INTRODUCTION
Au milieu de V Ombriej province de V Italie centralej s' ouvre une riante et fertile vailêej dont les deux entrées sont gardées par la ville de Pérôïisé au nord et celle de Foligno au midi. A l'est j sur une colline qui domine un fort gracieux paysage, s' élève la petite cité d' Assise j à jamais mémoradlej pour avoir donné naissance à saint François. L'imagination ne peut même songer à Assise j sans voir se dresser la nohle figure de ce grand héraut de Dieu, quij depuis six siècles, a été la gloire la plus pure de cette ville et en a fait tout à la fois un monument et un sanctuaire. <!i A Assise naquit pour le monde un soleil comparable à celui qui semble sortir du Gange. Que V homme, qui veut parler de ce
UeUj ne le nomme pas Assise; ce nom dirait trop loeu ; qu 'il V ap)pelle Orient j s 'il veut employer le mot propre. » C'est ainsi que s'exprimait dans son poétique entliousiasme le Dante^ moins d' un siècle après la mort de saint Françoii>. Les générations n'ont point démenti sa p)arole ; ce soleil n'a point p)erdu de son éclat. Assise est toujours un Orientj vers le quel le chrétien aime à tourner son regard. Il semble mêine que les p)eiiples se sentent de p>^us en plus attirés vers cette terre bénie. Des pèlerins de toutes les nations y accouren^j moins p)our admirer ses Basiliques resplendissantes des merveilles de l' artj que pour prier dans ses délicieux sanctuaireSj encore tout vivants des souvenirs de saint François. L' âme respire sous leurs voûtes séculaires comme un parfum de sainteté j qui semble ramener le pieux visiteur à cette heureuse époque ^ ou le saint Patriarche et ses dignes compagnons vivaient encore^ ravis en extase durant leurs colloques amoureux avec le divin Sauveur.
Le voyageur j qià s'arrête à la station d'Assise^ est tout d' abord atti7'é par V insig?ie Basilique de Sainte-Marie-des- Anges J dont la grandiose coupole s' élève dans les airs avec autant de grâce que de majesté. Cette coupole abrite,, comme d' un manteau de reine ^ une humble cha- 2^ellej V antique sanctuaire de la Portioncule : Sous ce nom de Portioncule est renfermée toute une histoire pleine de charme pour l'âme chrétienne. « Làj dit saint Bonaventurej. saint Fran-
çois jeta humblement la fondation d' une vie parfaite; là il s' avança merveilleusement dans la vertu; là il consomma sa course par une mort bienheureuse et en mourant^ il recommanda d ses Frères ce lieuj comme vraiment cher à la Vierge. » i) LJn effets la Portionculè a été le thé'être des scènes les plus sublimes de la vie du saint Pair iar cite et de ses glorieux compagnons. Après y avoir fondé son Ordrej saint François fit de ce lieu sa résidence de prédilection. Berceaio de V Ordre des F rcres-Mineurs^ la Portioncîde est encore devenue^ jusqu à un certain point j <:elui de V Ordre des Glarisses; car c' est là que sainte Claire renonça au monde ^ pour se consa^ crer entièrement à Dieu. C'est là aussi que le saint Patriarche obtint de Jésus- Christ la célèbre Indulgence du Pardoyi. Outre V antique chapelle de la Portionculej la Basilique de Sainte-Marie" des- Anges abrite encore deux autres précieux sanctuaires: la celhde trans-ormée en chapelle j dans la quelle saint François rendit son âme à Dieu et oit se conserve son Coeur ^ et la chapelle des RoseSj que saint Bonaventure fit construire au dessus de la cabane qu'habitait le serviteur de Dieu. Près de cet oratoire se trouve le jardin des Rosiers miraculeux de saint François.
C'est cette intéressante histoire que nous osons offrir au lecteur dans ce modeste travail. Il est vrai que presque tous les biographes de saint François ont parlé de la Portioncule ; car V hi-*
i.) Lègendo Majeure ch. II.
stoire de V un est inséparable de celle de V autre; mais ils oie V ont fait que d' une ^manière fort incomplète. D' un autre coté l'histoire de saint François a besoin d'être purifiée de plusieurs erreurs qui s'y sont glissées depuis quatre siècles au moinSj par suite de la perte des manuscrits de la p)lnpart des jjremiers historiens de V Ordre franciscain. Un grand nombre de ces manuscrits ont été retrouvés dans ces deymiéres années.
