‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 38 sur 146 · Vendredi. Notre-Dame des sept-Dou- ;urs · texte numérisé non relu

Vendredi. Notre-Dame des sept-Dou- ;urs

A 9 heures et demie, arrivée de nous tous à i gare de Sceaux où nous attendait Cornuau.

A 10 heures, tout notre monde présent, ommence la cérémonie de l'abjuration. Ce n'est as la première fois que j'en suis témoin. Mais ujourd'hui cette liturgie entre plus profondément n moi. Cornuau est admirable. Tout est fait en onscience et dans une force toute belle de sentiîent sacerdotal, l'admission dans l'Église, les ^orcismes puissants, le baptême. J'étais là, !)ut près, en ma qualité de parrain, suivant I texte du rituel, bien près de pleurer. La chère îfant devenue Marguerite-Marie-Jeanne-Léone | eu la force de lire la très longue formule de

son abjuration malgré sa fatigue et son émotion, très partagée d'ailleurs par Cornuau. La cérémonie a duré près de cinq quarts d'heure.

Présents : Jacques, Raïssa, Véra et Mme Oumançoff; Pierre, Christine et le petit Pierre; Vines et de la Laurencie rencontré par lui en chemin et dont la présence bien inattendue m'a été une vive joie.

Déjeuner à Bourg-la-Reine avec tous ceux qui ont pu venir : les Maritain, les Van der Meelj sauf Christine et Vifies. Douze à table.

A cinq heures, tous nos convives sont partis.

15. — Après-midi, Jeanne et Marguerite ayant été ensemble au Sacré-Cœur, je reçois la visite de Martineau. Partie d'échecs, puis causerie singulièrement douloureuse au sujet de la guerre présente et de l'affreux avenir entrevu. Après son départ, vers 6 heures, je reste écrasé de tristesse. La présentation par la concierge de la quittance de loyer augmentée de 4 fr. 50 (droits proportionnels???) qui me paraissent un abus intolérable, a été pour quelque chose dans cette crise de mélancolie qui a empoisonné notre soirée.

A la dernière heure, lettre d'un inconnu militaire malade, assez valide cependant pour

n'écrire huit pages où il m'apprend qu'il travaille à propager mes livres, ce qui lui donne [e droit de me demander, en retour, un de mes livres et une de mes photographies, avec dédicaces. « Ce que je vous demande, vous me le devez. » C'est sa conclusion. Donc, silence.

16. Dimanche. — La journée commence par un ennui grave. Un ami nous amène son chien. C'est un animal beau si on veut, mais un jeune mien de chasse turbulent et gâté qu'il nous faut surveiller sans cesse en le séparant de notre Castor pour qu'ils ne se dévorent pas.

Je regrette amèrement d'avoir consenti par faiblesse à l'introduction de cette bête dans îotre maison et je suis très malheureux. Dès iemain, il faudrait s'en débarrasser de manière )u d'autre. J'ai besoin de tranquillité, surtout ians la semaine sainte, et je ne puis l'espérer ivec un pareil hôte.

Le soir, j'étais un peu anéanti lorsque Valenine est venue dîner. La pauvre petite est touours dans la même douloureuse vision, mais >ans avoir rien perdu de son courage.

Elle a vu Frédéric Gousot, revenu de son odieuse captivité en Allemagne. Ce que raconte ce malleureux est effrayant et j'espère qu'il l'écrira*

Entre autres choses ceci : Dans telle ville, à Dinant, par exemple, on désigne parmi les otages, pour être fusillés, tous les tisserands, lesquels sont aussitôt remplacés, dans la même ville, par des tisserands allemands. Ailleurs, ce sont des métallurgistes, etc.

Il y a aussi l'histoire des officiers boches provoquant par des injures ou des coups de cravaches les malheureux captifs, cherchant ainsi l'occasion du moindre geste de révolte pour mitrailler le troupeau.

Gousot voudrait me revoir. J'y consens bien volontiers.

17. — Pierre devant venir ce matin, on l'attend avec impatience, Jeanne ayant eu l'idée de lui confier le chien pour le ramener à son maître. Ce détestable animal, dont la présence est réellement dangereuse pour moi, a passé la nuit couché au pied du lit de la pauvre Véronique qui s'est ainsi dévouée. Elle a pu dormir, mais non sans trouble.

Le bon Pierre, venu à l'heure du déjeuner, comprend très bien l'importance du service à nous rendre et se décide sans difficulté.

Termier arrive bientôt après. Ranimé par la présence de ces deux convives, je déjeune en paix.

18. — Notre situation financière est à peu près nulle. Une fois de plus, nous sommes tout à fait dans la main de Dieu.

Lecture profitable, je veux l'espérer, d'une histoire de sainte Thérèse recommandée par les Maritain que Jeanne m'a donnée le jour de saint Léon.

19. — Jeanne et Madeleine partent à 9 heures pour aller à une messe à l'intention d'André Dupont à Saint-Jean-1'Évangéliste. Madeleine doit y jouer du violon.

Le quincaillier vient poser un nouveau poêle. Désormais, notre maison pourra être chauffée du haut en bas. Cela fait passer le temps.

J'attends toujours, par le facteur ou autrement, le secours dont nous avons tant besoin.

J'ai demandé à Marguerite de prier pour cela, persuadé que son entrée dans l'Église lui donne un grand crédit.

Commencé le travail pénible des dédicaces pour mon nouveau livre.

Après-midi, lecture des Matines du Jeudi Saint.

A 4 heures, Marguerite se confesse pour la première fois. Elle fera demain sa première communion.

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