‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 9 sur 146 · Nuit très bonne · texte numérisé non relu

Nuit très bonne

... C'est vrai que je ne suis pas fort et que j'ai encore de mauvais moments, mais la guérison parfaite s'annonce et j'ai l'assurance que tout ce qui m'a été ôté un moment me sera rendu bientôt, peut-être même avec du surplus. Ne vous ai-je pas dit que je suis loin d'avoir accompli ma tâche en ce monde? Dieu le sait et y pourvoira.

Oh ! le délicieux rêve de cette nuit ! J'étais triste et dans l'angoisse, lorsqu'un vieil homme inconnu, d'une bonté merveilleuse, est venu à moi et m'a donné, sous la forme de je ne sais quelle monnaie indéfinissable, le secours que je n'osais pas espérer, le secours qu'il me fallait; après quoi, il m'a serré la main très longtemps en me regardant avec amour. Je ne saurais rien dire de plus. Tout s'est effacé, excepté ce regard et cette étreinte qui me bouleversaient le cœur, et je me suis réveillé, inondé de délices.

17. — Jeanne va voir un pavillon recommandé par Karl Boës et dont le dernier locataire a été Charles Péguy. Elle revient enchantée. La maison est suffisamment grande, semble très saine et le jardin est magnifique, si étendu et si rempli de fruitiers que sa possession nous dispenserait de villégiature à l'avenir. Nous irons demain le voir ensemble.

18. — A 10 heures, visite au pavillon. J'en reviens aussi charmé que Jeanne et fermement décidé à le louer quelles que puissent être les difficultés.

A 6 heures, arrivée de Vines devant dîner ici ivec Pierre Van der Meer qui vient un peu plus tard. Bonne et réconfortante soirée. Conversation intéressante où on reconnaît avec

moi qu'on est vraiment au seuil de l'Apocalypse. Pierre, qui est mieux informé que nous, déclare ne pas comprendre que la force allemande soit, en apparence, si peu usée et puisse encore présenter un formidable front en France, en Russie et aux Balkans. Pour ce qui est du Pape, il semble se désintéresser de tout, excepté do l'Autriche.

Vifies et Madeleine nous font de la musique. Départ de nos amis à 10 heures et demie.

19. — L'après-midi, au moment *où j'allais me reposer, arrive Georges Auric, le jeune musicien ami de Vifies, qui m'écrivait en juillet et en août. C'est un très jeune homme de 17 ans mais qui paraît en avoir 20. Son ton est excellent, sa timidité à peu près nulle et il semble avoir une bonne culture littéraire. Nous le gardons sans ennui autant qu'il lui plaît de rester.

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