Lettre de Termier m'annonçant la
ort de Boussac, arrivée dans la nuit de mardi
mercredi.
A Jeanne Boussac :
Très chère amie, si j'étais un saint je trouverais ns doute les paroles qu'il faudrait. Je ne suis l'un pauvre homme au cœur déjà très meurtri et ne peux que vous présenter mon impuissance mloureuse. Le mardi 22, c'était l'octave de l'Asmption. La Sainte Vierge pouvait guérir notre ni, elle a préféré l'emporter avec elle dans son iomphe, sachant certainement que cela lui serait eilleur. Elle devait le chérir très particulièrement cause de son extrême douceur, et il doit être si mreux maintenant dans la Lumière 1 Que Dieu >us donne, chère Jeanne, d'être fortifiée par cette ;nsée. Il vous donnera, en même temps, d'être insolée par ces deux âmes innocentes qui n'ont us que vous sur la terre. Tout ce qui se passe ^puis deux ans est horrible, assurément, mais nous p pouvons pas douter de la beauté de Dieu. Atta- ;tez-vous fortement à cette idée, ma pauvre Jeanne. Ile sera puissante sur votre âme. La Beauté de
Dieu, la beauté adorable de tout ce qu'il fait, de tout ce qu'il permet en accomplissement de ses desseins et l'infiniment peu de ce que nous croyons faire ou comprendre. II n'y a pas d'autre réalité, mais elle ne peut entrer dans nos cœurs qu'avec le couteau.
Il faut pleurer debout, Jeanne, comme pleurait Marie, et vous dire à vous-même que vous êtes admirablement située pour prier et pour adorer. Je suis avec vous de toute mon âme.
28. — Achevé ma nouvelle méditation sur les prêtres-soldats, commencée hier.
Après 6 heures, arrivée de notre filleule Véra et de sa mère. Nous sommes neuf à table ce soia Il a fallu tout un travail de déménagemnil et d'agencement. Je coucherai dans la salle à manger.
Après dîner lecture de mes deux derniers chapitres, fort applaudis.
Deux importantes nouvelles aujourd'hui :
Déclaration de guerre de l'Italie à l'Allemagne et de la Roumanie à l'Autriche-Hongrie.
Il paraît qu'il y a eu déjà vingt-neuf de ces déclarations depuis août 1914.
29. — Déclaration de guerre de l'Allemagne à la Roumanie. Ce serait la 30e.
Encore une méditation obtenue à forer d<
volonté. Il est vrai qu'elle est assez courte, sorte l'intermède.
Septembre.
Travaillé avec énergie le matin et l'aprèsnidi. J'ai la joie d'achever la chose difficile ;ommencée hier et la joie plus grande d'avoir éussi complètement. Je crois que ce chapitre ur la Prière est vraiment beau.
3. Dimanche. — Achevé avant déjeuner une nouvelle méditation.
C'est la XIe. A la XLe je pense que mon livre era fini.
Après-midi, visite de Pouthier, puis de ^oblot, enfin de Mme de Groux, accompagnée le ses deux filles. Elle apporte pour Madeleine melques lithographies que lui donne son parain et qui sont, je le reconnais, très impres- ■ionnantes, quoique peu dessinées.
Je me décide à faire une lecture de quelquesmes de mes méditations, surtout pour Élisa- )eth, que je tiens à captiver de cette manier- . :e qui me réussit visiblement.
Remarqué à l'occasion de cette lecture le progrès sensible de ma santé. J'ai retrouvé ma voix et je ne sens plus de fatigue. Mes auditeurs en sont frappés.
4. — Partage de mon temps entre la confection inachevée et fort pénible d'une nouvelle méditation, dont je suis peu satisfait, et l'attente habituelle du facteur qui ne m'apporte rien.
5. — Achèvement et mise au point du travail d'hier. Après-midi, lettre très bonne de l'abbé Brault de Bournonville. Il m'envoie 50 fr. qui tombent fort heureusement.
Commencé un nouveau travail sur Guillaume. Satisfaction plénière. J'ai presque fini ce soir.
