l’année, Villermé établit ainsi la moyenne des salaires dans la Fabrique de Tarare :
De 420 à 480 francs pour un simple tisserand ;
De 300 à 375 francs pour une femme travaillant chez les fabricants ;
De 225 à 240 francs pour une femme travaillant chez elle ;
De 180 à 225 francs pour un enfant de 12 à 15 ans ;
De 120 à 150 francs pour un enfant plus jeune ;
Et de 120 à 150 francs pour une brodeuse.
Dans les établissements de grillage et d’apprêts, qui sont tous situés en ville, le salaire est plus fort. Dans le plus considérable, qui occupe seul plus d’ouvriers que tous les autres ensemble, les hommes recevaient pour la plupart depuis 40 jusqu’à 50 sous par jour, les femmes depuis 28 jusqu’à 38, et les enfants, dont les plus jeunes étaient âgés de 12 ans, 18 ou 20 sous. Mais ces ouvriers sont en général des individus d'élite ; beaucoup travaillent habituellement dans une température de 32 à 38° du thermomètre centigrade. Les femmes employées dans des ateliers si chauds sont presque toutes âgées de 16 à 26 ans, l'expérience ayant appris que les jeunes supportent mieux que les autres une pareïlle chaleur et conviennent mieux d’ailleurs au travail qu’on exige. D’un autre côté, les travaux d’apprêts des mousselines s’interrompent périodiquement chaque année près de déux mois, pendant lesquels, afin de ne pas laisser chômer ces ouvrières, les maîtres du grand établissement s’arrangent pour leur donner un autre travail, mais avec des salaires moins avantageux.