‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 89 sur 146 · Je n'ose pas sortir et je ne fais · texte numérisé non relu

Je n'ose pas sortir et je ne fais

absolument rien. Le matin, surprise désagréable.

On vient nous présenter une note de gaz fort (élevée, les prix ayant été doublés. Il en sera de

même, sans doute, pour les autres choses et la (vie deviendra impossible. On se croyait riches. ! Ayant payé on se voit très pauvres. Mais voici |le constant miracle de notre vie. A 2 heures et

demie, mandat du père Marchai, 25 francs, à

peu près l'excédent qu'il nous a fallu payer

ce matin.

En même temps, visite du jeune Souberbielle,

content de ses vacances. J'apprends que son ! père n'est nullement indisposé contre moi et

que même il approuve les visites de son fils.

On a l'impression qu'il m'aimerait facilement

s'il me connaissait. Cet aimable jeune homme

s'en va à 4 heures et demie.

Une heure plus tard arrivent Auric, puis

Pierre, et enfin Valentine, qui devait apporter

du poisson et nous régaler d'une bouillabaisse.

Elle apporte un rôti, le poisson étant hors de

prix. Bonhomme l'a précédée de quelques instants, mais la partie de billard est impossible. Je n'en ai pas la force. Elle est remplacée par une partie d'échecs avec Pierre.

On avait presque fini le repas lorsque arrive de Groux, à 8 heures et demie, chargé de trois bouteilles de Chianti qu'il a eu le dévouement de traîner jusqu'ici péniblement. Nous apprenons par lui que Paris est plongé dans les ténèbres, à cause de zeppelins signalés. Occasion de parler de la guerre. Nous étions douze à table. Vacarme inutile, personne ne sachant rien et ne pouvant rien. J'attends Dieu silencieusement.

Pierre et Véronique ont commencé ce soir leurs fonctions de parrain et de marraine près du cousin de Marguerite, causant et l'instruisant de leur mieux pendant près d'une heure. Celui-ci est d'ailleurs admirablement disposé pour son abjuration.

Page 1