LA NÉCESSITÉ D’'UNE RÉNOVATION MORALE
La lutte contre les avortements qui donnerait immédiatement d’excellents résultats, pourrait par la suite devenir inefficace et la natalité pourrait continuer à décroître si se rendant compte dorénavant de l’impossibilité de recourir à cet artifice extrême, une grande partie de la population se mettait à appliquer avec un soin accru l’usage des procédés anticonceptionnels. Contre l'emploi de ces procédés, toute action du législateur est en partie impuissante, tout au plus peut-il interdire la vente de certains appa-
reils dont l’usage n’est pas équivoque ; les ménages voulant rester stériles conserveraient à leur disposition des moyens contre lesquels il serait impossible de lutter.
Il semble même que plus on ira et plus les ménages auront la possibilité de déterminer librement la plus ou moins grande fécondité de leur union.
Ce qu’il faut donc pour enrayer la tendance à la dépopulation, c’est fournir à ces ménages des raisons déterminantes pour les inciter à la fécondité.
Toutes les mesures économiques déjà prises en faveur de la famille, celles qui restent à prendre ne sont pas suffisantes. C’est ce qu’exprime parfaitement M. Paul Haury dans un récent article (:) en disant au Gouvernement : « De quoi s'agit-il ? Est-ce simplement de faire œuvre d'équité en compensant par des « avantages » matériels une partie des sacrifices matériels énormes qu’impose aujourd’hui l’entretien d’une nombreuse famille ? Visez-vous uniquement à faire cesser un scandale qui est un encouragement direct à la stérilité ? En ce cas, bien qu’il reste beaucoup à faire, vous êtes dans la bonne voie. Mais s’il s’agit de provoquer le « renversement de la tendance », d’aboutir au relèvement de la natalité française dans l’ordre de grandeur qu’il faudrait, il faut tout autre chose, il faut cette « transformation morale » dont a parlé M. Daladier, sans d’ailleurs en préciser ni le caractère, ni les moyens ».
(1) Revue Alliance Nationale contre la Dépopulation, n° 316, décembre 1938, p. 356.
Les causes d'ordre économique et budgétaire ne sont plus, en effet, les seules qui vont à l'encontre de la fécondité des foyers. L’enfant ne coûte pas seulement de l’argent, il est aussi une gêne, cause de fatigue physique, de soucis et cela tout particulièrement pour la mère de famille. Cette gêne et cette fatigue ne sont plus acceptées dans les ménages où l'idéal moral chrétien a été remplacé par le culte individualiste du « moi ». Dans les ménages qui font de l’hédonisme la seule loi morale, il ne suffira pas d’indemniser les parents des frais occasionnés par la naissance et l’éducation des enfants. Il faudra encore les rétribuer pour leurs peines suivant un barême de plus en plus élevé à mesure que leur égoïsme grandira. Est-ce cela que Ludovic Naudeau souhaite quand il propose que la natalité, non seulement ne coûte pas aux procréateurs, mais encore leur soit d’un certain rapport ? N°y a-t-il pas quelque chose de choquant dans cette idée ? L'Etat commanderait-il des rejetons aux couples humains de la même manière que dans ses haras il règle les rapports des animaux reproducteurs ?
Le véritable équilibre démographique qu’il faut rechercher consiste en un accroissement tempéré et proportionné à celui des subsistances. Cet équilibre sera sauvegardé dans la mesure où l’on reviendra à l’observance de la loi naturelle de la morale conjugale.
En dehors de ces principes et dès qu’on admet les pratiques de la « prudential restraint » que rejetait
avec horreur Malthus, la porte est ouverte à tous les excès et l’équilibre est irrémédiablement compromis : le déclin démographique de la France depuis cent ans en offre le triste exemple.
Nous ne voyons pas sur quels principes un mouvement de redressement de la fécondité française pourrait s'appuyer, sinon sur un retour généralisé à la pratique de la morale traditionnelle. C’est du reste ce qui explique le pessimisme de ceux qui doutent qu’un tel retour soit possible. M. Landry notamment, qui a analysé avec une très grande pénétration les causes de la Révolution démographique, paraît assez sceptique quant à l’avenir dans la conclusion de son ouvrage.
Pour nous, nous ne partageons pas ce scepticisme. Depuis quelques années, il est indéniable qu’on assiste à un redressement continu des valeurs morales et singulièrement des valeurs chrétiennes. L’influence croissante des mouvements de rénovation intellectuelle et morale dans tous les milieux en est la preuve (1). Dans ces groupements se constitue lentement une élite, parfaitement adaptée au monde moderne, mais en même temps fortement attachée à tout ce qui est essentiel et universel dans la tradition chrétienne. Cette élite est décidée notamment à vivre d’une manière entièrement conforme aux préceptes de la morale la plus stricte.
(1) Nous pensons principalement à des mouvements tels que la Jeunesse Ouvrière Chrétienne ou la Jeunesse Agricole Chrétienne, mouvements encore tout récents mais dont les heureuses influences commencent à se faire sentir.
Grâce à cette élite nouvelle qui agira comme un levain sur la masse, grâce aussi aux traditions qui se sont perpétuées sans discontinuité dans nombre de familles françaises, nous croyons que la France reviendra un jour à ses traditions anciennes de fécondité, et pourra continuer à faire participer le monde aux bienfaits de sa civilisation et de son génie.
Vu et approuvé : Vu et approuvé :
Lyon, le 1er Juin 1939. Lyon, le 3 Juin 1939. LE Doyen LE PRÉSIDENT DE LA THÈSE, DE LA FACULTÉ DE DROIT À. SCHATZ. P. GARRAUD.
Vu et permis d'imprimer :
Lyon, le 5 Juin 1939.
Le RECTEUR, PRÉSIDENT pu CoNsEIL DE L'UNIVERSITÉ,
A. LIRONDELLE.