Chapitre I
Les principaux Sanctuaires.
La chapelle de la Portioncule.
L' humble chapelle de la Portioncule ou la sa7ita cappella^ n'a point changée de forme depuis sa restauration par saint François. Mais dans la suite des temps, elle a été décorée de plusieurs peintures et sculptures. Elle forme un rectangle, ayant à l'extérieur une longueur de dix mètres, sur six de largeur. Les deux façades qui se terminent en pignon ont une hauteur de près de cinq mètres jusqu'à la naissance du toit et neuf jusqu'au faîte. Au sommet de la façade antérieure s'élève une gracieuse tourelle octogonale en marbre blanc et de style gothique, renfermant une statue de la sainte Vierge avec l'Enfant Jésus. Les fidèles ont fait ériger ce petit monument en souvenir de l'apparition de Marie et de son divin Fils le 2 août 1303. i)
Audessus de la porte d'entrée on lit cette inscription, en caractères dorés et sculptés dans le marbre : Haec est porta vitae aeternae. Voici la porte de la vie éternelle. 2) Le bienheureux Ber--
1) Voir partie I, ch. VII.
2) Dans l'intérieur de la chapelle, un peintre du XV* sièjul^ représenta saint François, annonçant l'Indulgence et tenant m main une tal)lette sur la quelle sont écriteB ces mêmes parotes<
narclin de Feltre dit dans une do ses lettres, que saint François lui-même a fait sculpter cette inscription, sans doute pour signifier que cette entrée est la porte du salut éternel pour tout pécheur qui après une bonne confession vient gagner l'Indulgence du Pardon. Dans la môme lettre le bienheureux Bernardin parle de la nécessité de faire retoucher cette inscription a fin que les pèlerins puissent la lire. Depuis la plus haute antiquité, on voyait sur la façade antérieure une fresque représentant la concession de rin7 dulgence. Le bienheureux Bernardin de Feltre la fuit remonter au temps de saint François luimême. Grimaldi assure au contraire qu'elle n'a été peinte qu'une dizaine d'années après la mort du saint Patriarche par Giunta de Pise.2) Quoi qu'il en soit, suivant le témoignage de Vasari 3) cette fresque fut restaurée en 1492 par Niccolô de Foligno, élève du Pinturrichio. Mais l'oeuvre de Niccolô ne dura pas longtemps. 4) En 1G39 Martelli d'Assise la remplaça par une nouvelle fresque, représentant toujours le môme sujet. Cinquante ans plus tard, celle-ci fut à son tour retouchée par Providoni d'Assise.
En 1828 vint à la Portioncule un célèbre ar-
i) Cette lettre, datée de Milan, le 11 janvier 1492, se conservait dans les archives du couvent de la Portioncule. — 0. Spader.
2) Grimaldi, Dissertazione.
?■) Vasari, Vita del Pinturrichio.
4) Tiberio d'Assise, élève du Pérugin, a perpétué cette oeuvre en la représentant sur une de ses fresques dans la chapelle des • Roses. ( Voir plus loin, § III ).
tiste, qui avec un de ses amis resuscita le sentiment religieux dans les beaux-arts et devint le fondateur de l'école chrétienne en Allemagne. C'était Frédéric Overbeck. Il demanda humblement la permission de peindre une nouvelle fresque sur la façade de la sainte chapelle, pour satisfaire sa dévotion envers saint François. Mais son offre ne put être acceptée sans difficulté ; quelques critiques prétendaient que l'ancienne peinture avait une certaine valeur artistique. Pour décider cette question, le cardinal Galeffl, alors Protecteur de l'Ordre, chargea un professeur de l'académie romaine, Thomas Minardi, de lui faire un rapport sur le mérite de l'ancienne peinture. Le professeur se rendit à la Portioncule et répondit au cardinal que la fresque de la sainte chapelle n'avait point de valeur et ne méritait même pas de se trouver dans une si belle Basilique. « Le sujet conçu par Overbeck, un des plus grands artistes de notre époque, ajouta-t-il, est sous tous les rapports digne de ce sanctuaire, et ne pas profiter de cette offre, serait une perte qu'on pourrait difficilement réparer. » Overbeck put donc commencer son travail le 11 mai 1829 et le 12 décembre suivant la Portioncule fut enrichie d'une nouvelle oeuvre d'art qui excite l'admiration de tous les visiteurs, mais principalement de .ceux qui savent apprécier le sentiment religieux des Pérugin et des Fra Angelico. Cette fresque représente l'intérieur de la sainte chapelle. Âudessus de l'autel, sur fond d'or, est assis le "Sauveur pleinde majesté et de bonté; à sa gauche
se trouve la sainte Vierge, interccdant pour François. Celui-ci à g-enoux sur le sol et les bras étendus en croix, demande pardon et miséricorde pour les pécheurs. A côté du saint se tiennent les deux anges qui, comme l'indique leur bourdon de pèlerin, sont allés l'avertir dans le jardin des roses. De l'autre côté, il y a deux Frères ravis d'admiration à la vue de ce céleste spectacle. Lo fond est occupé par un grand nombre d'auges qui chantent, avec accoujpagnement d'instruments de musique. Toute la fresque est encadrée d'une riche et élégante bordure de rinceaux entremêlés de diverses scènes du bon Pasteur, ou d'anges qui se réjouissent du retour de la brebis égarée. Cette oeuvre est pleine de grâce, de vie et do piété et tout est conforme à l'histoire, excepté les doux Frères, qui ont été témoins de cette merveille sans quitter leurs cellules.
