‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 22 sur 146 · Apparition de Lourdes · texte numérisé non relu

Apparition de Lourdes

Nouvelle privation de la messe. Ma faiblesse paraît augmenter.

Je continuais la suprême lecture des épreuves lorsque arrive Pierre qui déjeune avec nous. Occasion de parler de son compatriote Louis Raema-

kers autour duquel on fait tant de bruit depuis quelques jours.

Ce dessinateur hollandais, nullement supérieur à une vingtaine de dessinateurs français, est reçu et fêté partout comme le serait un général qui aurait gagné la plus décisive bataille, simplement parce qu'il a réussi quelques caricatures anti-allemandes. C'est inepte et honteux. Mais que penser du caractère de cet artiste qui accepte comme de bon aloi des ovations si imbéciles?

J'aime mieux mon pauvre ami Boutet dont je viens de lire le livre apporté avant-hier. Assurément, cet autre artiste n'est pas écrivain, mais il montre une âme d'enfant si française et si généreuse qu'il n'est pas possible de le lire sans émotion.

13. Dimanche. — A3 heures et demie, visite de Termier qui me présente l'amie dont il m'avait parlé, Mme la Mazière, bonne personne ignorant Dieu à qui il a fait connaître mes livres. Elle paraît y prendre goût et me montre beaucoup d'intérêt. Je lui donne ma Jeanne d'Arc.

Termier est toujours le même, plein de tendresse et de sollicitude.

De la Laurencie et ses trois filles sont venus

aussi, peu de temps après Termier. Conversation générale. Je saisis l'occasion de parler de Bisson à de la Laurencie qui s'intéresse vivement à ce que je peux lui montrer de ce malheureux artiste.

Départ des de la Laurencie vers 6 heures.

Auric vient dîner.

14. — A 5 heures, Madeleine revenant de la Schola me donne une lettre de la Laurencie extraordinairement touchante et d'une générosité somptueuse. Je ne sais plus comment exprimer ce que la beauté de cette âme me fait éprouver.

15. — Je commençais à peine une lettre lorsqu'un visiteur se présente, se recommandant de Jacques. Jeune homme extrêmement sympathique. Il est prêtre et lieutenant de mitrailleurs, ce qui me gêne un peu. Cependant il n'a encore pratiqué aucun massacre et on peut se parler. Il me signale, entre autres choses, cet épouvantable fait qu'on commence à ne plus faire de prisonniers. On tue les Allemands qui se rendent et nos soldats ont des couteaux tout exprès. La visite se prolonge jusqu'à midi. Alors, on garde le visiteur à déjeuner et Jacques, nullement attendu, arrive, précisément, pour me

préparer à la réception de ce jeune homme qu'il craignait de voir mal accueilli.

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