‹ La prairie en fleurs, 1895-1902Chapitre 44 sur 55 · ASTER · texte numérisé non relu

ASTER

Un héros! Tel on me surnommait.

N'enviez pas trop mes couronnes

Je n'aurais pas eonnu la volupté d être homme

si je n'avais été parfois défait.

Combien les victoires sont lourdes!

combien les triomphes amers!

Jamais nn pleur pour rafraich.rsa^oue

Toujours la volonté roidie dans le désert.

Mais il n'est d'arc si fort tendu qu'il ne soit à la fin brisé; et je mesurais à mes chutes les hauteurs où j'étais monté.

CHELIDONE

0 mer, j'ai demandé que mon logis funèbre

fût érigé tout auprès de ta grève.

Peut-être que l'amant au regret incertain,

partagé entre la rancune et le chagrin,

comprendra les leçons de ta changeante voix.

0 mer, combien j'étais pareille à toi !

Tu n'es ni bienfaisante ni méchante ;

tu caresses la digue et soudain tu l'emportes;

tu n'entends pas les hurlements

des naufragés que tu dévores,

tu n'entends pas non plus les chants

des matelots entrant au port ;

tu berces les vaisseaux et tu les engloutis.

206 LA HUHUB EN FLEfUS

J'étais ainsi :

ma même main blessait et guérissait.

et, vraiment, je ne méritais

ni qu'on me louât d'être bonne,

ni qu'on me reprochât le mal que je faisais.

LENAGORAS

Ne me demande pas où je suis aujourd'hui, si crimes et vertus doivent trouver leur prix, si l'Hadès fait mentir ce qu'on en imagine, ou bien si le néant succède à notre vie. Quel que soit le secret que renferme la tombe tu- maudirais ma voix si je pouvais répondre, car je t'aurais d'un coup ravi le courage ou la liberté.

Récompense promise est aussitôt perdue puisque tu n'agis plus avec l'incertitude qui rend l'acte sincère et désintéressé. Et, si je t'annonçais pour terme le néant, serais-tu assez fort pour marcher plus avant sans le bâton de l'espérance?

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