‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 1 sur 55 · ELEGIE I · texte numérisé non relu

ELEGIE I

Enfance calme, entourée et riante, à mon regard pourquoi t'effaças-tu si vite ? Mon souvenir se lasse à la poursuite de ton ombre toujours fuyante.

Où sont les figures chéries

qui se penchaient sur mon jeune âge?

Les uns qui sont partis pour la bonne patrie

ne reviendront pas du voyage ;

les autres ont suivi des routes différentes,

et de l'horizon de ma vie

leur image a disparu dans la tourmente.

Et seul vainement j'évoque

au milieu d'une brume épaisse

mes jeux, et la douceur des heures monotones,

et la maison pleine de caresses

où d'abord ont dormi mes sommeils aux langes,

et les intimités sous la clarté des lampes,

et la bonté des paysages

simples alors comme mon âme.

Le passé s'est enfui du ciel de ma mémoire comme une hirondelle effarée; je voudrais lire encor cette ancienne histoire, mais la page en est déchirée.

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