Notre-Dame de la Merci
Douloureux anniversaire.
Messe à 8 heures avec Jeanne.
Essayé vainement de travailler. Je suis trop découragé.
J'ai eu aujourd'hui comme un pressentiment de mon retour à la santé, mais ce soir je suis accablé.
25. — Continué et achevé mon nouveau chapitre. Je l'ai dit, je travaille par force; comme sous le fouet, malgré le chagrin, le découragement et la continuelle fatigue.
Jeanne a été forcée aujourd'hui d'aller emprunter 20 francs à un ami. C'est notre seule ressource.
Vers 6 heures, visite de Boutet, triste et miséreux autant que moi. On cause une heure sans aucune joie.
26. — A Vallette : Je le prie de me faire savoir exactement où en sont mes comptes au Mercure, dans l'intérêt de ma femme et de mes filles qui auront besoin d'être armées pour faire valoir leurs droits à ma succession dans le cas où je viendrais à disparaître.
Visite imprévue de Grollcau. II m'apportait
des documents byzantins pour un frontispice à choisir, ce que nous faisons ensemble. Consianiinople et Byzance pourra paraître dans la première quinzaine d'octobre. Je lui donne les adresses de Cornuau et de l'abbé D... pour leur envoyer le livre de Pierre qui a, dit-il, un vrai succès. Il serait curieux que, par ce livre, qui sera sans doute acquis par des communautés ou bibliothèques paroissiales, je pénétrasse enfin dans l'attention des catholiques.
Grolleau nous apprend que la plus dure famine sévit en Autriche.
Il s'en va après une conversation fort agréable sous nos marronniers.
Le soir, à 8 heures et demie, arrivée d'Edouard Souberbielle et de sa mère qui vont coucher ici. On cause une demi-heure. Je suis comme presque toujours très fatigué, très triste aussi, n'ayant pu travailler aujourd'hui.
27. — Employé toute la journée à la copie définitive de mes deux derniers chapitres. Rien de notable. On a passé tout le temps avec les Souberbielle dont l'amitié nous pénètre de joie.
Le soir, échecs avec Edouard.
28. — Après le déjeuner, tout le monde part pour Bures, à l'exception de Véronique qui reste seule avec moi.
En vue d'un nouveau chapitre, je relis le Feu, de Barbusse. Occasion peu ordinaire de montrer la France sans Dieu.
29. — On se prépare à recevoir les filleuls qui se sont annoncés.
Ils arrivent tous ensemble vers midi.
Déjeuner. Malgré la fraîcheur, on peut manger devant la maison avec plaisir.
Après déjeuner, lecture de mes derniers chapitres qui sont écoutés volontiers.
Cette lecture remplace ma sieste ordinaire sans inconvénient. Suis-je vraiment en voie de guérison?
Après la lecture, série de parties d'échecs avec Pierre.
Raïssa et Véra retournent à Bures vers 5 heures, Jacques et les deux Pierre restent pour dîner.
En attendant le train qui doit les emporter, sonate de Franck exécutée par Madeleine qu'accompagne Edouard.
Je peux encore veiller et lire jusqu'à 11 heures sans trop de fatigue.