‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 44 sur 146 · Dimanche · texte numérisé non relu

Dimanche

Lecture jusqu'au déjeuner.

Une amie nous amène Maud Gonne qui désire me voir. C'est une femme étonnante.

Grande taille, figure ravagée, qui a pu être très belle, mais exprimant une sorte de bonté patiente qui paraît être au-dessus des hommes et des choses. Imposante à la manière d'une prophétesse qui n'attendrait que le martyre. Proscrite de son pays où son mari vient d'être exécuté, menacée même de l'extradition, elle ne vit et ne respire que pour les Irlandais

opprimés qu'elle a défendus et protégés plusieurs fois au péril de sa vie. Rien n'est plus impressionnant que la parole douloureuse et vengeresse de cette avocate de tant de victimes.

Elle part à 6 heures.

Pierre, Valentine et Auric, restent dîner.

19. — Aucune force ne m'est donnée. Je languis du matin au soir, souffrant de ne voir rien venir d'important. Aucun argent ne s'annonce, aucune lettre réconfortante, et mon livre attendu depuis tant de jours ne parait pas.

Le temps, cette semaine, est magnifique, mais je suis si triste et si déprimé que je ne parviens pas à en jouir.

Notre concierge se nomme Mme Séraphin !

20. — Trouvé dans la correspondance de la princesse Palatine : « Chacun, ici-bas, est le démon chargé d'en tourmenter un autre. »

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