‹ La poudre aux yeux (volume 2)Chapitre 20 sur 31 · SCÈNE VIL · texte numérisé non relu

SCÈNE VIL

RA.TIKOIS, Madame Ratinois, puis Joséphine.

Katinois. Ah! voilà une bonne affaire conclue.

Madame Ratikois. Cent mille faines 1 Ce n^est pas sérieux!

Katinois (étonné). Quoi donc?. . .

Madame Éatinois. C^est d^une mesquinerie!...

Cent mille faines!

Ratinois. Mais je ne donne pas plus, moi.

Madame Katinois. Quelle différence! Notre fils a une profession . . .il est avocat!

Ratinois. Mais il ne plaide jamais.

Madame Eatinois. Il ne plaide pas, parce quMl n^a pas de causes!

Ratinois. C^est juste. {Par réflexion,) Mais s'il n'a pas de causes. . . c'est comme s'il n'était pas avocat!

Madame Ra-Tinois. Cela viendra; l'avenir est à lui!... Je ne comprends pas que tu aies accepté ce chiffre!

Ratinois. Un jeune ménage qui a dix mille francs de rente . . . c'est pourtant gentil.

Madame Eatinois. C'est la misère.

Eatikois. Ah! par exemple!

Madame Ratikois {lui donnant la carte restée sur la table). Tiens, vois plutôt.

Eatinois. Qu'est-ce que c'est que ça?

Madame Eatinois. Le budget des enfants, que madame Malingear a jeté sur cette carte pendant que vous étiez là!

Eatikois {lisant). Loyer, six mille francs. . .toilette. . .coupé. . .vingt-quatre mille francs!

Madame Eatinois. Et nous avons oublié les enfants!

Ratinois. Qu'est-ce que cela prouve?. . .Ce budget, on peut le réduire.

Madame Eatinois. Oh! si mademoiselle Malingear était une jeune fille simple, élevée dans les principes d'ordre, d'économie. . .comme nous. . .une pe-

tite bourgeoise, enfin, tout irait pour le mieux . . . Mais une demoiselle qui prend des leçons de Duprez, qui peint des tableaux à l'huile. . .et ne saurait seulement pas recoudre un bouton à son mari. . .

Ratinois. Il est vrai qu'en fait de couture. . .

Madame Eatinois. Elle fait des roulades. . .Elle a été toute sa yie bercée dans la soie et la dentelle . . . Il lui faut un appartement au premier, une voiture, un cocher. . . Je ne trouve pas cela mal, mais alors on apporte une dot. . .une dot sérieuse!

Katinois. Voyons, ne t'emporte pas! Frédéric aime la petite. . .et si on lui parle de rompre ce mariage . . .

Madame RATiïfOis. Il n'est pas question de rompre! Les Malingear sont riches. . .très riches. . .des gens qui ont un chasseur!

Ratikois. Ça, je l'ai vu; sept à huit pieds!

Madame Ratinois. Eh bien, qu'ils donnent plus! Il faut que tu reparles au père. . .11 va venir?

Ratinois. Oui... Comme ça, il faut que je reparle . . .

Madame Ratinois. Quoi! tu as l'air de ne pas comprendre . . .

Ratinois. Si. . .si!. . .mais c'est difficile à dire à un monsieur: "Les cent mille francs que je donne, moi, suffisent!. . .mais les vôtres ne suffisent pas!" C'est très difficile.

Madame Ratinois. Bah! il est vaniteux, il faut le piquer. . .le prendre par l'amour-propre. . .Offre toi-même de donner quelque chose de plus... ça le mettra sur la voie . . .

Ratinois. C^est que nous ne pouvons pas aller bien loin . . . avec dix-sept mille francs de rente.

Madame Ratinois. On propose un cadeau . . . une misère . . .

Ratinois. Douze couverts d^argent! {Â part,) ceux de l'oncle Robert.

Joséphine (entrant). Madame, c^est le maître d'hôtel de M. Chevet que vous avez fait demander. . .

Madame Ratinois. Qu'il entre! (Joséphine sort.)

Ratinois. Constance^ je n^ai pas besoin de te recommander de faire les choses dignement ?

Madame Batii^ois. Sois tranquille.

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