‹ La population du département du Rhône: Son évolution depuis le début du XIXe siècleChapitre 62 sur 71 · LES CONCLUSIONS A TIRER DE L'ÉTAT ACTUEL DU TAUX DE REMPLACEMENT · texte numérisé non relu

LES CONCLUSIONS A TIRER DE L'ÉTAT ACTUEL DU TAUX DE REMPLACEMENT

Le remplacement des générations n’est assuré actuellement, dans le Département, qu'à raison de 68 % ; c’est-à-dire qu’en supposant que rien ne vienne modifier en mieux ou en pire les lois actuelles de mortalité et de fécondité du Département, et qu’il ne bénéficie d’aucun apport extérieur, au lieu de 12.800 naissances en 1936, il n’en enregistrerait plus que 8.700 en 1966 et 5.900 en 1996. Quant au chiffre” global de la population, il diminuerait moins rapi-*

dement d’abord, mais finirait par décliner d’après le même rythme ; d’ici 60 années, la population du département n’atteindrait plus que 600.000 âmes environ.

HI. — Les solutions possibles du problème de la dépopulation du département

Cette menace de dépopulation n’émeut guère nos contemporains, car ils ne se rendent pas réellement compte du danger. Ils savent que, depuis cent ans, la mortalité a beaucoup diminué et que, d’autre part, les régions agricoles ont constitué un réservoir inépuisable d'hommes pour alimenter la vie des grandes agglomérations urbaines. Ils comptent que dans les années à venir la mortalité continuera à décroître et que les grandes villes continueront à recevoir d’abondants apports des départements agricoles. Maïs il serait tout à fait présomptueux de compter à l’avenir sur ces remèdes.

Le seul abaissement de la mortalité qui aurait des effets sur le taux de renouvellement de la population est l’abaissement de la mortalité jusqu’à la cinquantième année. Or, même en supposant la mortalité féminine nulle jusqu’à la cinquantième année, le taux brut de reproduction de la population du département resterait insuffisant (1). En prenant 1.000

(1) Le taux brut de reproduction est le rapport à 1.000 du nombre de naissances féminines fournies entre 15 et 49 ans par un groupe

filles à la naissance et en supposant qu’elles atteignent toutes l’âge de 50 ans, âge limite de la fécondité, elles ne mettraient au monde pour les remplacer à la génération suivante, que 790 enfants de sexe féminin, c'est-à-dire que les nombres de naissances varieraient d’une génération à l’autre dans la proportion de 1.000 à 790. L’insuffisance du remplacement serait encore considérable.

Quant à la réduction de la mortalité des vieillards, elle n’aurait évidemment aucune influence sur la natalité et sur le taux de renouvellement des générations.

Doit-on souhaiter, du reste, de voir s’accroître indéfiniment la durée de la vie humaine ? « Il ne faut pas céder à la tentation de nous servir aveuglément dans ce but », écrit le Docteur Carrel, « des moyens que l’hygiène moderne met à notre disposition ; la longévité n’est désirable que si elle prolonge la jeunesse et non pas la vieillesse. Mais, en fait, la durée de la vieillesse s’accroît davantage que celle de la jeunesse. Pendant la période où l'individu devient incapable de subvenir à ses besoins, il est une charge pour les autres. Si tout le monde vivait jusqu’à 90 ans, le poids de toute cette foule de vieillards serait intolérable pour le reste de la population.

de 1.000 femmes d’effectif constant, c'est-à-dire dont la mortalité serait nulle jusqu’à 49 ans. .

fx étant la fécondité des femmes d’âge x, le taux brut de renouvellement est :

1 Nf 49 e —— Y fx 1.000 N 15

Le taux a été calculé pour tous les départements français. | | est de 790 pour 1.000 en 1936 pour le Rhône,

Avant de rendre plus longue la vie des hommes, il faut trouver le moyen de conserver jusqu’à la fin leurs activités organiques et mentales. Avant tout, nous ne devons pas augmenter le nombre des malades, des paralytiques, des faibles, des déments » (1).

L'immigration pourra-t-elle du moins continuer à assurer à la population du Département, sinon la continuation de laccroissement des cent dernières années, du moins un état stationnaire ? Nous ne le croyons pas. Car les campagnes françaises sont maintenant dépeuplées et il n’est pas souhaitable de voir s’aggraver l’exode rural. La terre doit conserver un nombre minimum de bras, sans lequel les plus graves désastres risqueraient de s’abattre sur notre pays. Quant à l’immigration étrangère, elle risquerait de dégénérer très rapidement en invasion, le jour où les étrangers se rendraient compte que la population française est définitivement vouée à la disparition, par défaut de fécondité. Ce jour-là les Français cesseraient très vite d’être les maîtres chez eux pour être dépossédés et expropriés par les nouveaux venus.

La lutte contre la mortalité et une politique intelligente de limmigration sont deux nécessités de l'heure présente que nous ne songeons pas à nier. Mais elles ne constituent pas les remèdes essentiels contre la menace de la dépopulation. Le remède essentiel, c’est le retour de la race française à ses anciennes traditions de fécondité.

(1) Op. cit, p. 214.

ARMINJON 11

Au cours du chapitre suivant, nous nous proposons d'étudier les causes du déclin de la fécondité depuis 100 ans et ce qu’il y a lieu de faire pour que cette fécondité redevienne ce qu’elle était autrefois (:).

(1) Nous croyons qu’il est inutile de revenir à nouveau sur les conséquences désastreuses d’une dépopulation future de la France (conséquences d'ordre intellectuel, moral, militaire, financier et économique). Il faut tenir pour établi que la dépopulation serait. un désastre et nous considérons qu'il est impossible de mettre” cette question en discussion à l'heure actuelle.

Page 1