Lorsqu'ensuite le pèlerin pénètre dans l'intérieur de la cliapolle, une émotion difficile à décrire s'empare de son àme. Les murailles avec leurs blocs de granit brun, qui ont fini par acquérir le poli du marbre, le ramènent jusqu'au temps de saint Benoit. Dans les milliers d'ex-voto en or et en argent, il découvre autant de signes de reconnaissance des grâces signalées obtenues en ce ilieu. Audessus de sa tète ;la voûte est comme étoilée de lampes dorées continuellement entretenues par la piété des fidèles.
Ses jfeux aperçoivent enfin l'autel -de la Reine des anges; c'est là que Jésus. et Marie. ont apparu fréquemment à leur .serviteur Fraixçois-d' Assise ;
c'est là qu'ils lui ont accordé tant de faveurs, manifesté de si touchantes révélations et fait de si belles promesses. Tout respire dans ce sanctuaire le surnaturel, le mystérieux. Instinctivement le pèlerin se jette à genoux, pour joindre sa prière à celle du séraphique Patriarche et de tant d'autres saints qui sont venus là-même offrir leurs hommages au Sauveur et à sa divine Mère.
Pendant longtemps l'autel fut surmonté d'une image représentant l'Assomption de la sainte Vierge. Mais au commencement du quatorzième siècle Puccio Cappana, élève de Giotto, peignit sur la muraille derrière l'autel, le Christ dans la gloire et Marie intercédant pour le peuple. Cette fresque fut bientôt noircie par la fumée. En 1393 on plaça audevant d'elle une Annonciation peinte sur bois par le prêtre Hilaire de Viterbe. C'est ce tableau qui est encore aujourd'hui vénérée dans la chapelle de la Portioncule. L'oeil intelligent voit dans l'architecture et la perspective de cette composition tous les défauts de l'époque; mais il découvre dans les figures une expression de piété rendue avec beaucoup de délicatesse. 2) L'espace compris entre ce tableau et les parois de la chapelle est occupée par une autre peinture sur bois, qui semble encadrer la première. Elle représente diverses scènes de l'In-
1) Vasari, Vie de Giotto.
2) On a placé l'Annonciation sur l'autel de la sainte chapelle à la place de l'Assomption, parceque dans l'ancienne église l'Assomption, qui est la titulaire de la Basilique se trouvait sur le maître-autel. (Amadée de Solero, Giorie).
diligence et des miracles opérés par la sainte Vierge. D'après Providoni, qui la recopia en 1679, cette peinture fut faite de l'an 1500 à 1550.
En sortant ensuite par la porte latérale a droite, on voit, presque toute la muraille de la sainte chapelle avec cette austère et simple nudité dans laquelle saint François Ta laissée. A peine aperçoit-on quelques restes d'anciennes fresques de l'école florentine. L'une d'elles servait de retable à un autel placé contre la chapelle, dans l'ancienne église. Elle représente la sainte Vierge, saint Bernardin de Sienne et un autre saint de l'Ordre franciscain. Audessous de cette fresque, vers la porte latérale, se trouve le tombeau du B. Pierre de Catane i) qui après avoir été chanoine-clerc de la cathédrale d'Assise devint le second disciple de saint François. Son épitaphe remonte certainement au temps de saint François et contient ces simples paroles:
+ ANN. DNI. M. ce Lisez : -f- Anno Domini MCG