HISTOIRE DE FRANGE
RACONTÉE A VÉRONIQUE ET MADELEINE (introduction inachevée)
Mes chères enfants, c'est au Nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, que j'entreprends de vous raconter ce que je sais de l'Histoire de France. L'immense difficulté de ce travail m'a fait hésiter bien longtemps et je ne m'y détermine aujourd'hui que pressé et tourmenté par ma conscience, puisque j'ai le devoir de vous instruire.
Ah ! mes chères petites, comme cela est difficile !
Savoir les grands événements, leurs dates, quelques-unes des circonstances principales qui les ont accompagnés, c'est ne pas savoir grand' chose. Plus je lis l'histoire et plus je m'aperçois que je l'ignore. C'est bien simple et vous allez tout de suite me comprendre. Je cherche Dieu dans l'histoire, c'est-à-dire la Main de Dieu dans tous les événements de l'histoire. Le catéchisme des petits enfants qui est, après
l'Ancien et le Nouveau Testament, le plus beau livre du monde, nous enseigne que « rien n'arrive dans le inonde sans son ordre ou sa permission ». Il n'est donc étranger à rien, et voilà ce que les historiens ne montrent pas. Il faut le découvrir soi-même ou le deviner, ce qui est d'autant plus malaisé que la plupart des historiens, incroyants ou incapables de vues supérieures, ont toujours voulu montrer les hommes et n'ont presque jamais voulu montrer Dieu, ce qui est pourtant l'objet essentiel, le but et la fin de toute science historique.
Alors, naturellement, ils n'ont montré que les hommes qui leur plaisaient, c'est-à-dire les hommes qu'ils auraient voulu être eux-mêmes, se supposant à leur place, leur attribuant leurs propres pensées, leurs propres sentiments et oubliant que chacun de ces hommes d'autrefois, qui sont aujourd'hui en poussière, a eu sa mission et sa vocation très particulières dans le plan général de Dieu, que nul ne peut connaître ici-bas, mais qui fera l'admiration des Saints dans le Paradis.
Je veux vous donner, mes chères enfants, une règle très sûre pour lire l'histoire et en profiter. Il faut la lire avec un désintéressement parfait, un détachement, un dépouille-
LA PORTE DES HUMBLES o49
ment complet de soi-même, exactement comme pour devenir un saint.
Quand on dit : quel dommage que tel événement soit arrivé au lieu de tel autre, on se regarde soi-même, on ne regarde pas Dieu.
Involontairement, sans s'en apercevoir, on suppose que Dieu s'est trompé, puisque rien n'arrive qu'il ne l'ait voulu ou permis, et qu'à sa place, on aurait beaucoup mieux fait.
C'est ainsi que les Anges sont tombés, qu'Adam est tombé, et c'est la pente universelle des hommes.
Il faut se dire, au contraire, que tout ce qui arrive est adorable aussi bien dans l'histoire des peuples que dans l'histoire des individus et que rien ne doit être supposé meilleur ou plus heureux que ce qui arrive aujourd'hui ou est arrivé, il y a cinq cents ans, même les plus affreuses catastrophes.
Quand on étudie l'histoire dans cet esprit de foi et de simplicité, c'est un éblouissement.
Conclusion
Fac ut vitUam l
Conclusion.
Il était 6 heures 10 minutes quand Léon Bloy Fendait le dernier soupir en présence des siens : sa femme; ses filles, son filleul Pierre Van <i*-r Meer et Georges Aurie. C'était le samedi '.i novembre.
Gomme si on s'était donné rendez- vous, Félix Raugel arriva avec sa femme cinq minutes avant la mort;- il eut la joie chrétienne, ainsi que Jacques Maritain, d'ensevelir avec nous son grand ami.
Qu'elles soient bénies les douces mains qui nous entourent à la dernière heure et qui parlent quand les paroles se taisent !
Moment sacerdotal que celui du trépas d'un chrétien : Pretiosa in conspedu Domini, Mors Sanctorum ejus.
Je ne puis détacher ma pensée du souvenir de ces dernières minutes. Tous nous semblions communier à la paix céleste qui accompagnait la mort de Léon Bloy, et après avoir souffert de sa souffrance nous nous sommes fortifiés de sa force.
La peur de la mort lui était inconnue, et quand un jour, avant sa maladie, je lui ai demandé quel serait son sentiment en face de cet événementj|redoutable, il me répondit : une immense curiosité. — Et le côté physique? lui dis-je. — Il n'agit pas sur moi, fut sa réponse.
Les paroles citées dans la préface de Dans les Ténèbres : « Je suis seul à savoir la force que Dieu a mise en moi pour le combat ! » il les prononça à la fin d'une nuit douloureuse, quelques jours avant sa mort. Il ne se voyait pas encore mourir, mais ayant reçu l'Extrême- Onction, son attention se détournait de plus en plus du monde extérieur, de son œuvre même, et devint intérieure.
Il reçut avec bonté ses amis quand son état le permettait. L'un d'entre eux me fit la remarque : « Bloy a gardé le geste jeune, malgré son âge, malgré sa maladie. »
Les derniers jours, son regard calme et pénétrant se dilatait et devint très beau, s'élevant sans cesse comme pour chercher au loin sa vision.
Il a peu parlé pendant sa maladie, étant d'ordinaire absorbé intérieurement, mais souvent une parole de bonne humeur venait soudain nous soulager le cœur.