KEPKESSION DE LA SÉDUCTION
Tel est l'état de nos mœurs juridiques que la société tolère la prostitution et le concubinage. L'on admet d'autre part que les relations illicites donnent lieu à répression si elles ne sont pas nouées du consentement des deux parties, ou si le consentement de l'une d'elle a été vicié, de droit commun, par quelque fait concomitant, comme la minorité, etc.
Deux modes légaux de répression de la séduction se conçoivent — dont l'un n'exclut pas l'autre — la répression civile et la répression pénale.
La répression pénale : son efficacité est réelle. Il y a peu de filles-mères mineures : « Tout au contraire de la fécondité légitime, la fécondité illégitime est très faible de 15 à 20 ans. ^ Le fait est donc attribuable à l'action de la loi et non à une cause physiologique. La loi, dans presque tous les pays, ne punit que le séducteur de filles mineures ; les majeures sont supposées pouvoir se passer de la protection légale. Les libertins y regardent à deux fois avant de tenter la séduction que la loi punit. Voilà ce que prouvent les statistiques.
La répression de la séduction en France est insuffisante, et la législation répressive de ce délit incomplète. C'est ce que constate M. P. Leroy-Beaulieu : c'est la famille, et non seulement la jeune fille qu'il faudrait protéger. " La société, écrit-il, a des devoirs de protection envers la famille. Peut-être notre législation n'inspire-t-elle pas assez le respect de l'enfance et le respect de la femme ; elle n'a aucune
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sécurité contre des vices qui blessent au plus haut degré l'intérêt des êtres faibles, tels que l'ivrognerie et la débauche. Sans mettre le séquestre sur le salaire de l'ouvrier et sans se constituer gardienne de la pudeur des jeunes filles, la loi pourrait sortir de sa criminelle indifférence vis-à-vis des débauches de cabaret et de la séduction. Il j a des mesures de rigueur à prendre et qu'on ne saurait indéfiniment ajourner \ n
Faute de répression légale les mœurs introduisent la répression individuelle : c'est assez naturel. Mais pareille répression — la vengeance de la fille séduite — est sans profit pour elle et pour l'enfant.
Certains pays ont un mode de répression sut generis et pleinement efficace. Il s'agit de pays généralement peu civilisés. C'est le cas pour la Grèce, oii les naissances illégitimes sont infiniment rares. La séduction, si le mot est exact ici, est au contraire très fréquente, en ce sens du moins que les fiançailles sont généralement séparées par un temps assez long de la célébration du mariage, et que, dans l'intervalle, les relations sexuelles s'établissent entre les fiancés. " Dans certains cantons^ dit Edmond About, comme à Messolonghi, par exemple, le fiancé jouit de tous les privilèges d'un mari. On attend, pour célébrer l'union, qu'elle promette ses premiers fruits.
1 La question ouvrière au XIX* siècle, p. 334-35. — L'ouvrage est antérieur à la loi française pour la protection de l'enfance.