‹ La porte des humbles, 1915-1917Chapitre 97 sur 146 · Dimanche. — Messe à 8 heures avec Jeanne · texte numérisé non relu

Dimanche. — Messe à 8 heures avec Jeanne

Dimanche entièrement privé d'intérêt jusqu'à l'arrivée de l'abbé Petit que nous n'attendions pas et qui est venu vers 4 heures et demie. Il revient d'Aups où il a été en permission et retourne demain en Alsace. Il supporte bien l'épreuve de la guerre, mais il grisonne beaucoup et les illusions d'aucune sorte n'ont de prise sur lui. Je lui lis quelques pages de mes Méditations, celles sur les évêques et les prêtressoldats. Il s'en va dans l'auto qui l'a amené en compagnie de deux ecclésiastiques, venus avec lui, mais qu'il ne m'a pas présentés. Le reverrai-je?

Nulle autre visite. Edouard Souberbielle ne vient pas. Les Termier qui s'étaient annoncés ne viennent pas non plus et de la Laurencie ne donne pas de ses nouvelles. Rien de consolant n'apparaît, à l'exception, pourtant, d'une femme de ménage qui se présente fort tard et qui commencera son service demain. Bienheureux secours pour Jeanne, mais il faudra la payer, hélas !

Nous ne connaissions plus la misère noire. La voici. Dieu veuille nous garder de la tentation de douter de son existence miraculeuse depuis si longtemps et qui semble s'interrompre !

26. — Lettre d'André Baron. Réponse à la carte que j'écrivis le 20 à Héloïse, disant qu'il ne convenait pas que nous devinssions les dévorateurs des pauvres. Il me demande où sont en Dieu les limites de la propriété. Pourquoi faut-il que de tels amis soient si pauvres?

Journée affreuse d'impuissance, de misère, de profond découragement.

Ce soir, enfin, après 6 heures, la situation n'étant plus tenable, je me décide à courir au café où j'espère trouver Hénault et lui emprunter 20 francs. A quelques pas de notre porte rencontré Boutet qui venait me voir et qui m'offre spontanément 10 francs. Nous allons cependant au café, où nous attendons en vain Hénault pendant une heure.

Grande fatigue pour moi. Je rentre à moitié brisé.

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