‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 143 sur 146 · Mercredi. — Pas de sortie · texte numérisé non relu

Mercredi. — Pas de sortie

A Vallette :

Brisé par la lièvre et grelottant au coin de mon feu, je veux cependant vous répondre quelque- lignes.

Votre lettre m'a élé infiniment réconfortante. Me reportant toujours aux années mauvaises, je me croyais enlizé dans des dettes infinies sans espérance d'en sortir. « Nous sommes absolument quittes, » m'écrivez-vous. Je l'avoue, cette affirmation merveilleuse pénètre en moi difficilement. Je suis si malheureux depuis tant d'années ! Non seulement vous m'écrivez cela, mais considérant qu'à telle époque, le Mercure me devra telle somme, vous me l'envoyez tout de suite, comme si vous aviez su qu'elle nous arriverait juste au moment où nous étions exténués de misère... Gela, mon cher Vallette, m'a touché le cœur profondément.

18. Jeudi. — Les prescriptions du médecin ne me réusissant pas, Jeanne m'amène un autre médecin, militaire, celui-là, et d'espèce sympathique. Il veut d'abord abattre la fièvre et me prescrit de l'aspirine, ce qui semble réussir presque aussitôt, puisque j'ai pu trouver la paix ce soir et dormir cette nuit. Mais il y a une suite assez longue à l'ordonnance, entre autres choses le jeûne absolu pendant trois jours.

Est-ce vraiment ainsi que je dois être soigné?

Lettre d'un brigadier Gomès, qui dit en fort bons termes être avec moi bien qu'il ne soit pas un croyant, mais « vous êtes une si parfaite oeuvre d'art ». Il veut être celui qui mendie

auprès du dernier des prophètes, l'honneur de le secourir, si les misères et les tribulations l'assaillent toujours.

19. Vendredi. — Après une nuit meilleure, j'envisage avec tout le calme possible ma situation. Combien je voudrais être délivré de ce régime qu'il me faudra subir plusieurs jours !

Jeanne répond au brigadier Gomès une lettre haute et forte. Si ce brigadier a bien dit ce qu'il voulait dire, il ne lui reste plus qu'à s'exécuter.

20. Samedi. — Continuation du même état. Cependant, j'ai retrouvé un peu d'appétit.

Après-midi, mandat de 50 francs envoyé par Lamoureux. Jeanne lui répond.

Ici finit le Journal de Léon Bloy.

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