SCÈNE IÏI
DURAND (bourgmestre), rêveur, en costume de brigadier sans ses
bottes. Il sort de che* lui et se pose dans une attitude solennelle devant
sa porte; il éternue.
Tchiii I... Ce rêve était étrange!... toute la nuit, j’ai vu mon fils, ce fruit de mes jeunes et guerrières amours... je le retrouvais !... serail-ce un avertissement céleste?... Depuis longtemps j’espère qu’un fortuné hasard nous mettra lotit à coup f;ice à face, qu’une é'reinle me le fera reconnaître et que la voix du sang... (il vient sur lo devant de la scène; au public.) C’était en 1832, un beau jour pour les braves!... mon (ils Édouard avait six ans; nous bivouaquions un soir sur les bords de la Meuse, quand, tout à coup, des guérillas atiaquenl noire flanc gauche. On prend les armes, je dis à inon fils de m’aliendre au pied d'un arbre; je monte à cheval, nous volons à la victoire 1 Nous refoulons l’ennemi jusque dans la montagne; j’essuie mon front, je panse mon cheval, et je m’endors du sommeil des vainqueurs. Le lendemain, je cours chercher mon fils. Je retrouve l’arbre où j’avais fait une entaille avec mon sabre afin de le reconnaître... mon fils avait disparu... J’inlerroge des alguazils!... rien!... Depuis ce temps, plus de nouvellesl... je pris mon congé, je devins bourgmestre. Un jour par an, je redeviens brigadier!... (D'w» ton rêveur.) Voici l’aurore! l’aurore est le réveil de la nature, je l’aime. Elle est toujours belle, toujours rose, toujours fraîche. .. (n étemue.)Tchiii 1 (Otant son chapeau à cornes.) PhœbuS, salut. (A ce moment entre le paysan, qui prend le salut pour lui.}
LE PAYSAN, étant son bonnet de colon.
Vous êtes bien honnête, monsieur le bourgmestre.
DURAND (bourgmestre), restant le bras tondu. •
Uu’esl-ce?... l’ai-je interpellé, villageois?
LE PAYSAN
Dame, vous me lirez votre chapeau...
DURAND (bourgmestre).
A loi?... Animal balourd et rustique, qu’as-tu de commun avec le dieu du jour?
fi li A POSTÉRITÉ D’UN BOURGMESTRE.
LE PAYSAN, ébahi.
Ah! il n’y a point d’offense, monsieur le bourgmestre... Je vas faire mon ouvrage, (il rentre dans l’auberge, Durand bourgmestre s’éloigne avec majesté et va s’asseoir devant sa porte.)
DURAND (bourgmestre), tirant un jonrnal de sa poche.
Mais éludions un peu la situation de l’Europe, (n Ht.) « L’Écho de Mont. Nouvelles étrangères. — Pans. — Cirque des Champs-Élysées : l’événement du jour est le début de l’écuyer quadrumane. » (parié ) Quadrumane!... joli nom!... c’est un nom allemand ! (Usant.) « Prodige de souplesse et de force, ce gentleman velu... « (Parlé.) C’est un Anglais. (Lisant.) « Ce gentleman velu triomphe, en se jouant, des plus étonnantes difficultés de l’hippialrique; aplomb, grâce, agilité, c’est à la fois Auriol, Lalanne et Baueher, le roi des clowns et le roi des écuyers. » (Parlé et se levant.) Artiste immense I... le père d’un tel fils a le droit d’être fier!... mon Édouard, lui eût peut-être un jour ressemblé! mon Édouard... Ah ! ce songe!... si ce jour allait me le ramener ! Quelle existence fortunée! j en ferais mon ami... mon compagnon... mon bros-mur... Mais p uni de faiblesse... je suis bourgmestre, c’est déjà la plus belle des consolations 1. . Et puis, c’est fête aujourd’hui... c’esi le grand anniversaire!... sous cet uniforme, je n’ai plus que vingt-trois ans I
Air : On dit que je suis sans malice.
Oublions un peu le bourgmestre;
Quand je m ts ce co.-tume équestre.
Mon cœur éprouve un doux émoi,
L’eau rie Jouvence pleut snr moi!
C'est la jeunes»’ qu'elle déverse...
Dans mon beau passé je me berce ! ...
Enfin, je suis tout à l'envers
Le jour de la prise d’Anvers.