LA P08TB
et au cas que vous en trouverez, de l’envoyer à
Votre très-humble et très-obéissant serviteur,
PiSANDRE.
On sent dans ces quelques lignes comme un souffle du pat/s de Tendre, et l’on se croirait transporté dans la région des petits soins, ou sur le bord du ruisseau des tendres soupirs, si l’on ne se trouvait ramené à la réalité par la très-prosaïque mention suivante :
« Outre le billet de port payé, que l’on ' mettra sur cette lettre pour la faire partir, celuy qui escrira aura soing, s’il veut avoir réponse, d’envoyer un autre billet de port payé, enfermé dans sa lettre. »
Voilà qui est explicite.
Que devint depuis cette invention? C’est ce que nous ne saurions dire avec précision.
LE TIMBRE-POSTE
Elje fut vraisemblablement abandonnée peu de temps après Tannée qui Tavait vue naître, et quand elle reparut en 1840, elle était complètement oubliée, et Ton put croire qu’elle n’avait jamais existé. , , .
La réapparition du timbre-poste coïncida avec l’adoption de la réforme postale, en d’autres termes, avec l’application de la laæe uniforme.
Depuis longtemps déjà, le commerce et l’industrie réclamaient ajuste titre un abaissement de tarif. Le port des lettres était très-élevé, et Ton pouvait citer, à cette épo- •que, une maison de Paris, dont la correspondance taxée atteignait quotidiennement le chiffre énorme de douze cents francs.
Ce fut en 1 849 que la réforme postale fut appliquée en France.
Seulement la mesure en avait été prise un peu hâtivement, et, quand il s’agit de la mettre à exécution, on s’aperçut qu’il res-
tait à peine un délai de trois mois pour .la fabrication des timbres-poste dont il était indispensable d’approvisionner préalablement tous les établissements de poste français.
Dans cette situation^ dont on ne pouvait se dissimuler les difficultés^ on s’adressa à un ingénieur anglais, sir Perkins, et on lui demanda à quel prix il s’engagerait à fournir la quantité de figurines reconnue rigoureusement nécessaire..
Sir Perkins demanda six mois pour livrer des timbres-poste à raison de 1 franc la feuille de 240 timbres.
C’était un prix fort onéreux, et le terme demandé dépassait d’ailleurs de beaucoup le délai fixé pour la mise à exécution de la loi.
La négociation fut donc rompue, et l’on se décida à s’adresser à l’industrie française.
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LE TIMBRE-POSTE
C’était certainement ce que l’on pouvait faire de mieux.
Il y avait alors, à la Monna’ Paris, un graveur — un artiste t' qui ve-
nait tout récemm'"^*' donner la mesure de son talent ''*' picuve éclatante de son habiifté.
Après V révolution de Février, dans un momep^^ numéraire était excessivement j.jjj.ç,.e ministre des finances avait demaî''^'^'
^ ji Banque de France l’émissi''- graiid .lombre de cr*î4pures de billets de *
banque.
Mais la ne pouvait satisfaire à
celte n ayant qu’un seul type
pou- ^“pression des billets de 200 fr. et ^.1 possédant aucun pour des coupures plus petites. Or, il est bon de savoir, ajoute M. L. Figuier, qu’une planche ou type de billet de Banque , qui revient à environ 25000 fr., demande ordinairement de dix-
huit mois à deux ans de travail. Dans cette
occ*^*'nce, on avait eu recours à M. Hulot^
et en deux à, l’aide de ses procédés^
personnels de il
graver et multiplier le ^
Le souvenir encore recentre celte opération accomplie avec auU#)f célérité
qne de succès, engagea le Gouv ^
charger M. Hulot de la fabrication hres-poste, et bien qu’on eût perdu de^ mj temps en négociations demeurt,^
• stériles, et que>Oi^t <n^û*e des retards imprévus, huit jours avant janvier
4849, époque à laquelle la loi exécu-
toire, tous les bureaux de poste étaient pourvus de timbres-poste, et restait entre les mains du garde-magas de l’administration centrale un approvisionnement considérable de 8 à 1 0 millions.
On nous saura gré, je l’espère, de donner ici communication d’une lettre de M. Hulot
LE TIMBRE-POSTE
lui-même, qui renferme d'intéressants détails sur les procédés qui ont servi non-seulement à établir les clichés des timbresposte, mais encore à prévenir la contrefaçon.
