Dimanche. — A Armand Parent
Mon cher Parent, je vous prie d'excuser un vieux malade qui ne peut vous écrire que peu de lignes péniblement. Vos lettres me sont une récompense très précieuse, je vous assure, mais je ne sais si vous avez raison de me rapprocher de César Franck, ce qui paraît excessif. Vous m'en voyez d'autant plus confus que je suis beaucoup moins maltraité que lui. J'ai un grand nombre d'amis très sûrs, très éprouvés, qui ne passent pas pour des insensés.
Il est vrai que j'ai donné des leçons, moi aussi, peu payées quoique fort cuisantes. Si j'attrape un peu de succès avant de mourir, ma sonnette ne chômera pas un instant. D'innombrables individus, rossés jadis ou naguère, et qui m'auraient joyeusement, laissé crever de misère, se découvriront tout à coup des entrailles d'admirateurs et viendront m'offrir leurs suffrages. J'ai déjà vu, hier matin, un commencement de cet agréable cinéma. Ce sera le divertissement de ma vieillesse de dresser un chien féroce pour les accueillir. Très affectueusement vôtre.
25. — Journée trop semblable aux autres. La force m'est toujours refusée et je suis défaillant à peu près toutes les heures.
A la fin, cependant, je peux donner aux enfants ma deuxième leçon de littérature : Parlé des trouvères que je connais si peu. Pauvre leçon ! Je m'en tire comme je peux, avec la « Chanson de Roland ». Lecture d'Aymer'illol dans la « Légende des siècles », pour donner à mes filles une impression vive de cette littérature héroïque.
27. — Carte de Raïssa. On n'est pas heureux à Versailles. On espère venir passer quelques jours ici dans la seconde quinzaine d'août.
A Mme Jean Baron :
... Comment pourrais-je ne pas penser très souvent à vous trois, chers amis, dont la visite nous fut si consolante et si douce? A vous, surtout, chère petite amie, si caressante, si affectueuse, si aimablement simple ! Ah ! ce don si précieux et si rare de la simplicité, ce bouclier de diamant contre les illusions bêtes et les craintes puériles, combien je vous félicite de l'avoir reçu, et quelle énergie, quelle force pour vos prières !
Les âmes très simples comme la vôtre ont le privilège de parler amoureusement à Dieu, qui ne résiste pas à l'amour et qui donne volontiers ce qui lui est demandé ainsi. Vous êtes donc très particulièrement désignée pour protéger votre cher Jean, pour secourir André, qui a tant besoin de courage, enfin, pour venir en aide à tous ceux que vous
aimez et à moi-même, vieil impotent chargé de vieux crimes.
Vous pleurez facilement, pauvre Héloïse, et ce n'est pas moi qui vous le reprocherai, ayant beaucoup pleuré. Les larmes où l'amour-propre n'a aucune part sont un des dons les plus précieux. Pleurez donc tant que vous voudrez, mais pleurez comme les enfants aimés de Dieu, dans la tendresse confiante, dans l'acceptation très simple et très pure de la Volonté divine quelle qu'elle soit.
Persuadez-vous que Dieu n'est pas du tout terrible pour ceux qui l'aiment véritablement. Son affection, sa sollicitude amoureuse pour ses petites brebis, dépasse infiniment tout ce que vous pourriez concevoir ou imaginer. Il nous demande seulement d'avoir en lui une confiance parfaite, et André pourrait vous dire que c'est la seule chose que je lui ai recommandée quand il m'a consulté.
Courage donc, chère amie. Je vous le répète, vous êtes une privilégiée cl vous pouvez tout obtenir.
Après-midi, lettre de Roblot à Jeanne, disant qu'il s'est uni à une neuvaine de chemins de croix pour les morts qu'elle avait entreprise à mon intention. Petite lettre pleine d'amour.