‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 73 sur 146 · A Benoît Joly · texte numérisé non relu

A Benoît Joly

Vous apprendrez sans doute avec plaisir que Dieu m'a fait la grâce de pouvoir achever mon livre par une sorte de miracle. Ce livre, d'ailleurs, enfante dans la souffrance, comme tous les autres, mais, cette fois, avec l'aggravation d'une santé mauvaise, m'a été donné, j'ose le dire. Les amis à qui j'ai pu le lire pensent que c'est une œuvre extraordinaire qui dépasse tous les cadres littéraires. Sous forme de méditations, c'est une âme douloureuse et profondément blessée qui parle à Dieu, seule à Seul. Absolument étranger à tous les bavardages du temps présent et contempteur plus que jamais de tous les mensonges modernes, j'ai osé dire ce qui fait peur à tout le monde et surtout aux lâches catholiques de notre époque, dans un oubli complet du jugement des hommes. Beaucoup penseront que sans une assis- Innce directe do Dieu un tel livre n'eut été possible

à aucun auteur. Je le crois et j'ai le très ferme espoir que je n'aurai pas travaillé ni souffert en vain, ayant eu la volonté continuelle de fortifier et de relever les âmes de tous ceux, combattants ou non, sur qui pèse l'épouvantable fléau comme il a pesé sur moi depuis deux ans. J'ai voulu surtout glorifier Dieu dans sa Justice et dans sa Miséricorde et je me persuade que cela sera compris de quelques-uns.

A Vallette : je lui annonce la prochaine visite î Jeanne, chî de mon livre.

de Jeanne, chargée de lui remettre le manuscrit

28. — Employé la matinée à dessiner le titre de mon manuscrit.

Lu avec intérêt Sous Verdun, récits de guerre en 1914. Auteur : Maurice Génevoix. Livre vivant et fort, malheureusement mutilé par l'imbécile censure. Des pages entières sont laissées en blanc et on devine que, comme toujours, ce sont les plus importantes. En un endroit, il y a eu panique. Le contexte l'indique. Tout a été supprimé au préjudice de l'histoire que de tels procédés rendent impossible.

C'est exaspérant et stupide, surtout après deux ans. Les domestiques abjects qui font cette besogne estiment, comme leurs maîtres, que le mensonge est profitable et qu'il est habile de cacher la vérité. Et cela ne contente pas encore

ces misérables. Abusant de leur pouvoir discrétionnaire, ils raturent tout ce qui leur déplaît littérairement. Dans Au seuil de l'Apocalypse, des lignes sur l'Académie française ont disparu. Le plus grand écrivain du monde serait à la merci de ces insectes.

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