Cette lettre est datéedu 25 septembre 1851.
a Les procédés dont je dispose, dit M. Hulot, se. prêtaient également à la multiplication de tout genre de gravure en tailledouce comme en taille de relief. J’avais le choix entre l'impression en taille-douce et l’impression typographique. Je me décidai pour cette dernière.
« Le coin type fut gravé en cinq semaines.
Dans un temps égal, les ateliers de fabrication furent créés, et les planches portant 300 timbres exécutées. Enfin quelques jours de tirage avec des presses à bras ordinaires, à raison de 1 200 000 timbres-poste par jour, me suffirent pour approvisionner tous les bureaux de poste de France.
« Les timbres-poste, aujourd’hui de cinq valeurs différentes sont imprimés en couleurs distinctes, sur des papiers teintés en diminutif de la couleur de l’impression.
L’impression noire est abandonnée dans un intérêt de service (le noir étant réservé pour y annulation ) .
« Le gommage des feuilles, qui s'opère d’une manière très-simple, n’a rien de malsain ni de repoussant comme celui des postage stamps anglais. Il ne rend pas la gravure indistincte en la noircissant, par la transparence du papier, comme cela arrive le plus souvent aux timbres-poste anglais, à ceux de l’Union américaine et d’ailleurs. 11 adhère facilement aux lettres, en conservant toujours beaucoup de flexibilité.
« V oblitération ou annulation, qui se pra-
1. Ceci était écrit en 1851; il y a aujourd’hui huit différentes espèces de timbres-poste , savoir : le., 2 c., k c., 5 c., 10 c., 20 c., kO c., 80 c.
LE TIMBRE-POSTE
tique dans les bureaux de poste à l’aide d’une encre typographique noire très-commune, est complète et entièrement à l’abri du lavtige; des expériences multipliées et très-décisives l’ont prouvé.
« Un des caractères particuliers du timbre-poste typographique, qui le ferait distinguer au premier coup d’œil de toute imitation, c’est la fermeté des tailles et du trait, et la netteté de l’impression. Ce caractère manque tout à fait aux timbres dans le système Perkins. »
Une fois la fabrication commencée, la consommation ne s’arrêta plus et alla toujours en augmentant dans une proportion considérable.
Ainsi, lenombredestimbres-poste vendus, qui s’élevait, en 1850, à 21 523175, atteignait en 1864 le chiffre de 382655450.
Seulement une remarque a été faite : c’est que depuis dix années, soit depuis 1854, la
LA POBTB.
progression de la consommation s’est presque invariablement traduite par uneaugmentation annuelle de 3 à 4 millions de francs.
Les ateliers de fabrication des timbresposte, dont M. Hulot est directeur, sont établis à l’hôtel de la Monnaie, où quarantecinq ouvriers sont journellement occupés, tanta l’impression des figurines qu’au gommage et au pointillage des feuilles. Le contrôle est exercé, d’une part, par la Commission des Monnaies et Médailles, de l’autre par un agent des Postes, auquel est confié le soin de prendre livraison, après vérification, des feuilles destinées à l’approvisionnement des bureaux de poste. La moyenne annuelle de la fabrication est d’environ 400 millions, lesquels sont livrés par M. Hulot au garde-
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LE .TIMBRE-POSTE
magasin central de l'administration à raison de 90 centimes le mille.
OnToitque nous- sommes loin du prix auquel prétendait l’ingénieur Perkins.
I > Le mode d'afi^anchissement p£^ le tim- ' bre-poste est aujourd'hui à peu près universellement adopté. On compte au moins dans la circulation deux mille ^figurines de types différents, parmi lesquels, en dépit des prodiges auxquels la civilisation nous a habitués, on ne rencontre^ pas sans étonnement les timbres-poste de Xinde. transgangétique, I5eu:x de la et ceux plus
étranges encore du roymmejluvaien.
