‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 70 sur 146 · Mise au net de ma XXVIe méditation · texte numérisé non relu

Mise au net de ma XXVIe méditation

A midi, l'abbé Robion, curé de Saint-Piat, vient déjeuner. Il n'a pas grand chose à dire, mais il est sans orgueil sacerdotal, sans esprit de contradiction et nous nous entendons très bien sur tous les points. Il a été réintégré à Saint-Piat par son évêque et il nous offre l'hospitalité quand nous pourrons aller le voir. Il part à 3 heures et demie.

Vers 4 heures, arrivée de Pierre. Échecs. Puis arrivée d'Auric.

Les de Groux viennent tard. Dîner. Elisabeth a apporté, pour me les montrer, quelques-unes de ses eaux-fortes. Elle est évidemment douée, mais sa manière est encore bien juvénile.

De Groux nous avait lu, dimanche, une réponse de la censure, motivant son refus d'une affiche pour son exposition et j'avais prié Elisabeth de me faire une copie de ce monument de bêtise et de lâcheté. Le voici :

Monsieur de Groux,

J'ai essayé hier d'obtenir le visa de votre affiche, malgré mes efforts et les nombreuses recommandations dont je m'étais paré, le visa m'a été refusé parce que :

Il ne faut pas de tristesse, pas de ruines.

Il ne faut pas d'horreur, pas de douleur.

11 ne faut pas d'épouvante.

Mais de la gloire, de la gloire héroïque ou des symboles d'espoir, d'union sacrée, etc.

M. Xavier Guichard connaît et admire votre production, mais, m'a-t-il dit, pour coller au mur sous le regard des passants il faut s'en tenir aux compositions agréables à tous et qui ne rappellent rien de douloureux.

Si vous voulez bien m'en donner une autre, je m'en occuperai de suite.

Veuillez agréer, cher monsieur, nos salutations distinguées.

13. — Réponse de Mme Bassereau à l'envoi de mon livre. Elle est devenue infirmière à bord d'un navire-hôpital et m'écrit de la rade de Salonique.

Après 3 heures, Jacques arrive avec l'abbé D... qui avait demandé à me connaître. Je suis très content de ce prêtre qui paraît être tout à fait et résolument avec moi, n'ayant pas l'ombre d'une objection. Je le soumets d'ailleurs à l'épreuve la plus décisive en lui lisant les chapitres les plus concluants qui ne font qu'exaspérer une admiration déjà ancienne. Il part très impressionné, je crois, avec Jacques, vers 6 heures, me demandant la permission de revenir.

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