ELEGIE II
Lorsque j'étais enfant je t'appelais, jeunesse !
et mon rêve, distrait de son bonheur présent,
allait à toi, enchanteresse
qui m'attendais là-bas sur un autre versant.
J'aurais voulu franchir l'année,
emporté sur le char ailé
de mes désirs impatients.
De mes mains la moisson en herbe était fauchée
lorsque j'étais enfant.
Plus j'approchais de toi, plus tu semblais lointaine, tant ton heure était lente à sonner, et plus aussi tu semblais belle.
Je tendais avidement mes lèvres
vers tes seins, sources d'amour et de liberté;
je ne vivais que pour te vivre en songe ;
mais la forêt du mensonge est sombre,
et je m'y suis égaré.
Quand je fus arrivé, je ne te trouvai pas;
je t'appelai, tu ne répondis pas.
J'ai forcé ta porte close ;
tu gisais inerte et pâle, morte.
Pour t'avoir trop aimée avant de te connaître
ne fus-je pas ton meurtrier?
J'ai sangloté sur la victime de mes rêves
quand je fus arrivé.
AVX RCOCJTFS