4 En préaencende céa^: résultats auxquels . nous ne pouvons qu’applaudir, il, ne faut pas oublier que c’est .l’Anglde^ne qui, la première,, est entrée dans la voie de la réforme. Seulement, et l’on, reconnaît là l’esprit pratique de nos voisins d’outre-Manche, en consentant, dès 1840, à adopter une taxe
uniforme {two pence, dix centimes) pour les trois royaumes^ l’administration anglaise prit, en même temps, comme conséquence légitime de cette concession, une mesure aux termes de laquelle l’affranchissement était rendu obligatoire pour tout objet de > correspondance confié à la poste. Cette mesure supprimait les non-valeurs résultant des lettres tombées en rebut, et l’on pourra se faire une idée de l’importance du bénéfice réalisé, quand nous aurons dit qu’en France, le nombre des lettres de cette catégorie ne s’est pas élevé à moins de 435! 000 pour l’année 1849.
11 a été un moment question, dit-on, de rendre également en France l’affranchisse* ment obligatoire, et à ceux qui seraient tentés de contester la justice d’une pareille disposition, nous répondrons par le récit d’une courte anecdote qui est fort connue de l’autre côté du détroit.
Di
LE TiMBRE-POSTE.
L’anecdote est simple, mais elle porte en elle sa moralité.
La scène se passe en Irlande, dans une pauvre bourgade que les géographes ont, je crois, négligé de mentionner sur la carte et dont j’ai moi-même oublié le nom.
Sir Rowland Bill, qui n’était pas encore secrétaire du General-Post-Office de I-oiwlr«e, s’arrête un jour dans ce village, entre dans une auberge, et s’y repose.
Il n’y avait en ce moment dans l’auberge qu’ung jeune fille, une belle enfant de dixhuit ans qui faisait l’office de servante.
Sir Rowland Bill était-il curieux, ou, ce qui est plus vraisemblable, la jeune fille était-elle un peu bavarde? Nous ne saurions l’affirmer.
. Toujours est-il qu’au bout de cinq minutes la belle enfant avait confié au futur secrétaire général le plus doux secret de sa vie.
Elle avait un fiancé; ce fiancé habitait
Londres, et il devait revenir l’épouser dès qu’il aurait fait fortune.
Sir Rowland HUI se prêtaitde bonne grâce au récit qui lui était fait, et U paraissait porter une attention sérieuse à ce bavardage d’enfant.
« Y a-t-il longtemps que votre fiancé est parti? demanda- t-il avec intérêt.
— Deux ans, Votre Honneur^ répondit la * servante.
— Mais vous avez eu de ses nouvelles, au moins?...
— Oh ! souvent....
— Il vous écrit....
' — Toutes les semaines!... »
Sir Rowland fit un geste étonné:
« Toutes les semaines! répétait-il, mais les lettres coûtent cher pour venir de Londres en Irlande, et cette correspondance doit sim gulièrement entamer votre, dot. » >
. La jéune fille sourit avec malice.
LE TIMBRE-POSTE
«t Cela serait ainsi en effet, répondit-elle, mais nous avons inventé, Patrick et moi, un moyen de correspondre qui ne coûte absolument que le papier et l’encre.
— Vraiment; et quel est ce moyen?
— Voici : A l’aide de certains signes disposés de certaines manières, et convenus d’avance entre nous, nous n’avons besoin que de voir l’adresse des lettres que nous échangeons^ pour deviner ce que ces lettres contiennent : de sorte que jusqu’à ce jour, et bien que j’aie expédié ou reçu plus de cent lettres, je n’ai pas donné encore le moindre penny au facteur. Que dites-vous de cela.
Votre Honneur? »
Sir Rowland Ilill avoua que le moyen était ingénieux, mais il se prit à réfléchir à ce qu’il venait d’entendre, et trouva que cette fraude, toute naïve quelle fût, constituait un abus qui avait dû causer à l’administration *bien des préjudices.
Le résultat de ses réflexions fut qu’il n’y avait qu’un moyen d’obvier à cet abus, et dès ce moment, dans son esprit, l’affranchi ssement obligatoire fut résolu.
Quelques recueils anglais ont donné sur le timbre-poste des détails généralement igoorés et qu’il est utile de connaître.
