LE COMTE DE RIIIMBERG, LE MAJOR BUR1CH, LE BARON PLU.MKETT
le comte, h part. — Assurons-nous d’abord...
(Passant devant le major.) Le jour est beau l
le major. — La nuit est sombre!
le comte, passant devant le baron. — L’aurore de la vie est un rêve!
i.k baron. — La fin est une triste réalité 1 le comte. — C’est donc vous, messieurs, soyez les bienvenus; il n’est que cinq heures... la porte aux Peintres est déserte cl nous pouvons causer en toute sécurité.
le major. — Vous êtes notre chef, parlez doue. Pourquoi nous avez-vous mandés?
le comte. — Pour ceci : le roi de France, Louis le Grand, revient des Pays-Bas, et pour fêter sa rentrée victorieuse dans sa capitale, des ouvriers vont venir abattre la porte aux Peintres, et y élever h la place un arc de triomphe sous l’invocation de saint Denis, le patron de la France. le baron. — Eh bien! que nous importe?
le comte. — Ce qui nous importe!... c’est que cette entrée triomphale est pour nous une injure sanglante, une seconde défaite. Avez-vous oublié, baron Plumkett, votre esclavage honteux? Avez-vous oublié, major Burich, que le vainqueur vous a foulé aux pieds de ses chevaux ?... Quant à moi, je n’oublierai jamais qu’à la bataille de Rhimberg. le roi, le roi lui-même m’a vaincu en prenant la ville dont je suis seigneur... Ce que ie n’oublierai DM surtout, c’est qu'il m’a laisse la vie comme a un de ces ennemis dont on n’a rien à redouter cl que l’on peut laisser libre sur parole, dans ce Paris qui insulte journellement à notre défaite et que nous ne pouvons quitter sans le bon plaisir de Sa Majesté.
le baron. — Vous avez raison; cl la Hollande subjuguée attend des vengeurs... Mais qui nous soutiendra ?
le comte. — Notre courage!
LE BARON. — C’est bCSUCOUp et pCU.
le comte. — Deux jours après cette bataille maudite, où je fus vaincu, j’entendis Guillaume d'Orange murmurer ces paroles : « Louis XIV éclipsera toujours ma gloire et gênera mes allures; je serais bien reèonnaissanl envers le diable, s’il était assez hardi pour ouvrir la tombe du roi de France! » J’ai juré d'être Satan, et nous pouvons compter sur un protecteur puissant.
le major. — Quel est donc votre projet?
LE comte. — Ensevelir le vainqueur dans son triomphe... Faire écrouler sur sa tète orgueilleuse la masse de pierres élevée pour éterniser sa gloire. le major. — - Mais comment y arriver ? i.k comte. — En l’élevant nous- mêmes.
le baron. — Et après la mort du roi, que ferons-nous?
le comte. — - \ous prévenons le prince d’Orange qui, aussitôt, marchera sur Paris, cl nous n’aurons plus qu’à demander pour obtenir loutre que nous voudrons.
le major. — Comte de Rhimberg, je vais être franc. Ce plan est bien hardi pour être sorti du cerveau d un homme qui ne s’est, jusqu’à présent, fait connaître en Hollande que par scs campagnes amoureuses... Tromper des maris, tuer en duel de pauvres hères voulant venger leur sœur ou leur fiancée, ce ne sont pas là des préludes qui nous permettent d’avoir confiance à une entreprise si téméraire de votre part.
le baron. — On dit même qu’en ce moment encore vous dérobez au profit d'une séduction... d'un enlèvement... les instants précieux que vous devriez consacrer au succèsde notre conjuration.
le comte. — Que vous importe, pourvu qu’elle réussisse.
LA PORTE SAINT-PENIS 5
le baron. — Qu’elle réussite ?... voilà qui est bien dit... mais elle peut échouer, et par votre faute.
le major. — Oh! alors, malheur à vous l le comte. — Par grâce, point de menaces ridicules et superflues. Nous avons autre chose à faire que de tirer l'épée pour nos querelles personnelles. J’accepte toute la reponsakilité. Mon lan seul est trace. Comment je; l’achèverai, je ignore... mais au jour du succès je serai prêt à recevoir vos excuses, ou à vous demander compte de vos soupçous.
i.E baron. — Soit 1 ... Nous sommes trop engagés pour reculer. Agissez doue selon vos inspirations.
le comte. — C’est bien, messieurs... Voici les ouvriers qui viennent à leur besogne, ne nous faisons pas remarquer... Au revoir, messieurs.
•Le major et le baron s'éloignent et disparaissent. Les ouvriers arrivent par le faubourg ; ils prennent possession de la scène, déposent îles pièces de charpente et de granits tréteaux devant la maison de la mère Taupier, de manière il la rendre inabordable de ce cûté; d'autres élèvent des échafauds devant la porte pour en commencer la démoliliou. IllomM est avec eux et les dirige. — Les liancés, la mère Taupier et les gens de la noce viennent de dtoile en chantant.)