‹ La Porte secrète, drame en trois actesChapitre 5 sur 54 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

SABOURINO, seul; puis VICTORIA.

sabourino, entrant par le fond.

llolà valets !.. annoncez il signor Sabourino.. . Sabourino, entendez-vous, faquins... Tiens, il n'y a pas beaucoup de valets... alors, n’annoncez pas, mercenaires. .. Comment se fait-il que j’arrive jusqu’ici sans rencontrer le moindre domestique... mâle on femelle... bleu ou rouge ?. . celte porte, que j’ai trouvée ouverte au bout du chemin , était donc la porte de derrière, la petite porte... je suis entré par la petite porte... ob ! c'est humiliant... Poursuivons, néanmoins; comme Je tiens à être annoncé, je vais m’annoncer moi-méine.

(Il va A la porte a droite et au moment où il va l’ouvrir ; )

BÉATRIX, entrant.

M. Sabourino !

M " 1 Béatrix!

Le peu d'instans que j’ai passés ici a sulb sans doute (tour donner le change à mes ennemis. Adieu... ma reconnaissance sera éternelle.

VICTORIA

Attendez, Monseigneur.

BÉATRIX

Oui, attendez. Monseigneur ! vous pouvez rester au château , sans danger , pendant quelques heures. Je vais vous conduire dans un pavillon où vous serez en sûreté. A la nuit bien close , je viendrai vous prendre et nons irons ensemble riiez Rinaldi le pécheur. C’est un vieux brave homme; il vous sera tout dévoué, vous passerez pour son matelot.

VICTOMA. »

Et avec sa barque vous atteindrez bientût, je l’espère, un bâtiment qui vous emmènera en France.

ORLANDO

Ce projet est plein de sagesse , je vous devrai mon salut.

béatrix, a part.

Il est de moi , le projet...

ORLANDO

11 faut que je me cache, que je me déguise, que je tremble au moindre événement!.. Mon Dieu , donnez-moi la force de supporter cette existence de lâcbe.

Pensez à votre mère, lUonscignenr.

ORLANDO

Ma mère !.. elle rroit que je suis arrêté... ma mort la tuerait!., oh! je veux vivre pour elle... et puis aussi pour venger les malheureux que j’ai entraînés dans l’abime... Ob! je les vengerai !

béatrix.

Que venez-vous faire ici?

sabourino.

Je viens être heureux ; c’est-à-dbe vivre près de vous

BÉATRIX

Vivre près de moi...

SABOURINO.

J’en ai le moyeu , mais je voudrais bien avoir aussi le moyen de calmer l'impression que votre vue a produite sur moi. (Lui prenant la main et la mettant sur son cœur.) En voilà un qui bat ; et puis vous pensez peut-être que je vous vois?., pas du tout., j’ai les yeux remplis d’étincelles... est-il possible qu’un homme soit tellement faible... si je n’étais pas du sexe masculin; je croirais presque en ce moment que je suis une femme... là... là... je me calme... Je vais être employé, au château de Torreni , en qualité de secrétaire de M. le Comte.

BÉATRIX

En qualité de secrétaire... vous êtes fou!

Je m’attendais à voue stupéfaction... Béatrix, c’est à vous que je la dois celte place 6 i éminente.

BÉATRIX

A moi ? je n'ai pourtant fait aucune démarche...

SABOURINO.

Vous en avez fait une énorme.

BÉATHIX.

Laquelle ?

SABOURINO.

Il y a juste une année , vous avez dit à ma

cousine Régula que vous ne pourriez jamais «#• reverrai , M. Sabourino. vous êtes rie la maison, m'aimer parce que j'étais bête... I (s pari, en sortant par la gaucbe.) Mon Dieu! ne

BEATRIX

C’est vrai; mais ma démarche?..

SABOURINO.

C'est celle-là !.. Régiua ui'a rapporté textuellement cette douce coulidence... Ah dame! j’ai ragé d’abord ! je me suis jeté après mes cheveux et ils en ont vu des dures, les petits blonds.. . j’en ai arraché... j’en ai arraché... je serais, à l’heure qu’il est, chauve comme un trisaïeul, si mon frère de lait, ic marquis de Fonlaleonc ne m’avait pas cbnsolé...

BEATRIX

Le marquis de Fontalcone!

SABOURINO.

Oui, il m'a consolé, il m'a affirmé que la bêtise se guérissait... (Qu’est-cc qui dirait que j’ai été béte,) et qu’il serait mon médecin.

Alors, il m'a appris à lire et à écrire... il m’a fait faire des bâtons... vous savez... et puis des a et puis des o... j’ai eu de la peine à mordre aux o... mais à la longue... Bref, j'ai beaucoup d'esprit, maintenant... mon frère de lait m’en aurait donné bien d’avantage, hélas! s'il ne s’était pas mis à la télé des révoltés... Pauvre Monseigneur , j’ai tremblé pour ses jours , mais il est en France , Dieu merci.

BÉATRIX

Il n’est pas en France.

SABOURINO.

U n’est pas... oh ! vous vous trompez... on vous a dit que le commandant Tancredi avait arrêté Monseigneur, mais ce n’était pas Monseigneur qu’il tenait , c'était Rodolfo , le clerc de la cathédrale, qui lui ressemble... Monseigneur doit être arrivé en France.

RfeATRIX.

Non, entêté!,, il est ici.

Il est ici!

BÉATRIX

Je parviendrai peut-être à le sauver... vous m'aiderez.

SABOURINO.

Que dois je faire?

BEATRIX

Vous connaissez Rinaldi le pécheur, n’csi-cc pas?

Page 1