Tout le monde sait que depuis quelques années cet agent d’affranchissement est devenu un moyen d’échange très-répandu, et
qu’on l’emploie fréquemment dans les pe-
tites transactions commerciales. Les annonces des journaux ont appris au public les mille et un usages auxquels il peut servir, mais ce que l’on ignore peut-être, c’est I qu’en Amérique, depuis le début de la ' guerre, il a été employé à l’égal d’un véri- ; table papier-monnaie. Dans le but de faci-
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liter les transactions d’ordre secondaire, et de remédier, autant que possible, à l'absence du numéraire, les autorités fédérales ont émis, le 17 juillet 1862, des timbres-poste d’un format plus grand, représentant une valeur de five dollars (vingt-cinq francs), laquelle était remboursable soit en espèces, soit en timbres-poste, par tous les agents du Trésor.
L’ Angleterre a été frappée, à son tour, du parti que l’on pouvait tirer de cette idée, et par un arrêté dont la date ne remonte pas à plus de deux années, le Post-Office de Londres a décidé que les timbres-poste pourraient être repris du public, toutes les fois qu’ils n’auraient pas été endommagés, et qu’ils seraient présentés en nombre.
Cette mesure, d’abord restreinte aux bureaux principaux, a dû être étendue depuis à tous les offices des trois royaumes.
La vulgarisation du timbre-poste, à
quelque usage qu'on dût le faire servir^ ne pouvait être qu’enoouragée ; mais plus son emploi se généralisait^ plus il devenait important de prévoir les fraudes diverses auxquelles il pouvait donner lieu*
La fabrication^ telle qu'elle s'effectue en France et dans quelques pays de l’étranger, laisse peu de chances de succès aux tenta- • tives de faux : les difficultés matérielles de
l’exécution, les impossibilités du placement des feuilles fabriquées en dehors du concours de l’administration, mille autres raisons tout aussi puissantes arrêteraient le faussaire au début de son entreprise criminelle. .
C’est donc sur les moyens d’empêcher le remploi des figurines ayant déjà servi, c’està-dire sur V oblüéralion ou l’annulation, que les administrations intéressées ont concentré leur attention.
En France , l’oblitération s’effectue à
LE TIMBRE-POSTE
l’aide d’un timbre à la main, affectant la forme d'un losange^ et dont les peintes appliquées sur les timbres-poste, non-seulement le défigurent, mais encore le percent de trous symétriquement rangés.
En Hollande, le mot franco est imprimé en grandes lettres sur le timbre-poste.
Plusieurs pays, et notamment l’Italie, l’Autriche et la Prusse, frappent le timbreposte du nom du bureau expéditeur et de la date d’expédition.
En Angleterre, l’annulation a Heu à l’aide d’un timbre formé de trois cercles; en Écosse, par trois barres superposées; en Irlande, par un losange non armé de pointes.
Mais pour que l'oblitération rendît les services que l’on en attendait, il fallait, on le comprend, que l’encre employée fût composée de manière à défier tous les réactifs auxquels la fraude pouvait avoir recours.
— L’encre indélébile adoptée par l’administration française ne laisse rien à désirer sous ce rapport. Très-peu foncée, pour mieux laisser voir l’oblitération, cette encre ne s'en va pas à l'eau, c’est-à-dire que le timbre peut être mouillé sans qu’elle disparaisse ou se tache. En outre, et cette particularité n’est pas moins curieuse à noter, les timbres-poste frappés d’oblitération à l’aide de l’encre dont il s’agit sont dénaturés de la manière la plus absolue, et leur remploi est conséquemment rendu impossible.
Le but que l’on se proposait est donc atteint.
Quand les timbres-poste furent introduits pour la première fois en Angleterre, on ne se doutait guère qu’ils deviendraient l’objet d’un commerce tout nouveau, et le mobile d’une passion jusqu’alors inconnue.
LE TIMBRE-POSTE
naissance. A partir de celte époque, elle s’est développée et rapidement répandue dans tous les pays civilisés qui ont le culte de la collection.
Passion innocente du reste, manie inoffensive, qu’une mère peut sans danger inspirer à sa fille, et qui mène, par une pente douce et facile, vers l’étude salutaire de la géographie et de l’histoire moderne.
Comme on pouvait s'y attendre, dit un auteur anglais, la mode des collections de tim- «
bres-poste est née en France, et l’on a pu .voir longtemps au jardin des Tuileries ou autour du palais du Luxembourg une foule avide s’assembler le dimanche et, y donner le spectacle d’un marché aussi animé que celui de la Bourse.
