LA MÈRE TAUPIBR, MADELEINE, GUILLAUME
la mère tai piER. — Notre propriétaire...
Guillaume. — Oui, mère Taupicr, lui-même qui vient vous présenter ses respects et sa quittance de loyer.
i.a mère tacpier. — Mais vous savez, monsieur Guillaume, que je marie ma fille et que ça me gêne un peu... Je vous avais prié de remettre ça à une quinzaine...
Guillaume. — Oh! complètement impossible.
Mon autre maison est vendue, il m’a fallu prendre un logement, et si je veux vivre, il faut que je touche mes revenus... et vous savez, les temps sont durs.
la mèhe tai pier. — C’est vrai, monsieur Guillaume, mais ils le sont encore plus pour nous que pour vous.
Guillaume. — Je le comprends parfaitement... Aussi vous me payerez exactement, car si je vous renvoyais’, vous ne sauriez sans doute pas où aller... Èt puis nous sommes des amis, et Ton ne sc quitte pas comme ça.
la mère taipier. — Mais je n’ai pas d’argent aujourd’hui.
Guillaume. — Eli bien! on peut s'arranger, mon Dieu ! je ne demande que ça ; par exemple, donnez-moi mademoiselle Madeleine pour femme, et je vous loge gratis à perpétuité.
la mère taupibr, riiüt. — Àhl ah! ah! voyezvous ça!...
Guillaume. — Ça vous fait rire... (A Madeleine.) Et vous, mademoiselle ?
Madeleine, riant ironiquement — Moi, monsieur Guillaume, ça me ferait pleurer.
Guillaume. 7- Ah 1 balil... Eh bien! ça n’empêche pas.
m adeleine, sérieusement — Alors je vous rappellerai que j’aime Michel et qu’il est mon fiancé.
Guillaume. — C’est bon... On verra si ce mariage se fera.
la mère taupier. — Comment, monsieur Guillaume, sérieusement, vous nous faites cette proposition?... •
Guillaume. — Pourquoi pas?
la mère tAUPiER. — Mais vous oubliez donc qu’il y a quinze jours je vous refusais, moi, moi, sa mère, parce que je vous trouvais déjà trop vieux, et vous n’avez pas rajeuni, que je sache.
Guillaume. — Je irai pas trouve ce secrcl-là, mais ça n’est pas une raison.
(Il passe de l’autre côté de la mère Taupicr et se trouve plus près de la table.)
la mere taupibr. — Allons, monsieur le propriétaire, vous avez droit à nos guenilles si nous 110 vous payons pas... Mais parler d’épouser ma fille... J’aimerais mieux vous voir vendre tout mon mobilier.
LA PORTE SAINT-DENIS
CHILI- ai MK, h part, voyant la clef tur la table, — Ah ! bon ! la clef est là. tllaut.) Ah ! voyons, mère Tau-
S ier, vous savez bien que je ne suis pas méchant.
h! pour ça non, et dans le fond j'ai bien de l’amitié pour vous et mademoiselle Madeleine.
la mère taupier. — À la bonne heure... Et je le sais bien, que vous n’ètes pas méchant; car je vous ai vu une fois ramasser un pauvre vieillard dans la rue et lui faire donner des soins... quand personne n’avait eu la charité de songer à lui.
Guillaume. — Dame, c’était tout simple... Il n’avait pas la force de marcher; il avait faim. Je me suis dit : Pour qu’il marche, il faut le soutenir, soutenons-le... pour qu’il n’ait plus faim, donnons-lui à manger... C’est pas plus difficile uc ça... Et puis sa grande barbe blanche, sa gure que... enfin j’ai cru voir mon pauvre défunt père... et il n’y a rien d’étonnantà cela.
la mère tacher. — C’est égal, vous ôtes bon.
Mais voici Michel et ses amis... Monsieur Guillaume, vous ferez bien de ne pas parler de vos projets devant eux, autrement je ne réponds de rien.
Guillaume. — Oh! soyez tranquille. (A part, regardant la table.) Depuis huit jours, pas d'autre occasion. Allons, le passe-partout! (Il prend la clef et la met dans sa poche. — Haut.) Bonsoir, mère Taupier, et sans rancune. (A part.) Allons retrouver mon acheteur... et cette nuit nous verrons le trésor.
(Michel entre avec I.ctrapn et l.apoulotte mis en ouvriers.)
miciikl, à Guillaume, près de sortir. — Tiens! maître Guillaume, quand j’entre, vous prenez la clef des champs.
Guillaume. — Ce n’est pas la clef des champs, Michel, c’en est une autre qui me force à sortir; j’ai besoin de voir ce qui se passe dans mon nouveau logement.
(Il parait faire des signes d’intelligence b Letrapu et à l.apoulotte.)
miciiel. — Ah! oui, voire logement daosla rue du Petit* Hurleur.
Guillaume. — Daiue, on ne se loge pas où l’on veut.
Michel. — C'est pour ça que vous délogez d’ici.
Guillaume. — Comme vous dites, ne vous dérangez pas, je fermerai la porte.
(Il sort.)