L'influence du facteur âge
Composition par âges de la population du département
Avant d'examiner les faits démographiques qui constituent le mouvement naturel de la population (décès, naissances), il importe de s’arrêter un instant sur la question de leur mesure. Nous verrons ainsi l'influence du facteur âge sur ces phénomènes et nous nous arrêterons à examiner la composition par âge du département.
Taux bruts de natalité et de mortalité.
Mesurer c’est comparer. Il est certain qu’on ne peut se borner à un simple comptage des naissances ou des décès annuels d’un pays pour se faire une idée de sa situation démographique. Si l’on veut établir des comparaisons dans un même pays, à diverses époques ou à la même époque entre collectivités différentes, le procédé le plus simple et le plus généralement employé consiste à établir le rapport entre le
nombre de naissances ou de décès et le chiffre de la population du pays. On multiplie en général ce rapport par 1.000 ou 10.000, et on obtient ainsi un taux brut de natalité ou de mortalité pour 1.000 ou 10.000 habitants.
Insuffisance des taux bruts.
L’inconvénient des taux bruts de natalité, mortalité, etc., c’est qu’ils rapportent le chiffre des décès et des naissances au nombre total d'habitants d’un pays, alors que suivant leur âge ces individus sont atteints d’une manière très différence par ces phénomènes. Deux communes peuvent avoir des taux de natalité très différents sans que la fécondité de leurs habitants en âge de procréer soit différente. C’est le cas si l’une de ces communes est une cité ouvrière construite à proximité d’une usine et qui ne compte que des jeunes ménages en âge de proliférer, alors qu’au contraire l’autre est un « bourg pourri » habité surtout par une population de retraités et renfermant, en outre, un important hospice de vieillards.
Il est beaucoup plus exact, pour connaître la situation démographique d’une collectivité, de considérer quelle est la proportion d’individus de chaque groupe d'âge affectés annuellement par les divers phénomènes démographiques.
Taux de mortalité par groupe d'âge.
Pour connaître comment la mortalité affecte unes collectivité, après l'avoir répartie par groupe d’âges, ne.
on établira pour chaque groupe d’âge un taux de mortalité : rapport entre le nombre annuel de décès observé dans ce groupe d’âge et l’effectif moyen du groupe considéré au cours de l’année envisagée. On divise en général la population en groupes de cinq années, en mettant toujours à part les enfants de moins d’un an, dont la mortalité très élevée mérite une attention particulière.
Fécondité.
De même, pour connaître la fécondité d’une collectivité, au lieu de comparer le chiffre des naissances avec l'effectif total de la collectivité dont un grand nombre de membres ne peuvent avoir aucune influence en cette matière (enfants, vieillards, etc.). il sera beaucoup plus instructif d'établir le rapport entre le chiffre annuel des naïssances et l’effectif des femmes en âge de fécondité (c’est-à-dire âgées de 15 à 49 ans).
Fécondité suivant l'âge.
D'une manière encore plus précise, mais moins résumée, on établira le rapport entre le nombre annuel d'enfants mis au monde par les femmes de chacun de ces groupes d’âge féminin (de 15 à 19, de 20 à 24, de 25 à 29 ans, etc.) et l’effectif total de chacun de ces groupes d’âge.
Beaucoup plus précis et plus instructifs que les taux bruts de natalité et de mortalité, les taux de fécondité féminine et de mortalité par groupes d’âges offrent l'inconvénient d’une complexité bien plus
grande. Alors que le taux de mortalité générale d’une population se définit par un seul nombre, la mortalité par groupes d’âges se définit par 18 nombres ; alors que le taux de natalité générale se définit également par un seul nombre (200 naissances annuelles pour 10.000 habitants ou 200 pour 10.000), les taux de fécondité féminine par groupes d’âges nécessitent 7 nombres, ce qui enlève aux chiffres beaucoup de leur éloquence pour le grand public qui mérite pourtant d’être instruit de cette grave question.
Les statisticiens ont donc défini des taux rectifiés de natalité et de mortalité dans le but de parer à ce double inconvénient.
Le taux brut de mortalité d’une population P étant défini par la formule :
D X1.000 tm = — E D étant le nombre annuel de décès, E l'effectif de la population P envisagée, le taux rectifié sera : D’ X1.000 20 = ——— E L’un des termes du rapport restera l'effectif E de la population envisagée. Mais comme autre terme, on prendra non plus le nombre annuel réel des décès D, mais le nombre de décès D’ calculé fictivement pour cet effectif E en prenant comme bases de calculs, d’une part, les lois de mortalité selon l’âge de la population P, et, d'autre part, la composition par âge” d’une population-type P”’.
