MICHEL, MADELEINE
Michel. — Comment sc fait-il, Madeleine, que votre mère vous laisse seule si longtemps et qu’elle ue craigne pas quelque malheur pour vous ?
MADELEINE, préparant te couvert. — Ali ! c’est qu’elle sait bien que maintenant j'ai un défenseur, un aini... presque un mari... et que vous m'aimez autant qu’elle m'aime... Vous le dites du moins.
miciiel. — Et c’est la vérité, chère Madeleine.
madeleine. — Pourtant vous vous avisez, monsieur, d’ôlre jaloux, de croire que j’écoute les propos d’un grand seigneur comme M. Biomiel, l’architecte du roi.
miciiel. — C’est-à-dire... enfin, il a voulu vous enlever il y a huit jours... le jour de nos fiançailles...
Madeleine. — Mais je vous assure que non ; c’était l’autre, celui qui l'a accusé... dans mon trouble, je n'ai su rien dire... Cet homme, ce comte, comme il dit s’appeler, me parlait chaque fois que j'allais a la fontaine chercher de l'eau... mais depuis trois jours je ne l’ai pas revu.
Michel. — Il fait bien de ne p is venir par ici, car, foi de Michel, je lui casserais mon maillet de Hilpleur sur lu tète, et h M. Biomiel de même.
MADELEINE. — Vllaill m.echuut!
miciiel. — Méchant!... Voyons, pourquoi aussi, moi, qu’il ne connaît que depuis le ;our de nos fiançailles et de celle fameuse bagarre... pourquoi M. Blondel m'a-t-il choisi pour sculpter sous- ses ordres une partie de son arc de triomphe? c'est pour m'occuper toute la journée, c’est pour m'empècher de vous éjiouser, j’en suis sûr.
MADELEINE. — EllCOIC dcS SOUpÇOUS l
miciiel. — Dame !
Madeleine. — C'est ma mère qui lui a de-
mandé cela... pour s’excuser d'avoir cru un instant... comme si c'était possible!...
miciiel. — Ali!... c’est que dans le monde, ça se fait ces choses-là : le mari obtient de l'avancement sans se douter d’où ça lui vient, et c’est la femme qui...
madeleine. — Fi, monsieur, que c'est laid ce que vous diles-là.
(Kilo a fini de mettre le couvert.)
miciiel. — Mais enfin, votre pauvre mère ne sait peut-être pas, elle, que la nuit il rùdc à cette porte?
madeleine. — Vous l’avez épie... Oh! c’est mal!...
miciiel. — Vous «avouez donc...
Madeleine. — J'avoue quoi, monsieur?
miciiel. — Madeleine, vous allez me faire croire...
madeleine. — Tout coque vous voudrez.
miciiel. — Alors je croirai tout, et ce prétendu nourrisson... qui est ici...
MADELEINE. — Chut!
Michel. — Hein?...
madeleine. — Ne parlez pas de cela.
miciiel. — C’est donc un secret?
Madeleine. — Oui. Et puisque vous avez de vilains soupçons, je veux vous punir... je ne vous dirai rien.
miciiel. — Ma bonne petite Madeleine...
Madeleine. — Non... non... à moins pourtant que vous n'avez plus de si méchantes pensées.
Michel. — J e non ai plus... Je n'ai me nue vous... que loi, ma petite femme... Je t’aime. • (It veut l’embrasser.)
madeleine, se défendant. — Bien, bien... pas encore... il faut avant aller voir M. le cure. Sachez donc que cet enfant que ma bonne mère élève est le lils d'une grande «lame qui vient le voir la nuit... M. Blondel l'accompagne toujours...
LA PORTE SAINT-DEMS
yiciiEL. — Est-ce qu’il serait?..
Madeleine, vivement. — Cela ne nous regarde pas... Avez- vous encore des soupçons... monsieur?
miciif.l. — Oh ! non. D’abord, je n’en ai jamais eu... ( La mère Taupier entre. ) Ali ! voici vojre mère...
la mère taupibr. — Bonjour, les enfants.
michel. — Bonjour, mère. Je vais aller chercher mes deux compagnons |>our dîner... deux braves garçons qui logent avec nous depuis trois jours et qui nous portent déjà une amitié...
N’est-ce pas, mère Taupicr ?
i.a MÈRE tai pier, qui a embrassé sa fille. — Dame! c’est tout naturel, les pauvres gens s'aiment entre eux. Allons, dépêche- toi, car le dîner va être bientôt prêt.
(Michel sort.)