‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 112 sur 146 · A Vallette · texte numérisé non relu

A Vallette

Vous devez bien vous dire quelquefois que le retard monstrueux de mon livre, aggravé par l'insolite retard du printemps, doit désoler profondément un vieux malade qui avait compté sur l'un et l'autre pour son rétablissement. Pourquoi, étant déjà l'ami très sûr, éprouvé depuis 24 ans, n'êtes-vous pas, en même temps, l'éditeur casse-cou, c'est-à-dire n'acceptant pas les impossibilités apparentes? Si j'avais été assez heureux pour réussir dans certaines démarches, je vous aurais prouvé déjà que vous capitulez devant des fantômes. Puisque nous sommes en affaires, comme vous l'avez dit à ma femme, je vous aurais mis dans la main une somme suffisante pour aller chercher en automobile cette édition que le chemin de fer refuse de transporter. C'eût été l'affaire de deux jours et mon livre, dont vous espérez vous-même le succès, serait en vente depuis un mois. Un chauffeur astucieux et de bonne volonté, tel que Rouveyre, par exemple, aurait accompli cette prouesse. L'occasion est unique cependant. Je reçois des lettres de tous les côtés et je ne sais

plus que répondre aux bonnes gens qui me demandent ce que signifie cette absence furieuse de mon livre, alors que paraissent tant d'autres livres, et quels livres !

Méditez là-dessus, cher ami, et s'il est possible, sortez un moment de votre nature.

Votre, etc..

Page 1