Les scènes de Birchin-I^ne , ajoute le même auteur, où les collectionneurs s’assemblent nuitamment pour l’ennui et l’ébahissement des policemen, où des dames et
des messieurs de tout ^e et de tous ranigs, depuis le ministre de cabinet jusqu’au ra> moneur, étaient occupés, l’album ou le portefeuille en main, à vendre, acheter ou échanger des timbres-poste, passent pour avoir été le commencement de ce que l’on appelle une industrie nouvelle. En parcourant l’autre jour les annonces d’une revue nouvelle, nous comptions les réclames de soixante marchands qui tiennent cet article. 11 y a un an, on ne trouvait pas, à Londres, une boutique où se procurer des timbres-poste; il y a aujourd’hui une douzaine de marchands établis qui font fortune, sans compter plus de dix publications spéciales qui tiennent les collectionneurs au courant du mouvement de 'la hausse et de la baisse des timbres-poste.
Un tel mouvement devait donner l’éveil à la spéculation. — Cela n’a pas manqué. — Il est rare que les fripons s'abstiennent ,en
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LE TIMBRE-POSTE
pareil cas; et, celte fois encore, nous les retrouvons ici exploitant la crédulité publique avec autant d’audace que d’adresse.
Vers 1860, une annonce, insérée dans les grands journaux de Paris, s’exprimait ainsi :
« Pour une affaire très-lucrative, on de mande des correspondants à l’étranger. — Sur demande affranchie; on enverra franco des échantillons et de plus amples détails.
— S’adresser à M. A. B..., poste restante, à Paris. » ■ , ■
L’affaire lucrative de M. A. B. consistait simplement à solliciter de tous les pays du monde connu des lettres revêtues de timbresposte quij détachés de l’enveloppe, devaient servir à' enrichir sa collection. — Le moyen était d’une probité douteuse ; mais voici un autre fait où l’audace est poussée bien plus loin encore.
Vers 1853, un industriel de Londres
faisait insérer dans le Times les lignes suivantes :
Pour ‘20 centimes {itco pence), magniüque portrait de Napoléon 111 , gravé par Barre, graveur de la Couronne.
L’annonce était alléchante, — on se laissait aller facilement à envoyer ses 20 centimes, et l’on recevait en échange un limbre-poste de 10 centimes, représentant l’Empereur, et gravé en effet par Barre.
Nous n’en Gnirions pas avec les mille ruses mises en pratique par les industriels pour abuser les personnes atteintes de timhromanie.
La fureur s’est bien un peu apaisée depuis quelque temps, mais elle ne paraît par près de disparaître encore, puisque certains timbres-poste se maintiennent à des prix que je me permettrai de trouver fort élevés.
Ainsi, le Times crovait devoir faire con-
LE TIMBRE-POSTE
naître dernièrement que l’on offrait au prix de 20 gulnées (500 fr.) une des épreuves de l’ancienne enveloppe Mulready, provenant du bois original gravé en 1840 par John Thompson. — 500 fr. pour une enveloppe! Voilà un beau denier.
Il est vrai qu’on peut se procurer cette même enveloppe, à Paris, chez Maury, pour la somme de 45 fr.
En résumé, et quoi qu’il en soit du commerce auquel il a donné naissance, le timbre-poste, ainsi que nous l’avons dit, est aujourd’hui universellement adopté. Nous ajouterons que s’il a mis à peine vingt-cinq années à atteindre ce résultat, c’est qu’il avait en lui les qualités sérieuses que le succès réclame.
Depuis le jour où il est né, le timbreposte n’a, en effet, négligé aucun moyen de se produire. 11 a été intelligent, actif, infatigable. Nous l’avons vu parcourir succès-
sivement toutes les parties du monde, faire acte de conquête, à la suite des armées européennes, et prendre, à son tour, possession des pays soumis par nos soldats, au nom de l’industrie, du commerce et de la civilisation.
La France n’est point encore, à l’heure qu’il est, dotée d’enveloppes servant à l’affranchissement.
Mais une commission s’en occupe dans le moment, et sans nul doute l’année 1867 ne finira pas avant que le public français soit mis en possession de ce nouveau système d’affranchissement.
A ce propos, il est curieux de constater que cette innovation que nous attendons encore est, paraît-il, pratiquée en Chine depuis longtemps.
