‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 48 sur 146 · Ascension · texte numérisé non relu

Ascension

Messe avec Jeanne à 6 h. 1 /2. J'ai pensé beaucoup à ceci : que c'est, je crois, ce môme jour de l'Ascension qu'en 1879, à la chapelle des Jésuites de la rue de Sèvres, j'ai décidé de faire cette prière devenue, pour ainsi dire, mon fonds spirituel depuis tant d'années : Fac ut videam. Ce souvenir me touche profondément.

Autre souvenir :

« Les paroles divines ont, comme les plantes, chacune une vertu, ignorée de nous, jusqu'à ce que nous en ressentions l'effet. C'est ainsi que je me suis penchée ce matin sur le calice de la parole de la Communion : et sanabilur anima mea. Ce soir, j'ai attendu longtemps mon confesseur qui m'avait oubliée. J'avais déjà l'âme si endolorie à cause de notre misère, à cause de la souffrance de mon mari, que ce nouveau surcroît ne me surprit pas. Et sanabilur anima mea : Je suis malade, mais je suis

soignée dans un hospice divin. Salus infirmorum. C'est Marie qui est l'hospice. Et je parlais à mon âme comme on parle à une enfant qui souffre : Tiens-toi bien tranquille. Tu sais que le grand Médecin ne se trompe pas. Il ne faut pas manger, tu dois t'y habituer. Il ne faut pas boire, car nous devons quitter toutes les passions. Tu ne vois rien, et tu n'entends rien, c'est pour que tu abandonnes ta volonté. Tu ne dois pas bouger, il faut l'obéissance parfaite. Tu guéris lentement, pendant qu'on te pétrit l'âme par la douleur et qu'on te la retourne lentement et profondément. Puis il faut les larmes, les douces larmes de la pénitence, laisse-les couler sur la main de Celui qui veut te façonner à son image. » Jeanne.

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