‹ La poudre aux yeux (volume 2)Chapitre 26 sur 31 · SCÈNE XIII · texte numérisé non relu

SCÈNE XIII

Les Mêmes, Boberi.

BoBERT (paraissant avec un oranger). Quoi! six cent mille irancs! . . .

Eatikois (à part). L^oncle Robert! J'allais lâcheï le million!. . .Je l'aurais lâché. . . (Haut) M. Malingear, le futur beau-père,

Malingëar. Nous causions de la dot.

RoBEBT {posant son oranger). Comment! .. .Et vous donnez six cent mille îrB,iiC8? ,. ,(Le saluant,) Ah! monsieur, permettez-moi de vous féliciter.

Malingeab. Mais M. Eatinois en donne autant!. . .

RoBEBT. Comment, toi ?.. .

Ratinois {e?nbarrassé). Naturellement.

BoBEBT {à Ratinois). Mon compliment! Je ne te savais pas aussi riche que cela!

Ratinois. Aussi riche! aussi riche! Certainement, je suis à mon aise . . . mais quand on se trouve en face de gens . . . millionnaires . . . qui ont des exigences . . .

Malingeab. Ah! permettez, monsieur. ..je n'ai rien exigé . . . C'est vous, au contraire, qui . . .

RàTiNOis. Moi?... J'ai proposé l'argenterie, et, là-dessus, vous êtes parti . . .

Maliî^geab. Comment! je suis parti?. . .J'ai dit que je donnerais la garniture de cheminée du salon! . . .et vous m'avez repondu: *^Ah!" froidement.

Ratinois. J'ai répondu ah ï. . .c'était mon droit; mais pas froidement.

Malingeab. Ah ! permettez, monsieur . . .

Ratinois. Permettez, vous-même . . .

RoBEBT. Enfin, vous êtes d'accord ? . . .

Ratinois. Nous sommes d'accord ... si on veut! . . . Mais je n'ai pas répondu froidement.

Malingeab. Je vous demande pardon!

Ratinois. Non, monsieur!

Malingeab. Si, monsieur!

Ratinois. Tenez, voulez- vous que je vous dise ma façon de penser?

Malingeab. Vous me ferez plaisir.

Ratinois. Eh bien, vous cherchez un biais pour rompre ce mariage.

Malingeab. Comment, un biais?. . .

Eatinois. Un biais! le maintiens le mot. Mais moi, qui suis un honnête nomme . . .

Malingear. Pas plus que moi!

Ratinois. C'est possible! Mais comme je ne veux pas de biais, moi, je vous dis tout net. . .

Tous Deux (ensemble). Rompons!

Robert. Voyons, messieurs, pas d'emportement!

Ratinois. Je ne m'emporte pas! {Â' par f," avec satisfaction.) Ça y est!** c'est rompu!

Malingbar (à part, avec satisfaction). C'est une affaire terminée!

Robert. Diantre! vous allez vite en affaires! Une rupture! {Â Ratinois.) Heureusement que ton fils n'aimait pas mademoiselle Malingear, n'est-ce pas ?

Ratinois. Il ne l'aimait pas." . .il ne l'aimait pas! . . . c'est-à-dire si. . .il en était fou! Mais, qu'est-ce que cela fait ?

Robert {à Malingear). Et mademoiselle Emmeline n'était que médiocrement éprise de Frédéric?

Malingear. Médiocrement . ". . c'est-à-dire . . . elle paraissait avoir un certain penchant pour lui . . . je ne le cache pas . . . mais . . .

Robert. Mais, qu'est-ce que cela fait, n'est-ce pas?

Malingear. Je n'ai pas dit cela, permettez . . .

Robert {éclatant). Non, je ne permets pas!... Vous êtes des vaniteux, des orgueilleux!. . .

Malingear. Monsieur! . . .

Ratinois. Mon oncle!

Robert. Ah! voilà un quart d'heure que je me retiens. . .il faut que ça parte!. . .Vous cherchez, depuis quinze jours, à vous éblouir, à vous mentir, à vous tromper...

Tous Deux. Comment ?. . .

Robert, Oui, à vous tromper, en vous promettant des dots que vous ne pouvez pas donner. Est-ce vrai?.. .En vous pavanant dans une existence, dans un luxe qui n'est pas le vôtre!

Ratinois. Mais...

Robert. Il n'y a pas de mais!. . .J'ai fait causer

tes domestiques I Quand je veux savoir, je cause avec les domestiques. . .c'est mon système!

Ratikois. Qu'ont-ils pu vous dire ?

EOBEBT. D'abord, j'ai rencontré un nègre dans la cuisine . . . Un nègre qui traîne dans une cuisine . . . c'est malpropre! Et puis monsieur a pris une voiture au mois, une loge aux Italiens! Batinois aux Italiens!

Ratinois. Mais il me semble que c'est un théâtre . . .

EoBEBT. Qui t'ennuie!

Ratinois. Ah!

EoBBBT. Je te dis que ça t'ennuie ... et ta femme aussi! . . . {Montrant Malingear.^ Et monsieur aussi!

Ratinois. Eh bien, oui! là! c'est vrai!

Malingeab. J'avoue que l'opéra italien . . .

EoBEBT. Alors, pourquoi louez-vous des loges ? . . .

Malingeab. C'est ma femme . . .

Ratinois. Ce sont ces dames . . .

Eobebt. Pour faire de l'embarras, du genre, du fia fia! *• Aujourd'hui, c'est la mode; on se jette de la poudre aux yeux, on fait la roue ... on se gonjBjo- . . comme des ballons ... Et quand on est tout bouffi de vanité. . .plutôt que d'en convenir. . .plutôt que de se dire: Nous sommes deux braves gens bien simples. . . deux bourgeois. . .on préfère sacrifier l'avenir, le bonheur de ses enfants ... Ils s'aiment . . . mais on répond . . . Qu'est-ce que cela fait ? ... Et voilà des pères ! . . . Bonsoir! {Il veut sortir.)

Eatinois {le retenant vivement). Mon oncle Eobert, restez!. . .(-£';7iw.) Mon oncle Eobert . . . vous avez des boucles d'oreilles . . . vous n'avez pas d'esprit, vous n'avez pas d'instruction . . . {Se frappant le cœur,) Mais vous avez de ça!

Malingeab. Oh! oui.

Eatinois {très ému). Vous m'avez remué. . .vous m'avez bouleversé ! . . . Vous m'avez prouvé que je n'é* tais qu'un père à jeter par la fenêtre {montrant Maiingear), et monsieur aussi... Mais ce n'est pas ma faute. . .c'est la faute de ma femme; elle me le payerai

. . . {S'attendrissa^it. ) Et je vous jure que si jamais . . .au ^nd jamais. . .vous me voyez broncher dans le chemin qui. . .que. . .qui. . . (Tout à coup.) Enfin, voulez- vous dîner avec nous?. . .

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