Dimanche. — Messe tous ensemble à 8 heures
Continué l'emménagement qui pourrait bien durer encore une quinzaine.
Mise au courant de ce Journal interrompu depuis samedi 8.
A 3 h. 1 /2, visite de Pouthier. On cause une heure.
Petite lettre à 'fermier pour lui dire notre déménagement et l'embrasser avec affection.
19. — Après-midi, un visiteur nouveau se présente, Léon Gilliard, le missionnaire du Congo belge qui m'écrivit en décembre. C'est un prêtre extrêmement sympathique et déjà un ami. Je lis quelques pages de mon livre.
23. Dimanche. — Fatigue et malaise extrême dès le matin. Olivarès attendu vient déjeuner. Nous n'avons qu'à être charmés de la bonne grâce et de l'intelligence de ce jeune homme.
Après son départ apparaissent deux dames inconnues, venues tout exprès de Paris pour m'admirer. Ces étrangères, que Jeanne hésitait à recevoir, paraissent intimidées et très nerveuses.
Cependant le ton est convenable et nous ne savons que penser. Elles partent vers 4 heures.
[La conversation qui eut lieu entre Léon Bloy et ces dames fut des plus impressionnantes. « Je me prépare à la mort, » fut sa première
parole; et d'une voix faible, à cause de son malaise, il parlait longuement et gravement devant ces deux inconnues, d'aspect assez mondain, de la vanité de la vie.](*)
27. — Séance du menuisier qui vient tamponner nos cloisons pour l'accrochage de cadres et porte-manteaux. Un peu d'ordre commence chez nous. Il ne me manque plus que le retour de la santé et la continuation du secours providentiel.
Dans l'après-midi, arrivée et installation d'une nouvelle bonne. J'aurai besoin de m'accoutumer à sa figure. Dieu sait ce que nous apporte cette nouvelle recrue.
28. — Jeanne lit avec moi les épreuves. A 6 heures, Pierre vient dîner. Échecs.
Il me semble que je suis de plus en plus faible.
29. — Voici le troisième jour de privation de la messe. Véronique et Jeanne me parlent de l'extrême-onction avec beaucoup d'insistance. Je charge Jeanne d'en parler au curé.
Après-midi, Léautaud nous amène son chien,
') Note de J.-Léon Bloy.
dont il a peine à se séparer. Celui-là est, d'ailleurs, aimable. Tout de suite, il se familiarise et, dès ce premier jour, devient notre ami. Lecture d'épreuves avec Jeanne.
30. Dimanche. — Hier un zeppelin est venu jeter des bombes sur Paris. 15 ou 20 personnes au moins ont été tuées ou blessées.
Après midi 3 heures, arrivée inattendue de Jacques amenant Raïssa, et bientôt après apparaît Bisson apportant un carton plein d'images. Je craignais un peu cette exhibition et j'avais tort. Ce jeune homme est extrêmement intéressant et paraît doué supérieurement. Quelques-unes de ses compositions sont extraordinaires. Rien en lui de l'École, mais une âme pleine de Dieu et des trouvailles de Primitif en extase. Nous sommes tous fortement impressionnés.
Février.
8. — Jeanne et Madeleine ayant été chez Parent reviennent très impressionnées. Cet homme qu'on pourrait croire froid flambe aussitôt qu'il s'agit de moi et de mes livres,
Son admiration est une sorte de spectacle. Tous ceux de mes livres qu'il possède sont étalés sur une table aux yeux des visiteurs. Il me fait une propagande furieuse et combat violemment les contradicteurs.
Je prépare pour lui un exemplaire de Je m'accuse.
Ce livre vous prouvera que je suis le meilleur ami de Zola : 1° parce que son nom sera sauvé par moi seul peut-être de l'éternel oubli; 2° parce que je dégoûterai nos petits-neveux de la lecture de ses romans. Rafraîchissement inappréciable pour son âme carbonisée.
Parent, après beaucoup d'autres, dit sans cesse qu'après m'avoir lu, on ne peut plus rien lire. Quelle récompense pour moi qu'un tel suffrage !
9. — Notre bon curé est venu ce matin, à 9 h. 1 /2. Confession, Extrême-Onction et Communion. C'est l'un des plus graves événements le ma vie. Dieu veuille exaucer la prière du arêtre :
Cura, quœsumus, gralia Sancii Spirîtus, lanyuores islius infirmi, ejusque dimiite peccala; atjue dolores cnnclos mentis et corporis ait eo 'V pelle.,,
Lecture des épreuves avec Jeanne.
Langueur et faiblesse extrême.
A 6 heures, visite de Boutet m'apportant son nouveau livre : Le Cœur de Paris.
Aucune lettre. Le facteur ne m'apporte plus rien.
Paroles de ma femme : Bien ne pèse comme le néant: «mon joug est doux, et mon fardeau léger. »
10. — Bienheureuse visite de Raoux et de sa femme. Raoux plus vigoureux et plus joyeux que jamais. Il est plein de confiance, persuadé qu'aucun danger ne le menace, comme je le lui ai souvent écrit. Il vient de Montpellier ayant eu une permission de six jours, et il a passé par Paris tout exprès pour me voir. Il va reprendre son poste demain en Argonne. A sa demande, Madeleine fait un peu de musique et je lui montre mes épreuves. On se sépare vers 6 heures.