SCÈNE III
Les mêmes, BLONDEL.
blondel, agité. — Un mois... tout un grand mois sans entendre parler d’elle.
la mère taipier, l'a perce vint. — Monsieur Blondel! Ahl vous allez me dire, vous...
blondel. — Mariette t...
la mère tai pier. — Vous le connaissez, puisqu'il dirige les travaux avec vous... Cet homme, qu'est-il?... où eat-il ?...
blondel. — Hélas! ce qu’il est... vous le savez comme moi... puisque c’est devant vous que Louise a déclaré...
la mère taupier. — Qu’elle répondait de lui... oui...
blondel. — Où il est?... Je l'ignore.
la mère taupier. — Comment?...
blondel. — Le lendemain de sa nomination, les ouvriers à ses ordres sont arrivés au chantier conduits par lui... Depuis cc temps... il n’a pas reparu.
la mère taupier. — Que me dites-vous là?...
blondel. — Cette protection subite, pourquoi la lui a-t-il demandée?.,, et pourquoi la lui
LA PORTE SAINT-DENIS
a-t-elle accordée?... Il y a là un mystère... que vous savez sans doute?...
la mère tacpier. — Moi ? non ! non! (A part.) Elle m’a fait jurer de me taire?
blondel. — Comment! vous l'ignorez... Mais eel homme rejette son crime sur moi; devant le prévôt, nous l'accusons tous deux, et Louise le défend... Vous avez accepté cela, vous dont il a enlevé la fille... Vous n'avez pas cherché à savoir...
la mère tacpier. — Rien... rien... A quoi bon ?
blondel. — Mais Louise a dû vous dire?...
la mère tacpieii. — Rien ! Ah! si... un mot.
11 le faut!
blondel. — C’est bien. (A lui-même.) Avec le temps, tout secret se dévoile. (Haut.) Oh ! je suis bien malheureux aussi, allez, ma pauvre Mariette, j’ai 1’àme en proie aux plus poignantes angoisses, et les ordres du roi m'enchaînent à ces travaux... qui feront ma gloire, dit-on... Ma gloire... de quel prix la payerai-je? Je n'ai pas osé n.e présenter à lTiûlel de Ville... il me semblait que le soupçon planait autour de nous. Je n’ai pas osé vous parier de mon enfant, à vous qui veniez de perdre votre fille...
la mère TAiPiEn, à part. — Son enfant!...
blondel. — Aucun danger ne l’a menacé, n'csi-cc pas?
la mère tacpier, balbutiant — Aucun... non... quel danger voulez-vous?...
blondel. — Je sais que vous ôtes une Ame dévouée. Mais qu'avez-vous dû penser en ne me voyant pas... que je u’ avais point le cœur d'un père... oh! si... si... mais quand on est coupable tout vous parait suspect. Si j’avais clé le voir... il me semble que c’eût été dire à tous . c’est l’enfant de... Oh ! cher petit être ! que de caresses je te devrai pour compenser toutes celles dont je l’ai volontairement prive.
(Il va s’asseoir t» la table, regarde quelques plans, puis demeure pensif et triste).
la mère tacpier, b part. -- Cette douleur I... Elle a bien fait de lui laisser ignorer... Mais parlons! car s’il m’en parlait encore...
(Elle sc dirige vers le fond.)
Michel, qui est prés de la porte. — Où allezvous donc comme ça. mère?
la mère tacpier. — Ou je vais?,.. Est-ce que je n'ai pus juré que je retrouverais Madeleine? Ce n’est pas en restant ici que je tiendrai mon serment. A ce soir, Michel, à ce soir !
(Elle sort vivement.)
Michel, à lui-même. — A ce soir... Qu’espèrel-cllc ?... Ce soir comme hier, comme les autres jours, nous rentrerons tristement au logis et nous nous dirons : Demain nous serons plus heureux.
(On entend une cloche.)
letrapi". — La reprise des travaux... Allons, Michel, à l’ouvrage !
Michel. — Travaillons!.-. La tète pense moins quand la main... (Voyant entrer le comte.) Dieu! la por lotte. — Qu’est-cc que tu as ?
MiciiEL. — Cet homme 1..
la pot lotte, regardant le comte, S part. — Hein !... Ic maître!
Michel. — C’est bien lui !...
letrapu, à part. — Décidément, il se souvient trop bien.
le comte, b l.apoulotte. — M. François Blondel?
la poulotte, le lui montrant. — Le voici, monsieur.
le comte. — Merci!
Michel. — C'est sa voix!...
letrapit. — Ah l laisse-nous donc tranquille. Tu le vois partout.
Michel, b pari. — Oh ! je ne le perdrai pas de vue !
letrapi: , b Lspoulotte. — Viens, j’ai mon idée.
(Ils sortent.)