SCÈNE IL
l Ratinois, puis Robert.
' Ratinois {seul). Oui, des robes, pour les Italiens! avec des corsage s. . .Rigoletto. . .C'est encore très salé ça! Nous ferons nos petits comptes à la fin du mois!
Robert {entrant par le fond. Il porte des boucles d'oreilles). Bonjour, Ratmois!
Ratinois. Tiens! c'est l'oncle Robert! {Es se donnent la main.)
Robert. Tout le monde va bien ?
Ratinois. Oui. Frédéric vient de sortir.
Robert. Et ma nièce ?
Eatinois. Elle est là. Je vais la prévenir.
Robert. Non, ne la dérange pas... Je passais dans le quartier; je n^ai qu'un instant... il faut que je sois à Bercy à trois heures. . .j'attends un bateîau
KaSnois. Toujours en affaires! Vous ne vous reposerez donc jamais ?
KOBERT. Le plus tard possible ... Vois-tu, Ratinois, quand on est venu à Paris avec douze sous dans» sa poche... et qu'on a commencé sur le port... car j'ai commencé sur le pifft.
Ratinois. Je sais... je sais,. .(^ ^ar^.) C'est drôle! depuis que je vais dans un certam n*onde, je le trouve commun, l'oncle Robert!
Robert. Eh bien, je n'en suis pas plus fier pour ça.
Ratinois. Parbleu! {Âpart.) Ses boucles d'oreilles sont odieuses!
Robert. Parce que je me dis: l'homme vaut ce qu'il vaut!
Ratinois. Dites donc! ça ne vous gêne pas?. . .
Robert. Quoi donc?
Ratinois {montrant les ioucles d'oreilles). Eh bien, ces machines-là.
Robert. Non; je porte ça de naissance. . .Tu ne les trouves pas jolies ? . . .
Ratinois. Je ne dis pas ça; mais, dans le cas où ça vous aurait gêné. . .vous auriez pu les ôter.
Robert {naïvement). Je te remercie ... ça ne me gêne pas.
Ratinois. Il y tient!
Robert. Je te disais donc que l'homme vaut ce qu'il vaut. . .Toi, tu as été confiseur. . .
Ratinois. Chut!
Robert. Moi, je suis marchand de bois. . .
Ratinois. Chut!
Robert. Quoi ?
Ratinois. Il est inutile de dire que j'ai été confiseur! et de crier que vous êtes marchand de bois!
Robert. Je ne rougis pas de ma profession.., trouves-en une plus belle!
Katinois, Magnifique! Elle est magnifique!. . .
Robert. Eh bien, alors?
Ratinois. Mais tout le monde ne peut pas suivre cette . . . belle carrière. . .
Robert. Non, certes.
Ratinois. Eh bien, quand vous criez: ''Je suis marchand de bois!" C'est comme si vous disiez aux autres: "Imbéciles! vous ne Fêtes pas, vous... et moi, je le suis!. . ." C'est de la gloriole!
Robert. Ah! si c'est ça, je me tais!. . .{Tirant sa montre,) Deux heures et demie! Bonjour! vous me reverrez tantôt!
Ratinois {étonne). Ah!
Robert. C'est aujourd'hui la fête de ta femme. . . 22 avril.
Ratinois. C'est, ma foi, vrai! je l'avais oublié!. . .
Robert. En revenant, je passerai par le quai aux fieurs," et j'achèterai un oranger. . .
Ratinois. Oui, votre petite surprise de tous les ans!
Robert. C'est encore ce qu'il y a de mieux.
Ratinois. Vous dînerez avec nous . . . nous n'avons personne.
Robert. Ça va! . . . Mais pas de cérémonies.
Ratinois. Soyez tranquille! Ce n'est pas pour vous que nous ferions des façons. Ainsi, à six heures ?
Robert. C'est convenu. Ah çà! et Frédéric...
vous ne voulez donc pas le marier, ce garçon-là ?
Ratinois. Il y a peut-être quelque chose en train.
Robert. Ah! quelque chose de bien?
Ratinois. Oh! un parti inespéré!
Robert. Un marchand de bois ?
Ratinois. Pas jout à jait! Malheureusement, ça ne marche pas . . . ça traijftâ.
Robert. Il faut c^jafler ça! Veux-tu que j'aille voir la famille?
Ratinois {effrayé). Non, merci! {À part). S'il se rencontrait avec la duchesse!. . .
Robert. Tu sais ce que je t'ai dit: ^^ Je n'ai pas
38 LA POUDEE AUX TBTJX.
d^enfants, je suis riche; le lour du mariage, je ferv un cadeau, un beau cadeau P'
Rà.TiN0i8. Ce brave oncle Eobertl
BoBEBT. Adieu! à tantôt. . .Surtout ne parle pas de ma surprise. . .Toranger?
Batinois. Ne craignez rien. {Robert sort)