Le taux brut de natalité de la même population P
étant défini par la formule:
N X1.000 = ——— E (N=nombre annuel de naissance, E=effectif de la populatin P) le taux rectifié sera :
N° X1.000 En = E
L’un des termes du rapport reste toujours l’effectif E de la population P envisagée ; mais comme autre terme on prendra non plus le nombre réel des naissances N, maïs le nombre de naissances N° calculé fictivement pour cet effectif FE, en prenant comme bases de calcul, d’une part, les lois de fécondité féminine aux divers âges de la population P, et, d’autre part, la composition par âges (et notamment la proportion des femmes aux divers âges de fécondité) d’une population type P’.
On voit que les taux rectifiés ne sont nullement des taux réels, mais des taux fictifs, puisque l’un des termes du rapport qu’ils expriment (le nombre de naissances ou de décès) est lui-même fictif ; on substitue au nombre réel de naissances ou de décès constatés dans un pays, un nombre arbitraire, obtenu non plus par l’observation mais par le calcul, en appliquant les règles de la mortalité ou de la fécondité réellement observées dans la population envisagée à une « population type » dont la composition par âge est considérée comme « normale ». Or, étant donné la diversité des régimes démographiques suivant les
temps et les lieux, on ne peut considérer comme « normale » la composition par âge de tel pays, à telle époque plutôt que celle de tel autre pays à telle autre époque. Et singulièrement, la population type que l’on prend depuis .25 ans environ comme base des calculs des taux rectifiés (total des populations recensées en France, Allemagne, Angleterre, Italie et Suède vers 1910) mérite moins qu'aucune autre le qualificatif de « normale », étant donné la prédominance anormale dans cette population des éléments jeunes.
La seule utilité des taux rectifiés est donc de permettre une comparaison entre natalité et mortalité de populations différentes, comparaison dégagée de l'influence des différences de composition par âge et par sexe de ces populations. Aussi abandonne-t-on actuellement de plus en plus l’expression de taux rectifié pour lui substituer celle plus modeste, mais beaucoup plus exacte, de taux comparatifs.
Nous verrons plus loin comment on détermine beaucoup plus simplement et plus exactement le dynamisme démographique d’une population et sa rapidité de renouvellement par l'emploi du taux de reproduction féminine.
11. — Composition par âges de la population du département du Rhône
Nous voyons combien l’âge est un facteur démographique essentiel. Il est indispensable, pour faire” le point de la situation démographique d’un pays, <
d'établir au préalable la composition par âges de sa population.
Au recensement, les habitants de chaque sexe sont classés d’après leur âge, ou mieux d’après leur année de naissance, soit année par année, soit par groupes de 5 ou 10 ans. Les séries de chiffres ainsi obtenues sont traduites par une construction graphique très simple et très expressive, connue sous le nom de pyramide des âges.
Pyramide des âges.
Un axe vertical étant gradué en années d’âge, on porte sur des perpendiculaires à cet axe des longueurs proportionnelles aux nombres d’habitants de chaque âge : à gauche pour les hommes, à droite pour les femmes. En traçant les gradins correspondant aux extrémités de ces longueurs ou en réunissant ces points par une ligne continue, on obtient une figure ressemblant plus ou moins à une pyramide. La base correspond aux nombres d’enfants de O0 à 1 an, le sommet aux survivants les plus vieux, d’un âge peu supérieur à 100 ans.
Les deux profils de la pyramide des âges ne sont pas symétriques, le nombre des hommes et leur distribution aux divers âges étant différents des données correspondantes pour les femmes.
Les formes que la pyramide peut affecter sont très diverses et caractéristiques de l’état d’une population et de ses possibilités de développement. Elles dépendent à la fois de la natalité, de la mortalité et des échanges migratoires avec l'étranger ; elles rensei-
gnent aussi sur les possibilités d'avenir, par la proportion des femmes en âge de fécondité.
On peut distinguer trois types principaux de pyramides des âges, toutes les formes intermédiaires pouvant se présenter.
ETAT DE LA POPULATION PRÉSENTE DANS LE DÉPARTEMENT EN 1856 PAR SEXE ET PAR AGE
(En milliers d'individus de chaque âge.)
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