ELEGIE I
Enfance calme, entourée et riante, à mon regard pourquoi t'effaças-tu si vite ? Mon souvenir se lasse à la poursuite de ton ombre toujours fuyante.
Où sont les figures chéries
qui se penchaient sur mon jeune âge?
Les uns qui sont partis pour la bonne patrie
ne reviendront pas du voyage ;
les autres ont suivi des routes différentes,
et de l'horizon de ma vie
leur image a disparu dans la tourmente.
Et seul vainement j'évoque
au milieu d'une brume épaisse
mes jeux, et la douceur des heures monotones,
et la maison pleine de caresses
où d'abord ont dormi mes sommeils aux langes,
et les intimités sous la clarté des lampes,
et la bonté des paysages
simples alors comme mon âme.
Le passé s'est enfui du ciel de ma mémoire comme une hirondelle effarée; je voudrais lire encor cette ancienne histoire, mais la page en est déchirée.