Un journal donnait dernièrement les trois
LE TIMBRE-POSTE
échantillons d’enveloppes suivants qui ont officiellement cours dans l’empire du Fils du ciel.'
1 “ Enveloppe verte, portant des caractères rouges dont voici la traduction': ”
w Dix sapèques étant données, cette lettre ira par delà toutes les mers et toutes les grandes montagnes. »
. Cqmme vous le voyez parce langage pompeux, cette enveloppe est destinée aux' correspondances qui sortent de l'Empire.
-* 2® Enveloppe blanche — caractères roses.
« Moyennant trois sapèques cette lettre ira par delà toutes les provinces de la Chine, et s’arrêtera vers les bords de la mer. »
Affranchissement pour l’intérieur.
LA POSTiî.
3* Enveloppe »oac — caractères rouge vif.
« Que le ciel accorde noblesse et richesse à toutes les générations. »
Celte formule quasi religieuse de salut universel qui ressemble beaucoup à notre :
« A .tous ceux qui les présentes verront, etc. » est réservée exclusivement à la correspondance officielle des ministres avec les gouverneurs de province.
Le journal ajoutait :
« Ainsi que le prouvent les trois exemples ci-dessus, notre futur système d’affranchissement est pratiqué dans le Céleste-Empire :
les Chinois ont, depuis des siècles, des enveloppes affranchies d’avance, de divers formçits, de diverses nuances, suivant le.
prix de l’affranchissement, et ce progrès
LE TIMBRE-POSTE
qu’on va réaliser ici, et qui nous semble une nouveauté, est là-bas, aux antipodes, une coutume usuelle, si vieille qu’on n’y fait plus attention.
« Et à ce propos ne trouvez-vous pas que ces Chinois sont un peuple effrayant d’intelligenceet de civilisation ? Ils avaient tout inventé avant mêmequ’ici on songeât arien découvrir. La vieille Europe devait encore sommeiller trois siècles dans ses langes d’ignorance avant que d’ouvrir les yeux à la lumière du savoir moderne, etdéjàla Chine, grande et forte, rayonnait toute resplendissante des flammes de son progrès hâtif, en avance de mille ans sur le reste du monde.
« Je comprends parfaitement, pour ma part, le dédainprofond qu’ils professent pour l’univers entier; ils sont admirables, en effet, ces Chinois, si intelligents, si adroits, si habiles, si raffinés en tout, que notre corruption même n’est rien auprès de la leur.
Us ont tous les vices et toutes les aptitudes, et nous ne sommes en vérité que des enfants et des nains au près de ces géants maintenant racornis, étiolés, ratatinés, sublimes autrefois, ridicules aujourd’hui, qui nous ont précédés de si loin dans la voie du progrès.
Le temps s’écoule , et les rôles changent; l’Europe et l’Amérique auront bientôt laissé en arrière la civilisation monstrueuse de ce
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peuple immense destiné à périr, dans sa forme sociale du moins. Mais quel sillon lumineux il aura tracé dans l’histoire dtl monde, ce grand peuple chinois, et quel souvenir ineffaçable il laissera dans la mémoire deshommes après qu’il aura disparu ! »
Disons, en finissant, que s’il est contestable que les Chinois aient inventé les enveloppes timbrées, et devancé les Européens sous ce rapport, ils ont du moins fait preuve d’une intelligence singulièrement pratique en adoptant et s’assimilant notre
LE TIMBRE-POSTE. , 2H'
système d’aÉfranchissement par le timbreposte. . ^
Nous apprenons, en effet, que le gouvernement* du Céleste-Empire vient d’autoriser une compagnie de Shang-Haïà fabriquer des figurines devant servir à l’affranchissement des correspondances, et trois timbresposte ont déjà vu le jour sous l’empire de cette autorisation.
L’un de 'ces timbres est noir, et représente une valeur de 2 cadareens.
Le second est vert, et vaut 8 cadareens.
Enfin, le troisième est rouge et coûte 16 cadareens.
J’ajoute à cet historique du timbreposte, les différentes dates de création des timbres qui ont été ou qui sont actuellement en usage en France. Se reporter, pour les documents concernant les timbres-poste
étrangers, au catalogue si complet, de M. Alfred Potiquet.