‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 4 sur 55 · ELEGIE II · texte numérisé non relu

ELEGIE II

Lorsque j'étais enfant je t'appelais, jeunesse !

et mon rêve, distrait de son bonheur présent,

allait à toi, enchanteresse

qui m'attendais là-bas sur un autre versant.

J'aurais voulu franchir l'année,

emporté sur le char ailé

de mes désirs impatients.

De mes mains la moisson en herbe était fauchée

lorsque j'étais enfant.

Plus j'approchais de toi, plus tu semblais lointaine, tant ton heure était lente à sonner, et plus aussi tu semblais belle.

Je tendais avidement mes lèvres

vers tes seins, sources d'amour et de liberté;

je ne vivais que pour te vivre en songe ;

mais la forêt du mensonge est sombre,

et je m'y suis égaré.

Quand je fus arrivé, je ne te trouvai pas;

je t'appelai, tu ne répondis pas.

J'ai forcé ta porte close ;

tu gisais inerte et pâle, morte.

Pour t'avoir trop aimée avant de te connaître

ne fus-je pas ton meurtrier?

J'ai sangloté sur la victime de mes rêves

quand je fus arrivé.

AVX RCOCJTFS

Page 1