L'évolution des excédents annuels
de naissances ou de décès depuis le début du XIX° siècle
Pendant toute la première moitié du xix° siècle, le bilan démographique de chaque année se solde par d'importants excédents de naissances. Les excédents moyens annuels sont de l’ordre de 2 à 3.000 jusqu’au Second Empire. L’excédent maximum est enregistré en 1845 avec une balance de 4.763 en faveur des naissances (16.549 naissances et 11.786 décès).
Le premier excédent de décès apparaît en 1855, année de la guerre de Crimée et qui fut marquée également par de graves épidémies (15.964 nais-
sances ; 16.602 décès ; déficit 638). Les excédents de décès reparaissent, légers il est vrai, en 1859 et 1868, puis importants en 1870 et 1871 du fait de la guerre. Pour la première fois, la moyenne quinquennale des naissances et des décès pour 1865/1870 laisse apparaître un déficit de naissances. Après quelques années où alterneront les excédents de naissances et de décès, ces derniers deviennent la règle générale à partir de 1882 et pendant près de quarante ans. La balance sera régulièrement déficitaire de 1886 à 1913 ; les excédents de décès oscilleront en moyenne entre 1.500 et 2.000.
Après les déficits exceptionnellement importants de 1914 à 1919, il y aura deux années d’excédents importants de naissances : 1920 et 1921, puis les déficits reprendront, avec une seule exception en 1930. Malgré ces exceptions, si nous faisons les moyennes par périodes quinquennales, de 1920 à 1935 et pour les deux dernières années, nous enregistrons des déficits annu:ls moyens qui vont en croissant : 492 en 1921-1925 ; 176 en 1926-1930 ; 1.055 en 1931-1935 ; 1.968 pour les deux dernières annés. Les taux correspondants pour 10.000 habitants sont de —3, —2, —10, —19.
Les baisses continues de la natalité et de la mortalité que nous avons enregistrées n’ont donc pas été parallèles ; la mortalité a diminué dans des proportions bien moindres que la natalité. Depuis la période quinquennale 1876-1881, les statistiques de l’état civil ont enregistré un déficit global de naissances par rapport aux décès de 115.000 environ.
Un
Si l’on tient compte, par ailleurs, du fait que les parties les plus prolifiques de la population du Département ont toujours été celles qui y étaient installées depuis le moins longtemps, et que la moitié au moins des naissances annuelles est due à des parents nés en dehors du département, il faut admettre que la population, qui était de 700.000 environ vers 1875, aurait diminué à l’heure actuelle de moitié et ne dépasserait guère le chiffre de 350.000 si le Département avait été privé d’échanges migratoires avec l’extérieur depuis soixante ans.
Il. — L'évolution future du mouvement naturel
de la population dans le département
La formule de renouvellement naturel d’une collectivité peut être déterminée avec beaucoup de précision quand on connaît les lois de fécondité et de mortalité de cette collectivité.
Cette loi s'exprime dans un rapport très simple qu’on appelle le taux net de reproduction ou encore taux de remplacement.
On prend à la naissance 1.000 filles et on détermine, d’après les lois de mortalité et de fécondité observées dans la collectivité dont elles font partie, combien d’enfants du sexe féminin elles mettront au monde avant de mourir.
Sur cet effectif initial de 1.000 filles, il en reste un nombre Vx survivantes à l’âge x ; soit fx le taux de fécondité des femmes d’âge x : le nombre de nais-
sances provenant des femmes survivantes d’âge x sera :
Vxfx
On calcule ainsi pour chaque âge, de 15 à 49 ans (limites extrêmes de la fécondité), d’après les tables de mortalité, l'effectif féminin survivant, et, d’après le taux.de fécondité de chaque âge, le nombre d’enfants de sexe féminin mis au monde par cet effectif.
Soit le total des naissances féminines fournies à chaque âge, de 15 à 49 ans, par l'effectif survivant à chaque âge :
NARNIA RENE ENEHE EN ARE
Ecrivons ce total :
Le nombre total de naissances féminines sera :
49 Nf
SNONAER
15 N Nf —— étant le rapport du nombre des naissances fé- N
minines au nombre total des naissances d’après les lois de masculinité observées dans la collectivité dont il s’agit.
Le taux net de reproduction est égal à :
1 49 Nf —— 3 Vxfx—— 1.000 15 N
Si ce taux est supérieur à l'unité, le renouvellement des générations est assuré, sinon il y a dépos pulation virtuelle. Ces conclusions sont naturellement.
basées sur l’hypothèse que les lois de mortalité, de fécondité et de masculinité dans les naissances demeureraient constantes. Or, ces lois ont varié beaucoup dans le passé et sont appelées à varier dans l'avenir. Si elles étaient constantes, du reste, leur étude et le calcul du taux de renouvellement de la population auraient un intérêt purement spéculatif puisque l’action de l’homme serait impuissante à les modifier. Au contraire, connaissant les lois actuelles de renouvellement d’une population et les perspectives qui s’ouvriraient si ces lois demeuraient constantes, sachant en même temps que ces lois ne sont pas en réalité constantes, et qu’il dépend de l’homme de les modifier, le démographe devra tirer de ces observations théoriques des règles d’action pratique.
L'Alliance Nationale contre la dépopulation a fait exécuter dernièrement, sous la direction de M. Depoid, statisticien à la Statistique Générale de la France, des calculs destinés à déterminer les taux nets de reproduction de chaque département français pour les périodes 1910-1912, 1930-1932, et pour l'année 1936 ; les chiffres donnés pour cette dernière année sont évalués, en l’absence d’une table de mortalité, par une méthode donnant des résultats approchés à très peu de chose près (1).
Le taux net de reproduction du Rhône en 1936 était de 680 0/00. Cela signifie, comme nous venons de l’expliquer, que, à mille naissances féminines en
(1) Revue de l’A. N. contre la dépopulation : n° 314, octobre 1938, pp. 305 seq.
1936, ne correspondront plus, dans une trentaine d'années, que 680 naissances.
Fort heureusement, le taux d’accroissement de la France en 1936, quoique tout à fait insuffisant, est cependant nettement supérieur à celui du département du Rhône. Il est, pour le pays entier, de 880, après avoir été de 940 en 1910-1912 et 930 en 1930-
Cinq départements seulement ont des taux de remplacement inférieurs à celui du Rhône : la Seine (560), les Alpes-Maritimes (580), les Bouches-du- Rhône (610), la Seine-et-Oise (650), les Pyrénées- Orientales (670).
Si l’on compare le taux de remplacement actuel du Département avec ce qu’il était à des époques antérieures, on constate qu’il a baissé beaucoup par rapport à 1930-1932 (760), mais qu’il reste cependant supérieur à ce qu’il était en 1910-1912 (640).