LA MÈRE TAUPIER, MADELEINE, MICHEL, LETRAPU, LAPOULOTTE
miciiel. — Nous voici. A table!
Madeleine. — Mère, le petit n’a besoin de rien ?
LA MÈRE TAUPIER. — NOO, U dorl.
Madeleine. — Est-ce que sa mère viendra aujourd'hui?
la mère taupier. — Je ne sais pas. (Allant b la chemmee et prenant une grande soupière qu’elle met sur la table.) Les enfants, voici la soupe.
(On se met b table. Michel sur le banc b droite, et Madeleine Yis-a-vm de lui; Letrapu b côté de Michel, et Lapoulotte vis-b-vis de Letrapu; la mère Taupier au bout, faisant face au public.)
miciiel.— Servez-nous, maman Taupier.
la mère taupier, servant la soupe. —Eh bien!
Michel, la porte Saint-Denis, avance-t-elle?
Michel. — Oh! ça va comme sur des roulettes, grâce à l'habileté du chef et à l’ardeur des ouvriers. Nous travaillons comme des enragés, avec ça u’on dit que le roi est en France et qu’il ne tarera pas à rentrer à Paris.
la mère taupier, a Letrapu. — MonsieurPierrc, un peu de lard?
letrapu, tendant son assiette — Avec plaisir... Vous faites une cuisine délicieuse.
(Après avoir servi Letrapu, la uière Taupier sert tout le monde.)
lapoulotte. — On inange chez vous avec un appétit...
la mère taupier. — Ça vous plaît à dire, monsieur Jacques.
miciiel. — Aussi, ces chers amis ont-ils accepté avec empressement l’offre que je leur ai faite de partager nos repas et la SOtl pente que j’occupe là-haut. Ils ne sont pas riches, nous ne le sommes pas davantage : en unissant nos misères, nous serons plus 1 l’aise les uns et les autres.
la mère taupier. — C'est bien pensé, cola.
Aussi sommes-nous tous contents.
letrapu. — Noug surtout. Michel ne nous connaît que depuis huit jours, nous travaillons aussi à la porte, et déjà il nous a fait trouver une famille.
michel. — Queje lâcherai d’augmenter encore.
Toi, Pierre, lu seras le parrain de mon premier... si Madeleine y consent.
la mère taupier. — Tqisez-vous donc, Michel, vous la faites rougir, celte chère enfant. (Servant des choux b Lapoulotte.) Un peu de choux, monsieur Jacques?
michel. — Ah! à propos, qu’est-ce que venait donc faire encore ici ce Guillaume le Sol?
la mère taupier. — Parbleu! il venait comme toujours...
miciiel. — Demander Madeleine en mariage, je m'en suis douté; aussi j’avais envie de... (Il but le geste de rosser quelqu'un.) Mais ce sera pour la fois prochaine.
la mère taupier. — Vous êtes une mauvaise tétc, Michel... Mais qu’est-ce que tu as donc, Madeleine?... tu es triste... tu gardes le silence. Madeleine. — Moi... je n’ai rien, mère.
la mère taupier. — Si, lu as quelque chose... dis-lc-moi.:. Ah ! mon Dieu ! encore des presseolimenls...
(On sc lève de table.)
madeleine. — Eh bien! oui, j’éprouve comme une certaine appréhension que je ne puis définir, ce qui m’arrive chaque fois qu’un malheur me menace.
la mère taupier. — Ma fille!...
Madeleine. — Mais calmez-vous... je suis près de vous, que peut-ii m’advenir? Rien que d’heureux.
michel. — Ça, c’est vrai.
(Il prend la maiu de Madeleine.) letrapu, bas b Lapoulotte. — As-lu vu- les signes de Guillaume?
lapoulotte, même Jeu. — Oui.
letrapu, de même. — C’est pour ce soir.
LAPOULOTTE, de même. — J’ai compris.
miciiel. — Allons, ce ne sera rien que ça.
(A Letrapu et b Lapoulotte.) Les amis, montons nous coucher.
letrapu. — Nous voici.
LA PORTE SAINT-DENIS
micuel. — Bonsoir, la mère; bonsoir, Madeleine. (Il l’embrasse.; N'ayez pas peur en donnant, noua veillerons sur vous.
(Michel, Letrapu et Lapoulotte montent l’escalier et sortent.)