‹ La porte de félicité: romanChapitre 34 sur 34 · LES CENDRES · texte numérisé non relu

LES CENDRES

mettent des reflets rouges dans le vif argent des vagues. Les clameurs des Touloumbadji s'éloignent, peu à peu; l'on n'entend plus que le rythme cadencé des avirons, le clapotis de l'eau et un bruit mystérieux de baisers.

Michaël et sa maîtresse, miraculeusement sauvés par les deux esclaves, Elmass et Naïmé, se dirigent vers le vaisseau autrichien La Délivrance, qui va partir dans quelques heures. Ils se rendront à Athènes, visiteront Corfou et gagneront Trieste en longeant les côles de l'Adriatique... Ils sont jeunes, libres, amoureux, pleins de joie et d'espoir. Une vie nouvelle s'ouvre pour eux, ils vont chercher leur part de bonheur à travers le monde...

Derrière le caïque, des tourbillons de fumée rousse, traversés par de longues flammèches, montent dans le ciel. Les toits s'embrasent, s'entr'ouvrent, ainsi qu'une terre volcanique sous la poussée d'un brasier intérieur. Les grilles des haremlikes se tordent comme des sarments de vigne, et, parles fenêtres, semblent couler des ruisseaux de lave. Les boutiques des marchands de pâtes, de liqueurs et de parfums se consument en une large flambée de bûcher ; une mosquée abandonnée vomit les flammes par ses deux portiques. Des colonnades, des entablements de frises apparaissent avec une curieuse puissance de relief, dans un effrayant reflet de fournaise. Puis, ce sont les minarets hauts et blancs,

semblables à des jets de lumière, qui se détachent sur d'autres lueurs, flammes sur flammes, ondes terribles de feu, de suie et de sang !

Mais, pourtant, par delà le foyer de haine et d'épouvante, la sérénité des choses renaît au fond du grand ciel majestueux et pur. C'est le renouvellement certain de l'antique nature, après les pillages, les meurtres, les incendies elles révolutions... L'humanité, après chaque épreuve, se transfigure, plus intelligente, plus active et meilleure, comme une plante jette une nouvelle tige quand on a coupé le surgeon gangrené qui ne pouvait plus ni s'élever, ni fleurir.

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