Alfred Michiels
LES POSTES EN aLlEMAGNE. 301 Léonard Taxis directeur général des Postes dans tout l’empire : l’établissement prit dès lors le titre de Postes impériales. Dix ans après, Léonard obtenait le titre de baron; enfin, il termina sa vie en 1612, à l’âge de quatre-vingt-dix ans.
Matthias et Ferdinand 11 accordèrent à son fils Lamoral l’hérédité de sa charge pour tous ses descendants de l’un et de l’autre sexe. En 1 621 , le dernier empereur l’éleva au rang de comte. 11 établit deux nouvelles lignes de communications postales, l’une qui traversait les Alpes, l’autre qui allait de Francfort-sur-le-Mein à Leipsick, Hambourg, Nuremberg, Prague et Vienne. Les agrandissements successifs avaient rendu l’entreprise fort avantageuse ; elle rapportait chaque année un million de florins ou deux .
millions trois cent mille livres, revenu considérable en tout temps, mais qui alors constituait une fortune ro^^ale.
La famille la Tour, néanmoins, ne desservait pas l’Allemagne entière. L’Autriche, le Brandebourg, la Sa\e Électorale, la Hesse et le IVIecklembourg avaiept des administrations locales. Mais la Belgique^, la Bavièrp, le pays de Bade, le Wurtemberg, Ip dpcbé de Darmstadt, les duchés saxons, tous les États ecclésiastiques, toutes les villes libres et un grand nombre de principautés formaient le domaine des Postes impériales.
Une maison qui possédait un privilège si lucratif devai|; obtenir facilement les honneurs qu’elle convoitait.
En 1686, Eugène- Alexandre fut élevé à la c|igpi*é de prince; six ans auparavant Charles II l’avait nommé grand d’Espagne et lui avait donné la seigneurie de Brainele-Comte, dans le Hainaut, entre Mons et Bruxelles. La fanaille menait alors la vie la plus somptueuse : elle habitait la capitale du Brabant, où elle possédait un hôtel ma-
gnifique; elle y recevait toutes les qptabilités du pays, tous les étrangers de distinction.
La cour lui empruntait la plus grande partie de son éclat.
On estime que pendant le dix-huitième siècle la maison la Tour et Taxis gagnait chaque jour une vingtaine de mille livres, ce qui faisait par an qqatre millions de bénéfice nets, quoiqu’elle employât vingt mille hommes et pn plus grand nombre de chevapx, car elle transportait seule les voyageurs aussi bien que les dépêches. Nul n’avait le droit d’établir de messageries là où régnait la famille privilégiée.
Elle possédait en Alleinagne une foule de çjiâteaux , de dpmaines et d’butels. A Francfort-sur-le-Mein, le palais où siégeait naguère la Diète germanique était sa propriété. P’pn seul coup, elle acheta les seigneuries de Scheer et de Friedberg en Souabe, sur les rives du panube, pour
4 500 000 fr. Mais elle paraît surtout avoir acquis avec plaisir l’ancien monastère de Saint-Émeran^ fameuse abbaye de Ratisbonne. Alexandre-Ferdinand de la Tour et Taxis^ né en 170/i, passait régulièrement la froide saison dans ce vaste et célèbre prieuré. Commissaire principal à la Diète qui délibérait dans cette ville, ses immenses revenus lui permettaient d’en faire les honneurs. Il tenait table ouverte, donnait des bals splendides, faisait jouer la comédie et tirer des feux d'artifice. De grandes chasses à courre avaient lieu sur ses propriétés. 11 entretenait les meilleurs musiciens de l’Aile* magne pour sa chapelle. Une armée de valets, de palefreniers, de coureurs peuplaient la propriété et ses dépendances. Les concerts étaient publics. Une foule d’embellissements, que les voyageurs admirent à Ratisbonue et dans ses promenades, sont dus à la famille la Tour. Elle avait loué indéfini-
ment le théâtre de la ville et le prêtait gratis aux acteurs. Le même prince Ferdinand, que nous venons de citer, fut un moment le seul appui du malheureux Charles VII : il payait ses dépenses, tandis qu’il habitait Francfort-sur-le-Mein, après avoir été chassé de la Bavière par les armées autrichiennes *.
Cela dura à peu près ainsi jusqu’au dixneuvième siècle ; mais en 1 808, lors de la dissolution de l’Empire, un autre ordre de choses commença. Toutefois, le recès du 25 février conserva à la famille la Tour et Taxis le domaine utile des postes allemandes. Les revenus lui en furent assurés, sauf les arrangements particuliers à prendre avec les souverains des divers États. C'est ainsi que la Bavière, en 1809, et le grand-duché de Bade, en 1811, traitèrent avec le prince la Tour et Taxis, et lui payèrent,
l.Loc. cit. '
pour la cession de ses droits, l’indemnité qui fut fixée d’un commun accord.
Le Wurtemberg procéda autrepient.
A l’époque où une alliance française vint augmenter son ipfluence, il crut pouvoir faire qçte de puiss^npq, en dépoujUant le prince de la Tqur et Tqxis des postes du nouveau royaume, l^qis qp inoment 4?vait venif où une réparation sprait donnée au prince, et ce fut le Congrès de Vienne qui la lui offrir ;
« La mqjpop des princes de |a Xeur Taxjs ponservera la possession et les revends postes dans les États confédérés, ^llçs qu’elles Iqi opt été assurées par le reçès de la députatjon de l’Epipire dp 25 févrjerdSfi^, pp par des conventions postérieures, autantr qu’il n’en sera pas autrement disposé ppr de nouvelles cppyen|.jons, lifirepient ^fipulées de part et d’autre. En tous cas, les droits et prétentions de cette maison, soit à la conservation des pp^fes,
soit à une juste indemnité, tels que le susdit recès les a établis, seront maintenus. — Cette disposition s’applique aussi au cas où l’ancienne administration des postes aurait été abolie depuis 1 803, et contrairement au recès de la députation de l’Empire, à moins que l’indemnité n’ait été définitivement fixée par une convention particulière. »
(Art. 17 de l’acte sur la constitution fédérale de l’Allemagne, du 8 juin 1815.)