Dominos tous ensemble après dîner, comme hier. Cela devient une institution.
6. — Achèvement et mise au point de mon chapitre sur Guillaume.
Après-midi, lettre de Termier m'apportant du secours. Il me dit que ma lettre à Jeanne est de toutes celles reçues à Rennes depuis le grand malheur, ce qui les a le plus consolés et fortifiés.
Sa fille est assez forte pour encourager son père, qui se dit tout à fait accablé.
Je copie pour Termier et Jeanne la méditation du 3 septembre où je parle à Jean Boussao.
J'ajoute, pour finir, que c'est à partir du 22 août, jour de la mort de Jean Boussac, que j'ai commencé à reprendre force et que j'ai pu travailler avec énergie.
Vers 4 heures, Marie Molbech apparaît. Sa sœur ne l'attendait que la semaine prochaine. Il va falloir la loger plusieurs nuits peut-être. Comment ferons-nous?
Un peu après arrive Bonhomme. Billard pendant deux heures au café.
Après dîner, ayant promis une lecture à Bonhomme, je lis pour tout le monde, et avec succès, mes deux dernières méditations.
Reçu de Bonhomme la rognure d'un vieux numéro de YÊcho de Paris, à l'occasion de la mort d'Albert de Mun. Monument du crétinisme le plus rare, par Edmond Rostand.
7. — Elisabeth vient déjeuner. Je lui donne les Histoires désobligeantes avec ceci : « On ne choisit pas son parrain. »
Commencé difficilement un nouveau travail. Je vais parler des Fioreiti.
On se bat furieusement sur la Somme. Le vent d'ouest nous apporte le bruit de la canon-
jiadc, qui doit être terrible, pour qu'on l'entende à une telle distance.
8. — Continué fort péniblement mon travail sur les Fioretti, qui ne marche guère.
Les journaux du soir parlent de la canonnade entendue hier. Les feuilles allemandes disent que rien d'aussi terrible n'a été vu depuis le commencement de la guerre. Elles vont même jusqu'à se plaindre de la « brutalité » de nos canons. Les Boches aimeraient mieux qu'on leur envoyât des saucisses.
10. Dimanche. — - Jacques, ayant vu de Groux hier, nous raconte sa conversation avec lui. Do Groux reconnaît aujourd'hui, avec chagrin, avoir sacrifié une grande partie de sa vie à une absurdité, et il voudrait redevenir mon ami. Il comprend cependant qu'il m'est impossible de le revoir tout de suite.
Ce soir, dernières parties de dominos avec les Maritain, forcés de rentrer demain à Versailles.
11. — Depuis hier ou avant-hier, grande manifestation de joie dans les journaux, bruyante commémoration de la victoire de la Marne. Dilapidation effrénée de lieux communs. Pas un mot de Dieu.
A 1 heure, départ des Marital».
Lettre à C...
Cher monsieur G..., je suis parfaitement mécontent de vous. Vous m'avez envoyé hier, dimanche, un jeune homme tout à fait inconnu de moi. Je ne peux pas dire qu'il m'ait déplu, mais sa visite m'a horriblement gêné et il a été moins bien reçu que je n'aurais voulu. Sans me consulter auparavant, vous vous étiez porté garant de mon accueil, indiscrétion et manque de tact qui m'ont révolté. Je suis un solitaire, écartant avec le plus grand soin les inconnus et je ne reconnais à personne le droit de m'infliger des visiteurs. C'est un moyen sûr de se brouiller irréparablement avec moi. En conséquence, je vous prie donc d'espacer considérablement vos visites, qui ne pourraient avoir d'autre effet que de renouveler mon exaspération.
12. — Réparé ma négligence d'hier, la XVIe méditation est presque finie, ayant été commencée ce matin.
15. Notre-Dame des Sept Douleurs. — Pas de lettres. Nulle autre chose à mentionner que mon étonnant travail de ce jour. Ayant achevé ce matin ma XVIIe méditation, je réussis à enlever d'un seul coup la XVIIIe dans l'après-midi.