Dimanche. — Sainte-Elisabeth
Nulle autre occupation que d'attendre les
visiteurs en lisant.
On savait que les de Groux devaient venir dîner. Eux seuls arrivent ce soir après 6 heures.
Jeanne avait dit, hier, à Elisabeth que je lui réservais une surprise. C'était la dédicace de mes Méditations. Je la lui ai donc lue, ce qui l'a comblée de joie et je la lui ai donnée en un joli manuscrit qu'elle n'a cessé de relire.
J'ai lu aussi pour de Groux quelques-unes de mes pages, avec sucrés.
Après cela, le dîner a été charmant et la soirée nous a paru courte, quoique un peu fatigante pour moi vers la fin.
20. — Mes journées deviennent uniformément tristes et pénibles. Je ne reçois plus aucune lettre et je suis sans courage pour écrire quoi que ce soit.
Aucune consolation dans la prière. Aucun mouvement fugitif de satisfaction et, à plus forte raison, d'enthousiasme. Je suis plein de dégoût et rongé de tristesse.
Lecture de Madelin dont la médiocrité ne tarde pas à me dégoûter. Son sujet, d'ailleurs, Fouché, m'est tellement odieux ! Il a fait ce qu'il a pu pour le rendre moins antipathique. Mais il a bien été forcé de montrer le sacrilège, l'assassin et surtout le monstrueux politicien qui ne regarde jamais que lui-même.
Complètement écœuré, je demande un peu de rafraîchissement à l'honnête Marbot.
21. — Commencé une neuvaine de Chemins de Croix pour mes défunts, sans interrompre l'office des morts.
Toujours pas de lettres et pas de visites. Continuation de ma misère d'âme et de mon ennui, à peine tempéré par mes lectures.
22. — Messes à 7 heures et 7 heures et demie. Chemin de Croix à 8 heures.
Lettre fort bien faite de Georges Joubert, l'inconnu qui m'avait envoyé 50 francs dans une lettre anonyme. Cette fois, il m'envoie son adresse. Je vais répondre à cet enthousiaste.
Mais pas tout de suite. Je suis sans courage pour écrire une lettre.
Tout mon travail de ce jour se borne à ces dédicaces promises à Auric :
Exégèse (2e série). — Cette nouvelle série vaut-elle mieux que la première qui ne valait rien à l'estime de certains juges? Tout ce que je peux dire, c'est que l'une et l'autre furent inspirées par un égal dégoût des hommes et des choses de ce temps. Dégoût si parfait que vingt autres volumes ne suffiraient pas. Arrangez-vous de ce vomissement incomplet.
Le Fils de Louis XVI. — En voilà pour l'éternité ! J'ai fait ce livre, il y aura bientôt vingt ans, pour qu'il ne fût pas dit qu'une infortune excessive m'avait laissé indifférent. Mais c'est tout. Il y a vraiment trop de prophètes dans le voisinage.
Quatre ans de captivité... — Existe-t-il un livre plus douloureux? Je ne le crois pas. Le Mendiant ingrat lui-même est dépassé. Cela est exprimé fort exactement par l'épigraphe de l'année 1900, au commencement du volume.
Les journaux du soir nous apportent la nouvelle de la mort du vieux criminel François- Joseph. « Il s'est éteint doucement, » dit une dépêche... Alors, son cas serait celui des paysans d'Eure-et-Loir dont le curé de Saint-Piat me disait qu'ils meurent sans agonie comme des
bestiaux, ayant depuis longtemps renoncé à leurs âmes.