Je me sens beaucoup mieux
Lettre insensée de Mariavé me disant :
Que je recouvrerai la santé dès que je croirai au Verbe Éternel ! « Jusque-là », ajoute-t-il, « je communierai tous les jours pour votre ami Philippe qui m'a fait appeler pour donner à sa femme des paroles de consolation en même temps qu'il me chargeait de vous envoyer l'obole ».
Voilà qui est un peu fort.
Continué ma revision d'épreuves.
A Madame Raoux :
Madame et chère amie, c'est un malade qui vous écrit. Il l'aurait fait plus tôt si la catastrophe qui vous afflige n'avait été pour lui-même un coup de couteau en plein cœur qui l'a privé de toutes ses forces. Aujourd'hui encore, je ne parviens pas à réaliser un si grand malheur et je n'ai pas trop de toute mon énergie chrétienne pour m'y résigner. Mieux que personne, vous savez quel ami je perds en votre Philippe.
C'était une des âmes les plus hautes et les plus lumineuses qui se pussent rencontrer en ce monde. Il est aujourd'hui, nous pouvons l'espérer, dans la gloire des amis de Dieu et il doit avoir une grande compassion de nous qui pleurons et prions pour lui
dans nos ténèbres. La foi nous enseigne que nos défunts nous sont plus proches que tous ceux qu'on nomme les vivants et c'est une consolation certaine de savoir que les êtres chers qui ont disparu pour quelque temps ne nous ont pas quittés réellement, mais qu'ils nous accompagnent à chacun de nos pas et qu'ils nous protègent.
Il m'a semblé plus d'une fois, depuis la terrible nouvelle, que mon ami me parlait du fond du cœur lorsque je priais pour lui, en offrant avec simplicité, avec amour, tout ce que je pouvais offrir. Je sais que votre tendresse lui fut une consolation profonde. Soyez persuadée, chère amie, qu'il vous consolera lui-même en vous faisant sentir qu'il est inexprimablement heureux dans sa vie nouvelle et vous recevrez ainsi toute la force qui vous est nécessaire pour attendre l'heure de Dieu. Je suis avec vous profondément et de toute mon âme.
Votre ami,
Léon Bloy.
A 6 heures, visite de Brou, bientôt suivi de Boutet. On parle naturellement de la guerre. Occasion pour Brou d'exprimer son mépris absolu et féroce de tout ce qui se passe en arrière du front, mépris épouvantablement justifié.