Pour montrer de quelle garantie est entourée l'histoire que nous écrivons , il suffira de faire connaître les principaux historiens que nous avons consultés. Les voici par ordre chronologique:
1.° Fr. Thomas de CélanOj le premier des bio~ grapilies de saint FrançoiSj entra dans V Ordre des Frères-Mineurs en 1215 et fut pendant onze ans le disciple^ V ami, le tendre fils du saint; il rédigea j sur V ordre du Pape Grégoire IX, les actes de la vie de son bienheureux Père.
Cette biographie est connue sous le oiom de Première Vie de saint François. Voici ce qu 'il dit en tète de cet ouvrage: « Je désire raconter les actes et la vie de notre bienheureux Père . François avec piété, la vérité étant mon guide et ma seule maîtresse. Comme personne au monde ne peut retenir dans sa mémoire tout ce que le bienheureux Père a fait et enseigné, je tâcherai d' exposer, sicivant V ordre du glorieux Pape Grégoire, autant que f en suis capable et en paroles bien simples, les choses au moins que j'ai apprises de témoins fidèles et éprouvés. » En 1224 il compléta son ouvrage par de nouveaux docu-
ment s et écrivît l'histoire connue sous le nom de Beuxième Vie de saint François. Les Deticc Vies ont été publiées à Home en 18S0.
2.'^ Jean de Oéprano, protonotaire apostolique et ami de saint Françoisj écrivit une autre Vie du Saint j quelques années après sa mort.
3° A cette même époque Fr. Jean Kantj d'origine anglaise,, écrivit la Vie de son hienlieureuoo Père en vers latins. Cristofani en a publié en 1883 une antiqtie copie.
4.° En 1246 Fr. Crescent de Jesij alors Ministre Généralj ordonna à ses religieux d' écrire tout ce qu 'ils savaient sur la vie et les miracles de saint François. Des écrits composés à cette occasion^ il ne nous reste que V ouvrage connu sous le nom de Légende des Trois Compagnons.
Cette histoire fut écrite par le Fr. Léon^ secrétaire et confident de saint François^ le Fr. Ange de Tancrèdej noble chevalier de Rieti et le Fr. Ruffin, chevalier d'Assise. Tous les trois 07it vécu seize ans avec leur Père. Cet ouvrage a été publié à Rome en 1880.
5.° Vient ensuite la biographie faite par un Anonyme de Pérouscj quij suivant les Bollandistesj est entré dans V Ordre j sinon du vivant de saint François^ au moins peu, après sa mort. 6.° Saint Bonaventurej Ministre Général de V Ordrej écrivit en 1261 une nouvelle Vie de saint François^ appellée généralement Légende Majeure. Il suffît de citer la déclaration par laquelle il commence son ouvrage^ pour mettre en évidence son authenticité: Me sentant indi-
gne et incapable ^ dit-il,, d' écrire la vie d' un homme si vénérable et si digne d' être imitée je n' aurais jam,ais eu le courage de le faire^ si la tendre affection des Frères et le désir unanime du Chapitre général ne m' y avaient engagé et si la vénération que je suis obligé de piorter dans mon coeur pour le bienheureux Pèrej ne m' y avait contraint. Ayant été arraché d<xns mon enfance des portes de la mort par ses mérites et son intercession^ je craindrais d' être accusé d' ingratitude si je taisais ses louanges .... Pour mietiOG connaître les détails de sa vie que je vou-drais transm,ettre à la po^térité^ f ai visité les lieux où ce saint homme naquit et 2^assa ses jours. J' ai- eu fréquemment des entretiens avec plusieurs de ses compagnons qui vivaient encore,, princip)alement avec ceux qui furent les témoins: et les fidèles imitateurs de sa sainteté et qui par la véracité incontestable de leurs témoignages et par leur vertu éprouvée sont absolument dignes de foi. »