LA MERE TAÜP1ER, MADELEINE
la mère taupibr. — Voici la nuit ; aussi je me suis einpressee de revçnir... J’avais déjà peur...
MADELEINE. — De quoi, mère?
la mère taipier. — De rien , chère enfant...
Te voilà... que je suis heureuse!... Oh! c’est que je t’aime tant !
Madeleine. — Cela est vrai , mère. Qu’ai-je donc fait pour être tant aimée ?
la mère taupibr. — Ce que tu as fait? le bonheur de ma vie... Tu m’as rattachée à l'existence que je voulais quitter à la mort de ton père... J’avais vingt ans, je ne voyais, je ne rêvais que lui, lorsque, après trois ans d’un bonheur sans pareil, je le perdis... Oh! je pensais mourir... je le voulais môme... Mais un cri de toi... pauvre petite créature que j’abandonnais dans ma douleur... me rappela à mon devoir... Je jurai de vivre... je vécus pour mon enfant... et alors tout mon amour se porta sur toi, amour ineffable que Dieu met au cœur de toutes les mères qui ont un berceau à veiller... Je n'eus plus qu’une pensée : mon enfant! Je renonçai à tous les plaisirs pour t’aimer plus grandement, pour faire de toi un jour la jolie lillè que tu es !
madeleine, l’ciDjinissant — Bonn» mère! Et vous avez refusé de vous remarier?..
la mère taipier. — Me remarier!... prendre un autre homme! Oh! je ne suis pas de ces femmes qui oublient leur première affection. Comment aurais-je pu éloigner le souvenir de celui que je pleurais... Ah 1 je ne le voulais pas!... son souvenir, c’était encore du bonheur 1...
Madeleine. — C’est bien cela, ma mère, et vous avez un grand cœur.
la mère TACHER. — Et une grande faiblesse aussi, car il parait que je l’aime trop, et chacun me dit que cet excès d’amour me sera fatal.
Madeleine. — C'est u il peu vrai. L’autre matin YOU8 étiez comme éperdue , vous menaciez monsieur Blondel, vous...
la mère tai pier. — Eh ! n’avais-jc pas raison? Je croyais qu’il voulait t'enlever... t'enlever à ta mère... J'étais folle, j’avais oublié qu’un autre amour... Mais cct homme, ce misérable qui le désignait à ma colère, oh! si j’avais su que c’était lui, comme je me serais attachée à scs pas... comme j’aurais crié à toutes les mères : C’est celui-là qui veut prendre nos enfants!
Madeleine. — Calme-toi, bonne mère, il n’oscra plus se présenter devant nous.
I.A MÈRE TAIPIER. — OU! C’CSt qUG 81 je te perdais, je serais jalouse des autres mères; je voudrais les voir toutes pleurer sur leurs enfants volés. Ali! liens, si je le perdais, j’en mourrais!
madeleine. — Oh ! ma mère, vous êtes bonne, et la frayeur vous égare... On frappe, remettezvous. (Guillaume, qui a frappé, entre.) Ah! c’est monsieur Guillaume.